pass-culture-fausse-bonne-idee-gouvernementCC0 | Domaine Public
CULTURE

Pass culture: la fausse bonne idée du gouvernement

Ce jeudi 1er mars, la ministre de la culture Françoise Nyssen a annoncé que le pass culture promis par Emmanuel Macron lors de sa campagne sera mis en place dans 4 départements pour le second trimestre de l’année. Il s’agit de la Seine-Saint-Denis, du Bas-Rhin, de l’Hérault et de la Guyane avant de s’appliquer au reste du pays en septembre.

Un pass Culture de 500€ à 18 ans

Ce “pass culture” ne se présentera pas sous-forme de ticket ou de chéquier mais par le biais d’une application mobile. Elle permettra aux jeunes détenteurs du pass de géolocaliser des biens et activités culturelles. Le pass culture sera attribué aux jeunes de 18 ans à hauteur de 500 €.

Uniquement les jeunes de 18 ans peuvent se voir attribué le pass culture. Le budget alloué au pass est de 400 millions d’euros, ce qui correspond à 800 000 jeunes alors que les jeunes de 15 à 25 ans sont plus de 8 millions, ce qui multiplierait, au minimum,  par 10 le coût de la mesure dans la perspective d’une ouverture plus large.

Les inégalités géographiques oubliées

On sait également que le manque d’accès à la culture des jeunes n’a pas pour seul facteur le prix. En premier lieu, la localisation. Un jeune rural a un accès à la culture moindre qu’un jeune urbain. Dans les milieux ruraux, il y a moins – ou pas – de bibliothèques, de cinémas, de musées ou de salles de concerts.

Dans une interview accordé à Europe 1 le 1er mars, la ministre de la culture déclare que le jeune pourra “envisager la possibilité de sa mobilité”. Il est ici nécessaire de rappeler le cruel manque de transports dans les milieux ruraux, le prix élevé d’un billet de train ou encore celui du permis de conduire.

Une approche individualiste de la culture

En plus de l’accessibilité géographique de la culture, ce n’est pas à 18 ans qu’il faut permettre aux jeunes d’y avoir accès mais dès le plus jeune âge. En effet, les pratiques culturelles des jeunes découlent, en grande partie, de celles de leurs parents. C’est ce qu’on appelle la reproduction sociale. Un jeune qui n’a jamais consommé d’activité culturelle, ne se mettra pas à le faire à 18 ans même avec tout l’argent du monde.

Le problème vient de plus loin, il faut alors permettre à chaque jeunes d’avoir accès à la culture et ce dès l’école maternelle. Sans ça, un jeune ne pourra pas s’épanouir culturellement si on ne lui a pas donné le goût de la culture. L’école est censée corriger ces inégalités. Pourtant, on retrouve ces mêmes inégalités au sein de l’enseignement scolaire. Les écoles n’ont pas toutes les mêmes budgets pour organiser des sorties ou des voyages scolaires par exemple.

Une mesure décevante

En somme, loin d’un projet plein de promesse  c’est une mesure décevante qui ne correspond pas aux besoins réels des jeunes. Le taux de non recours devrait réduire une facture qui apparaît déjà peu élevé au vu des enjeux.

Seulement une partie de la jeunesse en bénéficiera, celle qui a déjà des pratiques culturelles installées et qui bien souvent n’a pas de grosses difficultés matérielles. Pour rappel, le budget de la culture représente à peine 1% du budget de l’Etat.