Mahmoud Darwich, la Palestine comme métaphore

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Mahmoud Darwich, la Palestine comme métaphore

Le temps du confinement est propice à la lecture. Nous vous proposons une invitation à découvrir l’oeuvre de Mahmoud Darwich, poète palestinien.  

Mahmoud Darwich est né en 1941 dans le village de Birwa, en Galilée, entièrement rasé par l’armée israélienne lors de la guerre de 1948. Il a six ans lorsque sa famille se réfugie au Liban. Cette première étape sur les chemins de l’exil laissera une empreinte durable sur toute son œuvre, acclamée aujourd’hui comme celle de l’un des plus grands poètes contemporains de langue arabe. Darwich milite au Parti communiste israélien avant d’être élu au comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Il signera quelques-uns des discours de Yasser Arafat avant de quitter l’organisation suite aux accords d’Oslo. 

Nombre de ses vers suscitent encore un écho populaire considérable au sein d’une nation palestinienne consciente des vicissitudes et revers qui ponctuent son long chemin de lutte pour la reconstruction. Certaines strophes deviennent de véritables slogans. « Identité » — un poème, écrit en 1964, frappe ainsi avec ses refrains écrits comme pour conjurer le sort :

« Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille — je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines….
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l’effusion de la durée
Avant le cyprès et l’olivier
… avant l’éclosion de l’herbe
Mon père… est d’une famille de laboureurs
N’a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan — être
Sans valeur — ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis — cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom. »

Cependant, l’on aurait tort de figer la poésie de Mahmoud Darwich dans ce simple « effet-slogan », aussi formidable soit-il. La poésie de Mahmoud Darwich contribue à « démêler l’inextricable » de l’exil, de l’arrachement à la terre et de l’incertitude d’un retour possible. Les souvenirs se muent en métaphores. Ainsi le souvenir du café préparé par sa mère poursuit l’auteur durant les longues journées passées sous état de siège. La poésie de Mahmoud Darwich imprime sa marque sur les choses du monde. Elle nous offre un regard sur la Palestine comme métaphore de toutes les luttes pour les libertés individuelles et collectives. C’est ainsi que Darwich définit lui-même son œuvre dans un entretien accordé en 2004 au journal l’Humanité.

« Pour moi, dit-il, la Palestine n’est pas seulement un espace géographique délimité. Elle renvoie à la quête de la justice, de la liberté, de l’indépendance, mais aussi à un lieu de pluralité culturelle et de coexistence. La différence entre ce que je défends et la mentalité officielle israélienne — je dirais même la mentalité dominante aujourd’hui en Israël —, c’est que celle-ci conduit à une conception exclusiviste de la Palestine alors que, pour nous, il s’agit d’un lieu pluriel, car nous acceptons l’idée d’une pluralité culturelle, historique, religieuse en Palestine. »

Faite de résistance, l’œuvre de Darwich chante aussi l’amour en renouvelant le Ghazal, genre classique de la poésie courtoise arabe. Cette entreprise n’est pas sans faire songer à celle de Louis Aragon dans le Fou d’Elsa qui voit dans la poésie courtoise un antidote possible à la barbarie de son époque. 

L’œuvre de Mahmoud Darwich se fait l’écho d’une expérience et d’une sensibilité à caractère pluriel et universel. C’est pourquoi sans doute, à son tour, l’œuvre de Mahmoud Darwich a suscité un si vaste effet de réverbération dans la culture, maintes fois portée à la scène et mise en musique, elle confirme sa capacité à transcender les frontières des genres.


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