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Éducation

Parcoursup, cacher l’algorithme cacher l’injustice

Parcoursup continue de susciter de nombreuses interrogations, à mesure que les réponses sont distillées aux lycéens. Le gouvernement est sur le pont pour faire le SAV, la ministre de l’enseignement supérieur particulièrement avec notamment un curieux argument.

Pas d’algorithme pour la ministre

Dans un entretien donné à Konbini, la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal répond à la question suivante :

« Fait-on plus confiance à un algorithme qu’à la réelle motivation des élèves ? »

« Ce n’est plus un algorithme qui décide de l’affectation comme l’an dernier. »

Pourtant son ministère a récemment publié, comme exigé par la loi, les codes sources des algorithmes utilisés par le site Parcoursup. Selon le descriptif joint à ces fichiers de codes, on peut lire que ces algorithmes calculent entre autres, l’ordre d’appel et les propositions de formation.

Il est donc quelque peu malhonnête de dire que l’affectation n’est plus faite de manière algorithmique. La présentation faite par la ministre est d’autant plus contestable que si les listes d’admission sont établies par les formations, elles sont modifiées par Parcoursup et donc de manière algorithmique ! Selon un billet de blog sur Le Monde, les algorithmes de Parcoursup s’assurent que les quotas de boursiers et de non-résidents de l’académie sont bien respectés.

Enfin, il faut noter que beaucoup de formations ont utilisé des algorithmes « maisons » pour trier les milliers de candidatures reçues. Ceux-ci sont de véritables boîtes noires dont il est impossible de connaître les critères, le gouvernement ayant refusé l’obligation de rendre public les algorithmes locaux, proposition notamment portée par les députés communistes.

Pourquoi ce mensonge ?

Le plus étonnant dans cette déclaration de la ministre de l’Enseignement supérieur, réside dans le besoin de cacher ce traitement algorithmique. La France de l’innovation et des Startups a-t-elle peur des algorithmes ?

Pour comprendre ce besoin de mentir aux lycéens, il faut remonter à l’été dernier. Les affectations des bacheliers étaient alors faites par APB, dont le code source avait (enfin !) été rendu public. Dans de très rares cas, des filières non sélectives se retrouvaient contraintes d’effectuer des tirages au sort face aux restrictions budgétaires qui limitaient leurs capacités d’accueil. Plus gênant, des milliers de bacheliers se trouvaient dans des formations bien éloignées de leurs premiers choix. Le gouvernement nouvellement élu a alors vivement dénoncé les tirages au sort, oubliant les autres au passage. En quelques mois et avant même les débats parlementaires, Parcoursup était commandé et mis en place.

Un des chevaux de bataille du gouvernement était de promettre une plus grande transparence, une gestion plus humaine le tout en échange de la généralisation de la sélection à l’entrée de l’université. Résultat, la sélection est là, et pour la transparence on attendra. La question de la gestion humaine continue d’être un argument du gouvernement sans qu’il soit vraiment possible de comprendre pourquoi.

Une position gouvernementale absurde

Ainsi toujours en réponse à la même question la ministre développe :

« L’objectif cette année, c’est que, sur la base des dossiers qui ont été reçus, il y a des équipes pédagogiques qui ont regardé les dossiers et qui répondent aux propositions. »

Il est pourtant pertinemment su que face à plusieurs milliers de dossiers, il est absurde de demander un classement fait par des humains sur des analyses complètes. Les nombreux exemples qui circulent sur le web sur la non lecture des lettres de motivations le prouvent. Quand les témoignages de professeurs font état d’un troisième chiffre après la virgule pour départager deux dossiers, on se doute bien que ce troisième chiffre n’est pas issu d’une décision humaine.

Dans la perspective de décisions plus « justes » et plus « transparentes », il serait même logique de favoriser un traitement algorithmique sur des critères connus de tous. Ce rejet du traitement algorithmique centralisé comme le faisait APB, trouve en réalité d’autres motivations que la justice et la transparence. D’une part il s’agit d’une poursuite dans l’autonomisation des établissements en leur laissant la possibilité de choisir leurs élèves. D’autre part il s’agit de renverser la responsabilité de l’orientation sur les élèves.

Avec les algorithmes locaux et secrets des établissements, ces derniers sont libres d’utiliser les critères qu’ils souhaitent pour sélectionner leurs élèves. Pour les élèves l’absence de règles communes, les place dans la situation d’établir des stratégies pour accéder à la formation de leur choix. C’est dans l’établissement de ces stratégies que la reproduction sociale joue à plein. Derrière les mensonges de la ministre c’est la reproduction sociale qui est masquée.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde