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Orange is the new Bank

Vous rêviez d’une banque en ligne depuis votre smartphone et entièrement gratuite ? Une appli aux fonctionnalités inédites et qui vous donne même de l’argent en cadeau de bienvenue ? Aujourd’hui, Orange a lancé sa banque et s’appuie sur ces arguments pour attirer les clients.

Une banque pas comme les autres ?

Sur le site internet on lit :

“Avec un compte Orange Bank on paye avec son mobile, on fait des virements par SMS, on actualise son solde instantanément… En bonus : 80€ de bienvenue + 40€ d’avantage Client”

Voilà de quoi allécher les millions de jeunes précaires fatigués par la condescendance et les rappels incendiaires réguliers de leur conseiller bancaire à propos de la mauvaise gestion de leur (très) léger compte en banque. Enfin une banque qui nous laisse faire ce qu’on veut depuis notre téléphone et qui n’a pas l’hypocrisie de nous le reprocher sous prétexte de frais de “tenue de compte” pourrait-on se dire. Est-ce vraiment une banque pas comme les autres?

Concrètement Orange propose un compte courant lié à une une carte bancaire, le tout gratuitement à condition d’utiliser votre moyen de paiement au moins trois fois par mois. A cela il faut ajouter des fonctionnalités numériques dignes de néo banques les plus performantes. Et enfin les agios sont “raisonnables”, mais surtout il n’y a pas de “commission d’intervention” en cas de dépassement de découvert autorisé. Ce dépassement donnera toutefois lieu à l’envoi d’un courrier facturé 15€… Dommage pour une banque mobile.

Séduisant donc, au premier abord, tellement cette banque semble répondre à nos besoins. D’autant plus qu’en souscrivent à un contrat, on reçoit a minima 80 € de la part de la banque. Mais pourtant une banque reste une banque, c’est-à-dire une société financière dont les dirigeants doivent se rémunérer.

Sans remettre en cause l’esprit de partage qui anime Stéphane Richard, le PDG du groupe Orange, on peut donc raisonnablement douter du fait que le lancement de cette banque ne soit qu’un acte de charité.

C’est pourtant toujours les mêmes qui paient à la fin

La question que nous devons nous poser est donc la suivante : comment cette Orange Bank compte-t-elle être rentable ?

D’abord au regard de sa manne de clients potentiels. Orange est une entreprise de télécoms mondialement connue et forte de 27 millions de clients mobile et 10 millions de clients haut débit. Voilà une base de départ non négligeable pour démarrer dans le milieu de la banque 100% mobile.

L’investissement de 500 millions pour ce lancement reste une part négligeable de l’énorme chiffre d’affaire de l’entreprise, qui se fixe comme objectif d’atteindre 2 millions de clients d’ici à 10 ans. Au regard de la gratuité invoquée, il paraît évident que les premiers mois, voire les premières années, ne rapporteront pas autant que les sommes investies.

Au regard de ces éléments, la rentabilité souhaitée par les investisseurs ne peut reposer que sur deux éléments principaux. D’une part le développement futur d’une offre de crédits à la consommation et, d’autres part, les recettes liées aux agios de leur clients dont le découvert bancaire sera inévitable.

Dans les deux cas, il n’y a absolument rien d’innovant, il s’agit de spéculer sur la dette issue de la pauvreté grandissante de la population et en particulier des jeunes. La banque de nouvelle génération cible de façon évidente les plus fragiles, par les avantages qu’elle propose, et compte bien en tirer la plus haute rémunération.

C’est un pari qu’elle sait gagnant d’avance, quand on constate qu’aujourd’hui, pour les banques, les frais liés aux “incidents de comptes” génèrent près de 4,9 milliards d’euros par an, soit environ 30 à 35 % de leur chiffre d’affaires.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde