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Vivre ensemble

Migrants, quelques accueils pour masquer le crime

En Italie, la formation du gouvernement de coalition entre le mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord a débouché sur une politique anti-migrant en dehors de toute réalité nouvelle. Les gouvernements de l’UE sont aujourd’hui complices d’une politique criminelle.

Les Etats européens en guerre contre les navires de sauvetage

Aussi alors que les traversées de la Méditerranée sont au plus bas, le gouvernement italien interdit aux ONG qui viennent en secours aux migrants naufragés d’accoster. Emboîtant le pas au gouvernement Italien, le gouvernement maltais crée lui aussi des difficultés aux bateaux d’ONG qui viennent en secours aux migrants. Au refus de désembarquer les naufragés secourus, s’ajoute des poursuites judiciaires et des blocages administratifs.

Au sommet de l’indécence, le ministre de l’intérieur italien s’est même réjoui du non accueil de l’Aquarius, mardi dernier, alors que l’Italie venait d’être endeuillée par l’effondrement meurtrier d’un viaduc à Gênes.

Ainsi plusieurs bateaux se sont vus reprocher ou contester le fait de battre pavillon de certains Etats. Gibraltar, connu pour délivrer des pavillons de complaisance à de nombreux armateurs, s’est ainsi ému que l’Aquarius était enregistré comme bateau de recherche et non de sauvetage. L’enclave britannique en Espagne a annoncé que l’immatriculation lui serait retirée le 20 août prochain, ce qui contraint le navire à s’éloigner de précieux jours des zones de naufrage.

Une politique de refus d’accueil criminelle

Les bateaux affrétés par les ONG sont pourtant un élément clef des sauvetages et ont fortement contribué à réduire la mortalité des traversés. Entre mai 2017 et mai 2018, ces navires ont contribué pour 40% au sauvetages de naufragés selon un rapport d’Amnesty International. A chaque fois qu’un de ces bateaux est immobilisé en mer, ce sont de sauvetages qui ne peuvent pas être conduits.

Le taux de mortalité a ainsi été multiplié par quatre alors que les tentatives de traversées ont chuté de 80% par rapport à la même période en 2017 et 2016 entre juin et juillet. La rhétorique xénophobe du gouvernement italien a des conséquences criminelles. Les autres gouvernements européens ne brillent guère plus, même par comparaison avec la politique italienne.

Des accords honteux avec les milices libyennes

Si le nombre de départ par la méditerranée centrale a chuté pour être devenu inférieur aux tentatives par l’Espagne, c’est que les gouvernements de l’Union européenne ont conclu des accords avec les milices libyenne. Alors que les faits de torture, d’esclavage et de racket commis par ces même milices sont largement documentés, les gouvernements de l’UE s’appuient sur les gardes côtes libyens pour tarir les départs.

Ils ont ainsi tour à tour condamner l’attitude du capitaine du bateau Lifeline, affrété par une ONG allemande, le président de la République française accusant ce dernier d’agir “en contravention de toutes les règles”. Le capitaine de ce bateau a refusé de livrer des naufragés secourus aux gardes côtes libyens. L’opération de sauvetage se situait dans les eaux internationales, mais dans la zone de responsabilité (de recherche et sauvetage) de la Libye, le capitaine a toutefois logiquement estimé que ce pays ne pouvait être considéré comme une zone sûre. Une règle qui a semble-t-il échappé au président français.

Le gouvernement français responsable de la situation

La gravité de cette situation n’empêche pas les gouvernements de l’UE et particulièrement le gouvernement français de tirer profit de la situation. Le gouvernement français n’hésite pas à communiquer sur les quelques dizaines de demandeurs d’asile triés sur le volet qu’il accepte de recevoir sur son territoire à chaque naufrage. En plus de collaborer avec des groupes criminels en Libye et d’entraver volontairement les opérations de secours, le gouvernement français utilise les survivants de sa politique à des fins de communication.

La loi Asile-Immigration qui durcit une fois de plus les conditions pour les migrants, en faisant le jeu des pires réactionnaires ne s’effacera pas avec l’accueil de quelques dizaines de naufragés. D’autant que ces quelques dizaines sont en mettre en balance avec les plusieurs milliers de migrants détenus dans les centres de détention libyens dans des conditions indignes. Le rapport d’Amnesty note que de 4400 détenus en mars, il y en a aujourd’hui plus de 10 000.

Cette réalité est celle appelée de leurs vœux par les gouvernements européens d’extrême droite qui souhaitent une externalisation de la “gestion” des migrants. Le gouvernement français y consent lui de facto.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde