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INTERNATIONAL

Macron, un discours plein de promesses pour l’Afrique

Macron était hier au Burkina-Faso, où il a fait un discours de près de trois heures devant les étudiants de l’université de Ouagadougou. L’occasion de faire énormément de promesses.

Le discours en Afrique, traditionnel exercice du président français

Pour le nouveau président de  l’ex-puissance coloniale, et l’actuelle puissance néocoloniale, française, le discours sur l’Afrique est toujours un exercice périlleux. L’exercice le devenait encore plus pour Macron, qui s’acharne à incarner un nouveau monde. On se souvient de Sarkozy, qui avait livré un piteux discours à Dakar en 2007.

Le choix du président de la République de s’adresser à la jeunesse du continent africain, était une tentative de mettre en avant son jeune âge, plutôt que la puissance impérialiste qu’il représente. Opération vaine semble-t-il si on en juge par  le caillassage d’un des véhicules du convoi présidentiel, ou encore le renommage de l’avenue Charles de Gaulle en boulevard Sankara. Des manifestants anti-impérialistes ont également affronté les forces de l’ordre pendant le discours de Macron.

Le président français est d’autant plus attendu sur son discours après ses remarques racistes sur la natalité et le « défi civilisationnel » du continent africain.

Une suite de promesses

Le discours particulièrement long a commencé par une énième promesse d’un président français en exercice de mettre fin aux pratiques néocoloniales de la France.

« Ici, c’est une amphithéâtre marxiste et panafricain, donc je me suis dit que c’était l’endroit où il fallait aller pour m’exprimer. Parce que je ne vais pas venir ici pour faire un discours pour ouvrir une nouvelle page de la relation entre la France et l’Afrique. Oui, je ne suis pas venu ici pour vous dire quelle est la politique africaine de la France. Parce qu’il n’y a plus de politique africaine de la France. »

Il a également annoncé son intention de déclassifier les documents français relevant du secret-défense sur la mort de Thomas Sankara. Visiblement attentif au travail de mémoire qui a été trop souvent l’occasion de dirigeant français de révision historique frôlant le racisme, il a également reconnu le caractère criminel de la colonisation. Toujours soucieux de ne pas s’aliéner les conservateurs, il a quand même tenu à préciser qu’il y a eu des « histoires heureuses » et que c’est « un passé, qui doit passer ». Comme pour fermer la porte à toute politique de réparation.

Il a également  confirmé la hausse de l’aide publique au développement, dont l’objectif est de la porter à 0,55%, sans pour autant faire aucune annonce concrète.

L’impérialisme français malgré tout

Tout en reconnaissant le droit des pays membres de la zone CFA à la quitter, il a qualifié le rapport de domination monétaire entre le France et quinze pays africains d’élément « de stabilité » et que le contester ne relevait pas de « de l’anti-impérialisme ».  

De même sur la sécurité. La présence nombreuse de soldats français sur le continent est ainsi justifiée, non sans condescendance :

« Je préférerai vous envoyer beaucoup moins de soldats, je vous le dis. Vous ne devez qu’une chose pour les soldats français, les applaudir. Ils sont là aux côtés de vos soldats, des soldats de la région pour combattre les djihadistes. C’est à ceux là qu’il faut s’attaquer. »

La rupture avec la françafrique semble s’arrêter où commence les intérêts français, le président de la république a ainsi tranquillement endossé son rôle de puissance tutélaire s’inscrivant dans la continuité de l’impérialisme français en Afrique :

« Nous l’avons fait [NdlR : intervenir militairement], car la France a toujours été aux côtés de l’Afrique, lorsque sa stabilité, sa vie était en jeu. C’est cela, notre histoire.  Mais, aujourd’hui, nous continuons à être présents. « 

Le principe même du discours en question

Il est revenu sur ses propos sur la natalité, affirmant que la démographie ne se décrète pas et que la seule bonne politique était celle que décideraient les peuples africains. Il a eu beau multiplier les éléments de langage pour éviter de se placer en donneur de leçon, il n’en reste pas moins que l’étrangeté de la situation demeure.

On imagine difficilement, un président du continent africain, venir disserter pendant plus de trois heures devant un amphi d’étudiants français sur les défis de l’Europe.  On l’imagine tout aussi difficilement venir vanter la francophonie comme un lien qui nous unit et qu’il faut faire vivre.

Le discours évite les principaux écueils. Le Président n’a pas fait une des sorties scandaleuses qui ont parfois émaillé ses grands discours. Il est tout juste possible de lui faire remarquer qu’il avait 13 ans au moment de la libération de Nelson Mandela et qu’il est donc un peu présomptueux d’en faire un de ses  « plus beaux souvenirs politiques ».

L’image qui restera, c’est celle d’une répétition, un président français nouvellement élu, vient promettre un changement radical des relations entre la France et les pays africains, tout en s’inscrivant dans la continuité des actions impérialistes françaises.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde