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Macron, dans l’impasse de l’austérité

Le budget de l’Etat caractérise une politique. Par son montant total, par ses arbitrages, par sa « philosophie ». L’évolution des dépenses et des recettes de l’Etat sont révélateur de la stratégie politique menée.

Le dogme de la réduction de la dépense publique

La dépense publique est dans viseur. Il faut savoir que si l’Etat dépense trop au regard de ses recettes, que l’Etat est également maître de ses recettes. La réduction de la dépense publique n’est donc pas perçu comme un exercice de mise à niveau d’un comptabilité mais la volonté politique de voir l’Etat prendre moins de poids dans l’économie. Il faut donc réduire les dépenses de l’Etat mais aussi les prélèvements de l’Etat.

Les dépenses publiques dépassent d’ailleurs le seul cadre de l’Etat. Les dépenses des collectivités territoriales sont intégrées à ce décompte tout comme les dépenses de protection sociale. A côté du projet de loi de finance, on trouve d’ailleur le projet de loi de finance de la sécurité sociale.

Cette logique suppose l’abandon par la puissance publique de certaines de ses prérogatives ou activités.

Le coup de rabot face aux choix

Cependant l’abandon d’activité par l’Etat se heurte rapidement à des limites. Il se trouve qu’aucun gouvernement n’a jamais rien fait pour rien, et que donc la très grande majorité de la dépense publique poursuit un but. L’activité peut être confié à un acteur privé si il est possible d’en tirer une rentabilité, ou que la puissance publique diminue son engagement. On peut confier les autoroutes à des concessionnaires, on peut assurer l’aide aux plus démunis partiellement par la charité.

Il arrive toutefois un moment où ce n’est pas possible, soit parce que ça touche à la souveraineté de l’Etat, soit parce que les résistances sont trop fortes, soit qu’aucun acteur privé ne peut assurer la relève. La réduction budgétaire ne s’arrête pas pour autant et intervient alors sous prétexte d’optimisation, modernisation, et autre expressions ronflantes. Il s’agit alors de prétendre faire autant ou même mieux avec moins.

Si cette stratégie peut fonctionner un temp, il arrive nécessairement un moment où on observe que faire avec moins, c’est faire moins bien.

Les petits arrangements budgétaires

Emmanuel Macron n’a jamais prétendu l’inverse que de vouloir diminuer la dépense publique. Il avait promis toutefois une approche différente, qui ne se ferait pas « à coups de rabots » mais lui ferait les choix qui s’imposent. Il a effectivement fait des choix, cependant ces derniers ne sont pas aller dans le sens du réduction de la dépense publique. Ni la privatisation de la très rentable Française des jeux, ni la pérennisation du crédit d’impôt compétitivité emploi sont de nature à améliorer les finances publiques. Il a donc, contre sa promesse, utilisée les vieilles méthodes, enlever de l’argent partout pour faire autant avec moins.

La baisse des APL en a été une illustration parfaite l’année dernière. Macron ne voulait pas mettre les gens à la rue, il s’est simplement dit qu’avec 5€ de moins ça irait tout aussi bien (ou mal) pour eux. Le choix d’une revalorisation inférieure à l’inflation d’un certains nombres d’aides sociales procède de la même logique. Ce qui ressemble quand même fort à des « coups de rabots ».

Plus humiliant encore, pour le nouveau monde, ce dernier est contraint aux mêmes astuces budgétaires que les gouvernements précédents. Le budget étant annuel, il est tentant d’avoir recours à des économies ou des recettes purement temporaires. Ainsi les réductions de cotisations salariales de cette année, « compensées » par une hausse de la CSG s’est faite en deux temps. D’abord la hausse de la CSG, et une petite baisse de cotisations, puis la baisse complète. L’année prochaine, certaines exonérations promises au patronat sont décalés de quelques mois. Ce décalage ne vaut toutefois que pour un an, mais pour un budget le manque à gagner est masqué.

L’austérité une impasse politique

L’enseignement des premières annonces budgétaires est l’impasse des politiques d’austérité. L’Etat n’est pas le monument de gachi budgétaire décrit par certains. La preuve la plus flagrante est que même un idéologue profondément convaincu comme Macron, doté d’une majorité écrasante et à sa botte à l’Assemblée, n’est pas capable de mener un politique sérieuse de réduction budgétaire. Ce qui ne signifie pas que sa politique ne s’inscrit pas dans une politique réfléchie, mais des choix prouvent que le gouvernement a dû céder au bidouillage pour respecter ses absurdes engagements budgétaires.

Cependant même en devant tricher largement pour faire croire au respect de règles dénués de tout sens, l’austérité à terme produit ses effets. Outre les activités, domaines dont l’Etat s’est désormais désengagé, des pans entiers de l’activité publique fonctionne de moins en moins bien. Les aides sociales si elles dévissent trop fortement par rapport à l’augmentation des prix de rempliront plus leur rôle. L’augmentation insuffisante du budget de l’enseignement supérieur public a conduit à ce que tous les nouveaux bacheliers n’y trouve plus leur place.

Ce désengagement de l’Etat n’est pas sans conséquence. Ainsi pour l’Enseignement supérieur on observe une hausse continue des inscriptions dans l’enseignement supérieur privée à mesure que les budgets ne suivaient plus dans sa composante publique. L’état souvent dénoncé des infrastructures de transports est également la conséquence des politiques d’austérité. Le mauvais état des nombreux tronçons de rails, comme de routes ou d’ouvrages d’art est directement issu de ces « coups de rabots ».

Si le nouveau monde promettait de faire mieux que l’ancien, il est en réalité pris dans les mêmes logiques, et aboutit aux mêmes méthodes qu’il dénonçait.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde