Photo du Caire, 2e ville du continent avec 20 millions d'habitants non-macron-afrique-pas-surpeupleePhoto du Caire, 2e ville du continent avec 20 millions d'habitants CC0 | Domaine Public
INTERNATIONAL

Non, M. Macron, l’Afrique n’est pas surpeuplée

Les inepties du président Macron sur l’Afrique sont révélatrices d’une attitude (néo)coloniale.

Le président Emmanuel Macron a cru bon de donner des conseils de développement dans le continent africain. Il pointait, en conférence de presse, du sommet du G20 la surpopulation africaine qui empêcherait le développement :

« Quand des pays ont encore aujourd’hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien »

Nous avons pris l’initiative de répondre à cette déclaration pour montrer à quel point elle suinte le mépris, la haine de l’autre.

Lire aussi : Macron, une vision passéiste de l’Afrique

L’Afrique surpeuplée ? Faux

C’est un continent dont la densité de population est de 40 habitants au km², soit en-dessous de la moyenne mondiale (47 hab/km²), Il y a évidemment de vastes étendues désertiques ou forestières dans ce territoire et des endroits très peuplés comme les zones urbaines mais on ne peut parler de continent surpeuplé.

La hausse démographique serait facteur d’appauvrissement ? Faux !

En réalité, c’est le sous-développement chronique qui favorise l’augmentation de la population en Afrique. La pauvreté engendrée par les pressions des puissances mondiales et leurs valets locaux favorisent les conflits armés, les destructions des institutions sanitaires et sociales, d’où la hausse de la population notamment dans les zones instables. On fait davantage d’enfants pour anticiper la mort prématurée de plusieurs d’entre eux. C’est un phénomène social et non culturel donc.

La hausse de la population en Afrique va empêcher son développement ? Faux mais…

Le continent devrait compter 2,4 milliards d’habitants en 2050 et autour de 4 milliards au début du siècle prochain. C’est une augmentation très importante certes, mais qui peut être bénéfique pour les économies locales si on répond aux besoins de ces futures générations en termes de politiques d’éducation, de travail, de protection sociale et pour l’économie mondiale (développement des échanges, migrations pour répondre aux besoins des autres continents).

C’est ce que disait le Fonds des Nations Unies pour les populations en 2014. Une population jeune est forcément davantage facteur de production de richesse si les investissements sont conséquents. Dans le cas contraire, ce sont des tensions sociales et politiques qui sont à prévoir avec une population qui augmente et une rareté des ressources.

Et au fait, on fait 7 à 8 enfants par femme en Afrique ? Faux, encore !

Cette moyenne n’est pas valable à l’échelle continentale (4,7 enfants par femme en moyenne) et seulement à quelques états ou régions de certains états, en général les plus instables politiquement et économiquement. Beaucoup de pays ont entamé une transition démographique  en raison des progrès de politiques sociales avec des programmes de prévention notamment en termes de contraception, de développement des droits des femmes.

On peut évoquer le programme de Ouagadougou qui lie plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest qui développe un projet de planning familial, il faut 50 millions par an et par pays. Ce sont principalement des ONG, des fondations qui financent ce projet et non pas les états, ni les institutions internationales…  Mais plus d’1 million de femmes ont bénéficié de ce programme malgré tout, ce qui est un progrès notable.

Est-on obsédé par la natalité des africains ? Vrai

Et même des populations non-européennes en général. La majorité du monde n’est ni blanche, ni chrétienne, ni européenne et toujours pas d’invasion (jaune, musulmane) sur le Vieux continent…  Dès la colonisation, ce fantasme n’a cessé d’être alimenté, créant des pratiques monstrueuses comme la stérilisation forcée de femmes. C’est le cas à l’Île de la Réunion, pourtant devenue département français en 1946, comme l’a magistralement montré l’historienne Françoise Vergès dans son dernier ouvrage : Le Ventre des femmes.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde