Capture d'écran BFM TV
Social-Eco

Macron et l’emploi : dans les pas de Hollande et de Sarkozy

Macron c’est l’histoire d’un gars qui imagine ce qu’est le travail à défaut de l’avoir vécu. C’est celui dont l’imagination a comme seule limite les exigences des actionnaires en la matière. Ou quand le candidat des marchés se travestit en porte parole des travailleurs…

La priorité du projet Macron se résumerait ainsi: “permettre à chacun de vivre de son travail”. C’est l’objectif affiché de la quasi totalité des candidats à l’élection présidentielle, difficile en effet de promettre l’inverse si on veut être élu. Pour bien comprendre il faut donc aller plus loin que la vitrine.

Gagner plus tout en “coûtant” moins cher ?

Première promesse du candidat: rendre le travail “plus rémunérateur pour les actifs”. Il propose une augmentation du pouvoir d’achat, non pas par une augmentation des salaires, mais par une réduction de l’écart entre le salaire brut et le salaire net.

Très concrètement il s’agit de réduire les cotisations sociales, et donc d’affaiblir le financement de la sécurité sociale. Ainsi le salaire net se verrait légèrement augmenté mais évidemment pas de quoi assumer des frais de santé, de famille, de retraite, etc… Autrement dit, on nous donne des miettes, à condition d’abandonner la protection sociale.

Il précise ensuite que le CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi) sera transformé en allégement permanent de cotisation et que l’embauche de salarié au SMIC permettrait d’atteindre le “zéro charge”.

Pour rappel, le CICE se conclut par un chèque depuis la trésorerie de l’État vers la poche de l’entreprise. Tous les salaires versés par un entreprise en dessous de 2,5 SMIC sont ainsi « remboursés » à hauteur de 7% par l’État.

L’allègement général des cotisations revient à une baisse générale des salaires mais qui plus est, il incite à n’embaucher qu’au niveau du salaire minimum. On voit bien là en quoi cela serait tout bénéfice pour les employeurs, en revanche en aucun cas cela permettrait de vivre mieux pour ceux qui travaillent.

Le mirage de l’entreprenariat

Pour “ceux qui créent du travail”, les patrons selon sa conception libérale et idéaliste de l’économie, une série de mesures est proposée une énième fois par des réductions de cotisations et des suppressions de charges.

C’est notamment sur les “microentreprises” que le candidat se concentre, continuant à surfer sur ce mythe de l’auto-entrepreneur qui part de rien, à qui tout réussit, et qui poursuit sa quête, grâce à un travail acharné, pour devenir milliardaire.

Cette idée selon lequel un auto-entrepreneur pourrait se hisser dans une meilleure situation qu’un salarié ne tient plus la route depuis longtemps, comme en témoigne la révolte des chauffeurs VTC, modèle économique pourtant si cher à Macron.

Lire aussi : Uber attaqué pour salariat déguisé

Si le candidat voulait réellement alléger et simplifier la vie des petits entrepreneurs, pourquoi ne s’attaque-t-il pas aux banques qui assèchent ces entreprises par le crédit, ou encore aux plateformes qui exploitent sans vergogne de soit-disant indépendants? Cela reviendrait à attaquer ces amis, ceux pour qui il se présente.

Combattre la précarité par plus de précarité

Sur le plan de la précarité, réalité qui ne peut plus être niée par personne, Macron propose deux axes principaux de propositions: faciliter les licenciement pour favoriser l’emploi stable et favoriser le chômage pour faciliter le travail contraint. Autrement dit il présente la précarité généralisée et le pouvoir absolu du patronat comme de “nouvelles sécurités professionnelles”.

Tout d’abord, l’incitation à l’embauche en emploi stable se fera sur la base d’un “système de bonu-malus sur les cotisations” et surtout sur la réductions des coûts de licenciement. Toujours pour “lever les freins à l’embauche en CDI”, un plafond serait instauré pour les indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif.

Ainsi, pour un patron, cela coûterait moins cher d’embaucher quelqu’un en CDI, mais en plus cela ne garantira aucune stabilité de l’emploi pour le salarié. Autrement dit, l’employeur pourra budgéter sereinement les licenciements, y compris lorsque ceux-ci sont illégaux.

Puis son projet se décline sur le front du chômage. Pour lui, pas question d’en finir avec ce fléau. Bien au contraire il y voit un moyen d’imposer à tous la “flexibilité” si chère à son camp. Ainsi il souhaite ouvrir à tous les droits à l’assurance chômage, considérant  que cela renforcerait le développement de projet professionnel et le pouvoir de négociation sur le marché du travail.

Cela véhicule l’idée que le chômage serait choisi qu’il ne dépendrait que de la volonté propre des individus. Les millions de privés d’emploi du pays apprécieront… Bien sûr en “contrepartie” la chasse aux chômeurs indemnisés sera renforcée afin de sanctionner les allocataires jugés trop peu volontaires. Rien n’est dit sur les critères des “emplois décents” proposés, dont deux refus aboutiraient à la suspension de l’allocation.

Le coup fatal au code du travail et à la défense des salariés

Sans surprise, Macron veut faire de l’entreprise le principal échelon de négociation entre employeur et salariés. On connaît la rengaine, faire primer les accords d’entreprises sur le code du travail. Le projet porté à travers cette proposition est très clair.

Il s’agit de casser le cadre général de protection de l’ensemble des salariés pour le décentraliser en une multitude d’accords à la carte sur lesquels les patrons auront clairement la main. Sous couvert de négociation “au plus près du terrain” ce sont les droits de tous qui sont dans le viseur.

Lire aussi : Le code du travail nouveau est arrivé

Pour mener à bien ce projet dévastateur, il lui faut bien sûr lever les résistances, en particulier celle des syndicats. Sous prétexte de “simplification”, une instance unique de représentation reprenant l’ensemble des attributions des comités d’entreprises, délégués du personnel et CHSCT serait mise en place.

Cela reviendrait inévitablement à réduire le pouvoir (déjà) trop faible des salariés dans l’entreprise et accentuerait donc encore davantage le rapport de force patronal. La conséquence immédiate: une dégradation des condition de travail dans toute les entreprises.

On vaut toujours mieux que ça!

Si on récapitule, le projet d’Emmanuel Macron au sujet de l’emploi se résume à travailler plus, être moins bien payé, se faire virer plus facilement et le tout sans pouvoir se défendre collectivement.

Ce projet n’a rien de novateur, c’est ce que subissent déjà les salariés et les jeunes à mesures que les réformes libérales pleuvent. C’est notamment le projet face auquel des millions de français sont descendu dans la rue il y a un an et qui portait le nom de “loi travail”.

L’héritier du quinquennat Hollande a la volonté de poursuivre la politique pour laquelle il a déjà largement œuvré. Derrière une devanture aux allures de modernité, se sont toujours les mêmes recettes poussiéreuses qui priment.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde