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L’organisation de la SNCF

Un de points majeurs de la réforme de la SNCF proposée, est la transformation juridique de la SNCF. Actuellement la SNCF est un établissement public à caractère  industriel et commercial. De plus le groupe est divisé entre d’un côté SNCF mobilité qui fait rouler les trains, et SNCF réseau qui entretient les infrastructures.

Cet article fait partie d’une série rédigée à la suite de la conférence de presse de Laurent Brun secrétaire général de la CGT cheminot à l’Assemblée Nationale mercredi 7 mars. 

Le gouvernement entend transformer le groupe en une société par action, tout en se défendant de vouloir le privatiser. Les groupes EDF-GDF et France Telecom avaient en leur temps subi la même transformation juridique avant d’être privatisés… Le Premier ministre a annoncé que les actions seraient incessibles, comme le fait remarquer Laurent Brun, même en respectant cette promesse il est possible de privatiser la société par augmentation de capital.

La SNCF souffre d’une organisation inefficace

Le groupe fonctionne actuellement de manière très cloisonnée entre ces différentes activités. Cette logique de séparation est poussée jusqu’à l’absurde. Ainsi un contrôleur de TER ne peut pas être contrôleur de TGV et inversement… La maintenance du matériel est également un service différent tout comme l’entretien des rails.

Chacune de ces activités ont leurs propres personnels, qui ne peuvent donc pas voir de l’intérieur les autres services. Pire, ces services se facturent entre eux dans une logique de client, fournisseur. Chaque activité a ses objectifs de rentabilité ce qui amène à des situations ubuesques d’intérêts contradictoires entre les services. Au détriment des usagers.

Le responsable de la CGT cheminot a notamment cité l’exemple de l’entretien des voies. Alors que le service qui fait rouler les trains souhaite pouvoir continuer à faire les faire rouler lors des travaux, le service d’entretien des voies souhaite l’inverse. Le chantier sera en effet plus court et sans horaire décalé, si le passage des trains aux heures de pointes n’est pas à assurer. Tant pis pour les voyageurs.

L’absence de synergie entre les services peut également avoir des conséquences dramatiques en terme de sécurité, autant pour les travailleurs qui pour les voyageurs.

La responsabilité de l’Etat dans la dette de la SNCF

La dette colossale de la SNCF, une de plus invoquée par le gouvernement pour opérer sa réforme, est en grande partie due à l’action des gouvernements successifs. Laurent Lebrun note qu’il était facile pour ces derniers d’annoncer de grands plans d’investissements et les faire financer par la SNCF. Cette dette n’est donc pas le fruit d’une gestion défaillante rendue possible par le caractère public de l’entreprise.

Cette dette est la conséquence directe de l’absence de vision des précédents gouvernements. Elle est aussi et surtout induite par l’absence de financement pérenne de la « régénérations » des infrastructures. Si l’endettement apparaît comme une solution logique de financement des nouvelles infrastructures, il est en revanche illogique qu’il soit utilisé pour financer la rénovation des existantes.

Pourtant cette réforme ne déroge pas aux précédentes et ne prévoit aucun financement pérenne de la gestion du réseau. Cette loi invoque la dette pour se justifier et ne la règle pas… La CGT cheminot réclame depuis des années une refonte de la fiscalité pour assurer ce financement, notamment via une refonte du versement transport, ainsi que l’utilisation intégrale de la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques vers les infrastructures.

La place des usagers et des pouvoirs publics locaux

Finalement le principal oublié et perdant de l’organisation actuelle de la SNCF c’est l’usager. Ce dernier n’est plus au centre de la réflexion et de l’organisation d’une entreprise qui pourtant conserve un important rôle de service public. Pour le secrétaire général de la CGT cheminot, il s’agit de doter la SNCF d’une organisation qui a pour principal objectif :

« Le train et à l’heure ! »

Pour ce dernier la question n’est finalement jamais posée par la réforme envisagée, qui n’aborde le rail que sous deux angles. Son coût pour les finances publiques, et comment permettre au capital de venir s’engraisser dessus. Pourtant c’est bien le voyageur qui devrait être au centre de la réflexion de toute réforme du rail.

La CGT cheminot propose ainsi la mise en place de comités de lignes, composés notamment d’usagers qui auraient un véritable pouvoir sur leur outil de déplacement, sur leur service public. A charge derrière pour les collectivités territoriales d’arbitrer entre les différentes lignes.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde