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Mobilisations contre les violences policières et le racisme : le Gouvernement joue sur plusieurs tableaux

Depuis plusieurs semaines et dans la foulée de la mobilisation américaine à la suite de l’assassinat de George Floyd par les forces de l’ordre, les manifestations contre les violences policières et le racisme se multiplient en France. Si le Gouvernement est pour un temps resté silencieux, Castaner, Philippe et Macron sont tous les trois intervenus successivement en moins d’une semaine. 

Deux interventions en deux jours 

Le Gouvernement était resté silencieux pendant plusieurs semaines.  Mais face aux mobilisations de plus en plus massives contre le racisme et les violences policières, qui ont lieu partout en France,  et sommé par l’opposition de se prononcer sur le sujet, le Gouvernement n’a pas eu d’autre choix que de faire une annonce. 

C’est le  Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner qui s’est exprimé  lors d’une conférence de presse le 8 juin dernier.  Or, au cours de son mandat, il n’a pas été le dernier à soutenir les éléments les plus réactionnaires des forces de l’ordre. 

Castaner a annoncé  la “tolérance zéro” pour tout propos et faits de  racisme dans la police. Si la fin de “la prise par le cou par étranglement” constitue une avancée, les mesures pour endiguer le racisme parmi les forces de l’ordre se font encore attendre. En effet, les annonces sont très faibles sur le sujet :   des sanctions  pourraient être  systématiquement envisagées si le soupçon de racisme était  avéré. Le flou persiste sur le terme de “soupçons avérés”, plus tard corrigé en “faits avérés”, et sur la mise en application de ces sanctions, envisager des sanctions est bien  loin d’être suffisant. 

Face à ces  annonces du Ministre de l’Intérieur, des syndicats de police sont montés au créneau, demandant sa démission s’il ne  revenait pas  sur la fin de la prise par étranglement lors des interpellations. 

Au lendemain de ces annonces , le Premier ministre, Edouard Philippe s’est rendu avec Castaner  à Evry dans un commissariat de Police,  puis dans une association antiraciste, en sortant la carte du “en même temps”. Il a en effet tenu à rappeler “la détermination du Gouvernement à lutter contre toutes les formes de  racisme  ou de discrimination”, et à ‘l’exigence” dans un contexte de “très grande émotion” suite à l’assassinat de George Floyd, mais a également  fait part “des tensions et des menaces” auxquelles seraient sujettes les forces de l’ordre et a “appelé au respect et à la confiance” de la population vis à vis de celles-ci.  

Macron joue sur les divisions 

Dans son allocution de dimanche dernier le Président qui se faisait attendre depuis le début des mobilisations  s’est également exprimé sur le sujet. 

Face aux réactions de syndicats de force de l’ordre suites aux annonces de Castaner,  il  s’est plutôt  positionné en appui de celles-ci en  précisant qu’elles méritaient “ le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation”. 

Et au lendemain d’une manifestation rassemblant des milliers de personnes à Paris à l’appel du collectif “Vérité et Justice pour Adama”, mais également dans de nombreuses autres  villes de France, le Président a simplement condamné le racisme et les discriminations dans l’absolu, sans revenir sur des mesures concrètes.

Le Président n’a rien dit  non plus sur le déploiement d’une banderole haineuse par un groupuscule d’extrême droite  lors de cette même manifestation. 

Dans son discours, Macron a surtout  joué sur la division. En effet, dans ses propos, le Chef de l’Etat a  mis l’accent sur “les risques” que comporte le  combat actuel un combat qui tendrait à se transformer en combat “communautariste” et “séparatiste”, en restant volontairement flou sur la provenance du  danger. 

Dans la même veine, le Président  s’est exercé à une sortie plus que remarquée au sujet du débat qui a lieu dans le pays sur les figures esclavagistes de l’Histoire de France : “la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. La République ne déboulonnera pas de statue”.  

Le Gouvernement s’enferme dans ses propres contradictions en essayant de jouer sur plusieurs tableaux. Il cherche d’une part à apaiser la situation du côté des mobilisations antiracistes  sans agir réellement pour endiguer le racisme et que cesse les brutalités policières. D’autre part  il tente de rassurer certains éléments des forces de l’ordre qui resserrent les rangs en interne.     

Plutôt que de jouer sur plusieurs tableaux et rassurer les éléments les plus réactionnaires des forces de l’ordre et du pays, le Gouvernement devrait  aligner  des propositions concrètes contre les violences policières : interdiction du LBD, interdiction du placage ventral, mise en place d’un récépissé lors des contrôles d’identité.