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Vivre ensemble

Macron, en dérapage xénophobe contrôlé

Le Président de la République a décidé de faire de la xénophobie son nouveau fond de commerce. Après une loi Asile-Immigration qui a fortement durci la répression contre les migrants, Emmanuel Macron souhaite désormais faire de la stigmatisation des migrants un élément à part entière de son discours. 

Un changement de discours surprenant

Le discours devant les députés macronistes du Président de la République a surpris. Pourtant la politique de stigmatisation des migrants n’est pas nouvelle. La loi Asile-Immigration, le traitement inhumain des mineurs isolés, les déclarations du précédent ministre de l’Intérieur Gérard Collomb sur la “submersion” migratoire ou encore “le benchmarking” du droit d’asile toujours par le même, sont autant d’illustrations de l’humanisme bien limité du gouvernement.

La surprise a été que ce discours fait suite à une longue séquence d’une opposition mise en scène entre Emmanuel Macron et l’ex-ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini. Cette opposition sur la gestion des flux migratoires et la dénonciation de la fermeture des ports italiens par le Président français, tranche radicalement avec le discours tenu lundi dernier devant sa majorité. Toute la stratégie aux élections européennes de la République en Marche avait reposé sur une opposition aux idées de l’extrême-droite et sur le fait qu’ils étaient la seule force capable de finir devant le RN. Le parti présidentiel avait finalement échoué à la deuxième place pas très loin derrière le parti de Marine Le Pen. 

Ces élections avaient toutefois été l’occasion de voir se confirmer un net virage à droite du parti de Macron. La droite traditionnelle s’était en effet trouvée assez marginalisée, prise en tenailles entre le parti présidentiel et le rassemblement national. La gauche a elle été totalement balayée, les écologistes sortant tout juste leur épingle du jeu avec une ligne nettement plus à droite qu’à l’accoutumée aux élections nationales. C’est dans ce nouveau paysage électoral que réside certainement le calcul fait par Emmanuel Macron pour aborder les prochaines échéances et la seconde moitiée de son quinquennat. 

Un cynique calcul électoral

Il serait en effet vain de voir dans ce nouveau discours du Président de la République autre chose qu’un sinistre calcul électoral. Sa politique était déjà profondément empreinte d’une volonté d’une réduction de l’accueil et d’une criminalisation des migrants. Après avoir expliqué qu’il fallait séparer le “bon réfugié” du “mauvais migrant”, le locataire de l’Elysée s’attaque désormais au droit d’asile. Choisissant les chiffres qui l’arrangent et ignorant les autres, les porte-paroles de la LREM fustigent ainsi la hausse des demandes d’asile en France alors que les arrivées diminuent. Une augmentation forte l’année dernière mais qui apparaît plus modérée cette année. Dans tous les cas, derrière les 122 743 demandes d’asile déposées en 2018, il est souvent oublié que seules 46 700 ont été acceptées. Une “submersion” de 0,07% une fois rapporté à la population française. 

Le pragmatisme revendiqué des partisans du Président est, sur ce débat, complètement oublié. Emmanuel Macron a d’ailleurs donné le ton en estimant que les couches populaires de la population étaient nécessairement xénophobes puisqu’en contact direct avec l’immigration. Un raisonnement absurde, contre toute évidence et qui n’est finalement qu’une pirouette rhétorique pour justifier un positionnement toujours plus à droite. Le calcul est cynique et simple, l’électorat mobilisé le plus simple à conquérir est celui qui se montre sensible aux accusations de laxisme de la gestion migratoire du gouvernement. Durcir le ton, apparaît donc comme un moyen pour Emmanuel Macron d’élargir sa base en vue des prochains scrutins. Laurent Wauquiez avait toutefois tenté une telle stratégie et s’y est cassé les dents.

De nouvelles attaques en perspective contre les droits des migrants

Loin d’être sans conséquence, la volonté de surfer sur les fantasmes autour de l’immigration dans l’espoir d’en récolter les fruits électoralement est un jeu qui a un perdant immédiat. En excitant la xénophobie, le Président encourage le racisme. En rendant acceptable ce qui ne devrait pas l’être en tant que représentant du pays, il porte une responsabilité directe sur ce qui suit. Le rassemblement national n’a pas hésité un instant pour surenchérir en demandant un référendum sur le droit du sol ou le regroupement familial. Deux sujets qui n’ont rien à voir avec le droit d’asile ciblé par la majorité présidentielle.

Cette dernière préparait une nouvelle loi alors même que la dernière n’est pas encore totalement en application. Une surenchère législative déjà remarquée lors des débats sur la loi Asile-Immigration. L’aide médicale de l’Etat (AME) est dans le viseur, tout comme la protection universelle maladie (PUMA) dont bénéficient les demandeurs d’asile. L’allocation pour les demandeurs d’asile (ADA) a elle vu son versement modifié, elle n’est désormais disponible que sur une carte de paiement qui ne permet plus le retrait. L’impossibilité de payer en liquide va considérablement compliquer la vie des demandeurs d’asile, tandis que le Gouvernement espère lui, y faire des économies. Ce sont des dispositifs régulièrement attaqués par la droite et dont la charge symbolique est importante. Le coût est en réalité largement supportable pour le budget français et les marges d’économies possibles limitées sans rompre les engagements internationaux de la France en matière d’asile. 

Le cynique calcul de l’Elysée n’a qu’une seule conséquence certaine, stigmatiser davantage les migrants et durcir leurs conditions de vie. 

Un jeu dangereux au résultat incertain

Le calcul est par ailleur hasardeux. La normalisation du discours des fascistes du Rassemblement National par le Président de la République contribue à en faire une alternative acceptable. En ne souhaitant retenir que l’extrême droite comme opposition, Emmanuel Macron lui pave la route de l’accession au pouvoir. Depuis juin 2017, le FN est ainsi moins perçu comme un parti d’extrême droite et jugé davantage capable de gouverner selon l’enquête Ipsos/Sopra Steria pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne.  Avec un discours en apparence opposé, il n’a pas su lui ravir la première place aux élections européennes, sera-t-il capable de le faire lors des prochains scrutins avec un discours semblable ? 

La tentative d’évacuation des questions sociales par l’immigration n’est également pas garantie de fonctionner. La réalité est toujours ce qui marque le plus. Les bas salaires et la précarité promus par sa réforme du code du travail, les frustrations générées par ses réformes d’éducation, l’asphyxie des services publics liée à l’austérité ne s’oublient pas et se constatent un peu plus chaque jour. La légère embellie du côté de l’emploi ne durera pas nécessairement. La réforme des retraites risque de provoquer son lot de mécontents qui seront bien plus attentifs à leurs conditions de départ en retraite plutôt qu’au nombre d’expulsions de migrants. 

L’opération est un peu grossière et une partie de sa majorité a déjà montré qu’elle ne souhaitait pas suivre le Président sur ce terrain là. Des voix s’étaient fait entendre lors de la loi Asile-Immigration et d’autres pourraient s’y joindre. Emmanuel Macron prend donc également le risque de fracturer sa majorité dans une période où les prochaines élections municipales aiguisent les appétits et provoquent des dissensions. 

L’acte 2 du quinquennat pourrait, comme pour ses deux prédécesseurs, se transformer en fin de règne précoce. Un nouveau rendez-vous manqué et une nouvelle déception qui font le jeu des fascistes, comme la situation politique de d’autres pays l’a montré ces dernières années. 

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde