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A LA UNE INTERNATIONAL

La monumentale erreur de Trump sur Jérusalem et la Palestine

La reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël, en violation du droit international et en opposition avec la quasi-intégralité de la communauté internationale, est probablement la pire erreur de la présidence de Trump jusqu’à présent.

Jérusalem occupée

Le congrès des Etats-Unis avait voté une loi en ce sens en 1995 qui était jusqu’à présent suspendue tous les six mois par les différents présidents en exercice. Cette loi était à la fois en violation avec le droit international qui interdit l’annexion par la force de territoire et avec la position de tous les alliés des Etats-Unis à l’exception d’Israël.

Jérusalem Est, considérée comme la future capitale de l’Etat palestinien est annexée de fait par Israël depuis 1967 et la guerre de six jours. En 1980, le parlement israélien vote une loi légitimant l’annexion de la partie Est de la ville et la désigne comme capitale du pays. Une décision illégale au regard du droit international et jamais reconnue par la quasi-totalité de la communauté internationale.

Donald Trump avait annoncé lors de sa campagne qu’il entendait déplacer l’ambassade américaine depuis Tel-Aviv vers Jérusalem et ainsi reconnaître la souveraineté israélienne sur la ville, considérée comme sainte par trois monothéisme. En juin dernier alors que la suspension de la loi arrivait à son terme il avait déjà laissé planer le doute avant de finalement prolonger pour six mois cette suspension.

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Une victoire des conservateurs américains

Hier soir, le président des Etats-Unis, réputé pour ses décisions irréfléchies, a appelé plusieurs dirigeants pour les informer de sa décision avant de la rendre publique dans un court discours. Ce discours prononcé hier a conclu deux jours d’incertitude après le report de sa décision qui aurait dû intervenir lundi.

Il ne faut pas voir dans cette décision l’action irréfléchie de l’homme fantasque qui occupe la maison blanche. Il ne s’agit pas d’un de ses tweets matinaux. C’est le véritable fruit d’un travail idéologique effectué par les éléments les plus conservateurs et sionistes des Etats-Unis qui ont hier remporté une grande victoire.

La situation ne devrait matériellement pas évoluer immédiatement. Le déménagement de l’ambassade pourrait prendre jusqu’à quatre ans. Le choc provoqué par cette annonce la sort en revanche bien de sa dimension symbolique. Cette décision éloigne encore plus les Etats-Unis du droit international, même si Washington n’en a jamais fait grand cas. Situation nouvelle, la puissance américaine s’éloigne aussi un petit peu plus de ses alliés, après les décisions sur l’accord de Paris ou encore le TAFTA.

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Une décision sous le feu des critiques

Les réactions internationales n’ont pas tardé et ont été quasiment unanimes. La France a déclaré par la voix de son président à Alger que :

« C’est une décision regrettable que la France n’approuve, et qui est contrevient au droit international et aux décisions du conseil de sécurité de l’ONU. »

Cette position a été rejointe par l’Allemagne qui par un tweet du porte-parole d’Angela Merkel a fait savoir que le gouvernement allemand :

« ne soutient pas cette position, car le statut de Jérusalem ne peut être négocié que dans le cadre d’une solution de deux Etats »

Antonio Guterres, secrétaire générale des nations unies a également rapidement réagit :

« Je me suis toujours opposé aux mesures unilatérales susceptibles de compromettre le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Le statut de Jérusalem est un problème qui doit être résolu à travers des négociations directes entre les deux parties, sur la base des résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale de l’ONU, et en prenant en compte les préoccupations légitimes des Palestiniens et des Israéliens. »

La Turquie, la Jordanie, l’Egypte et l’Arabie saoudite traditionnels alliés des Etats-Unis dans la région ont condamné cette décision, la jugeant notamment « irresponsable ».

En Palestine, l’échec des négociations pacifiques

Du côté des Palestiniens, les condamnations sont unanimes. L’autorité palestinienne, représentée par Mahmoud Abbas  a déclaré :

« Par ces décisions déplorables, les Etats-Unis (…) proclament qu’ils abandonnent le rôle de sponsor du processus de paix qu’ils ont joué au cours des dernières décennies »

Avant de réaffirmer que :

« la ville de Jérusalem, [est] la capitale éternelle de l’Etat de Palestine »

Pour ce dernier qui est devenu l’incarnation de l’échec des négociations de paix avec Israël depuis plus de 20 ans, cette annonce vient définitivement enterrer cette séquence ainsi que toute la démarche politique qu’il portait.

Le Hamas a de son côté multiplié les déclarations bellicistes, promettant notamment « l’enfer » aux intérêts américains au proche-orient. Aujourd’hui le chef du mouvement a appelé à « un jour de rage » vendredi, déclarant :

« Faisons en sorte que le 8 décembre soit le premier jour de l’Intifada contre l’occupant « 

Quelles suites ?

Difficile de présumer des suites de cette décision de Trump. La seule certitude, c’est que la paix qui apparaissait déjà bien lointaine aux palestiniens a encore reculé. Les Etats-Unis s’enfoncent encore un peu plus dans un isolement relatif. Relatif car si d’apparence Israël et les Etats-Unis se retrouvent bien seuls, les capacités de réelles ruptures avec les Etats-Unis sont limitées.

Le rôle prépondérant de Washington dans les jeux diplomatiques, les interventions militaires et l’économie mondiale rend illusoir tous moyens de pressions sur la puissance américaine. Il faudrait un véritable électrochoc dans l’opinion américaine pour espérer voir la situation évoluer dans un sens positif.

Les alliés des Etats-Unis ne sont pas non plus exempts de contradictions et certains, tout en s’affichant opposés à la décision américaine, ne souhaitent pas en faire un point de rupture. Que ce soit en Europe ou au Moyen-Orient, les Palestiniens paient la lâcheté de gouvernements pour lesquels la Palestine et les droits des Palestiniens ne font pas partie de l’agenda.

 

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Collectif de rédaction d'Avant Garde