Avec Macron point de retraite !

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La présentation de la future réforme des retraites faite par Jean-Paul Delevoye, haut commissaire à la réforme des retraites,  est particulièrement inquiétante. Le système par répartition est supprimé au profit d’un système par point au nom d’une pseudo égalité.

La retraite par point

En France le système de retraite est dit par répartition. Les actifs en emploi cotisent sur leur salaire pour financer le versement de pensions aux inactifs ayant droit à la retraite. Le montant des pensions est calculé en terme de droits générés selon les carrières, calculé sur la base d’un taux de remplacement de la moyenne des rémunérations perçues sur une période donnée. On parle de système à prestation définie, c’est à dire que le montant des pensions est assuré et la variable vient du financement.

Le système par point opère un double renversement. D’une part le montant des pensions n’est plus garanti. La prestation correspond à un certain nombre de points dont la valeur varie en fonction des capacités de financement et donc de la “conjoncture économique”. Un fort taux de chômage par exemple pourrait entraîner une baisse des rentrées de cotisations et donc des pensions. L’autre renversement est que la valeur de la pension n’est plus calculé en terme de droit sur la base d’un remplacement, mais en fonction des sommes effectivement cotisées.

Le système par point reste un système par répartition, le financement des pensions se fera toujours à l’aide des cotisations payées à l’instant T. Cependant il se rapproche du système par capitalisation, car à la notion de durée de cotisation se substitue celle de montant des cotisations. En conséquence l’âge légal de départ devient quelque chose de beaucoup plus fictif, quant à l’âge légal de départ à taux plein, si la logique est poussée au bout, il disparaît.

Un système plus inégalitaire

Le système actuel, en plus de consacrer un droit à l’inactivité passé un certain âge, assure également une certaine solidarité vis à vis de ceux qui n’ont pas pu avoir des carrières complètes, etc. Dans la présentation de la future réforme gouvernementale ces éléments de solidarité seraient détachés du système de retraite, estimant qu’il s’agit de politiques de redistributions qui doivent être financées par l’impôt.

Ainsi la prise en compte des périodes d’inactivité, au cours desquelles on ne cotise pas comme les arrêts maladies ou le chômage serait financée par l’impôt. De même les différentes mesures visant à compenser l’impact des enfants sur le niveau de pension des femmes devraient être financées par l’impôt. Si ça peut paraître anecdotique, il faut comprendre que actuellement l’argent qui finance les retraites ne peut pas servir à autre chose, à l’inverse l’argent public n’est jamais fléché. Ce qui mettrait ces solidarités à la merci d’une politique d’austérité par exemple.

Le plus injuste dans ce système par points, est que les différences salariales sont mécaniquement répercutées sur les pensions et même quelque peu amplifiées. Plus il sera possible de cotiser beaucoup, plus il sera possible de partir tôt en perdant moins et donc plus tôt. Les hommes étant mortels, partir à la retraite plus tôt signifie donc percevoir un montant global de pension, plus important. Ce qui va à l’inverse du système actuel qui malgré les différentes attaques qu’il a subi, en comptant la durée de cotisation plutôt que le montant, et en assurant un âge de départ à taux plein, amoindrit un petit peu les différences salariales.

La capitalisation pas très loin derrière

L’autre système de retraite est celui par capitalisation. A l’inverse du système par répartition chacun paie pour lui même. L’argent ainsi collecté est confié à une institution financière, un “fond de pension” qui a la charge de placer l’argent jusqu’à son reversement. L’argent dont le fond de pension à la charge est utilisé pour financer des activités afin de ne pas “perdre” en valeur avec l’inflation, voire pourquoi pas d’offrir un gain substantiel pour les épargnants. Ces fonds de pensions, sont très vulnérables aux crises financières, plaçant majoritairement leurs actifs sur les marchés d’actions, en cas de chute brutale des cours, les pensions reversées sont directement impactées. En 2008 plusieurs gouvernements ont dû intervenir en renflouant ces fonds pour éviter de plonger des centaines de milliers de retraités dans la misère.

En 1930 déjà, la retraite par capitalisation avait montré ses limites en France, ce qui avait conduit le gouvernement à privilégier un système par répartition. L’histoire ne semblant pas inquiéter le gouvernement, ce dernier prévoit plusieurs dispositif pour inciter à se munir d’une retraite par capitalisation en parallèle du système par point. Le ministre de l’économie a ainsi déjà annoncé que des dispositifs fiscalement avantageux verraient le jour pour encourager l’épargne retraite.

Plus globalement, le caractère accumulatif du système par points, fait très fortement écho à la capitalisation. En faisant passer la retraite d’un droit calculé pour maintenir plus ou moins le niveau de vie, au fruit d’une somme accumulée c’est la philosophie même de la retraite comme droit à ne plus travailler qui disparaît. A la place, c’est le choix individuel de chacun de “profiter” d’une somme qu’il aurait accumulé. Il est donc logique qu’en parallèle d’un tel système se développe fortement une part par capitalisation qui permet de s’affranchir des règles du “système universel”. On peut donc craindre un système à deux vitesses. Un pour les pauvres par points, qui rapidement diminuera fortement les pensions tout en allongeant la durée de travail de manière quasi mécanique, sans réforme à faire à chaque fois. De l’autre un système capitaliste pour les plus riches. Comme le dit Jean-Paul Delevoye, haut commissaire à la réforme des retraites :

“La réforme des retraites à laquelle nous travaillons n’est pas une simple réforme budgétaire ou technique, mais un projet politique et de société.”