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Éducation

Précarité étudiante, des solutions existent

Après la vague d’indignation provoquée par la tentative de suicide d’un étudiant lyonnais, la question de la précarité étudiante est apparue sur le devant de la scène. 

La précarité étudiante un phénomène massif et ancien 

Depuis les années 80, la population estudiantine ne cesse de croître. Pour autant, les investissements dans l’enseignement supérieur et pour les étudiants ne suivent pas et ne sont pas à la hauteur. Poursuivre des études supérieures est également de plus en plus coûteux. La spéculation immobilière a ainsi fortement accru le poids du logement sur les budgets. Parallèlement, le désinvestissement de l’État a conduit à un recul des services publics universitaires. Les « restaus u » sont saturés tandis que les « cités u » n’hébergent qu’un nombre marginal d’étudiants. 

La démocratisation de l’enseignement est une bonne chose, mais ouvrir les portes de l’enseignement supérieur ne suffit pas, il faut également investir dedans pour permettre à tout le monde d’étudier dans de bonnes conditions. Le gouvernement n’hésite pas à mettre en avant les 10 000 € en moyenne consacrés par la nation à chaque étudiant. Il semble toutefois qu’il ne se pose pas la question de savoir comment vivent les étudiants. Les meilleurs cours du monde ne servent à rien si on doit les manquer pour se salarier. 

Aujourd’hui, on compte 2,7 millions d’étudiants en France. Pour ceux-ci, aucun système suffisant de solidarité n’existe pour leur permettre d’étudier et vivre dans des conditions dignes. La solidarité familiale sur laquelle repose leur ressource peine de plus en plus. Le salariat étudiant se développe dans ce vide et avec lui l’échec scolaire et l’exploitation. 

Une pauvreté monétaire importante

La pauvreté monétaire des étudiants est plus du double du reste de la population. Aujourd’hui, un sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Le système de bourses ne couvre qu’un gros tiers d’entre eux et majoritairement pour des montants dérisoires. L’échelon 0 n’offre ainsi qu’un peu plus de 100 € par mois sur 10 mois. Une somme qui ne permet ni la prise d’autonomie, ni même la survie, mais vient en complément de transferts familiaux obligatoires. Une manière d’atténuer la facture pour les familles sans pour autant constituer une solution pour l’étudiant. 

Le salariat étudiant est une nécessité pour beaucoup, amputant leur temps de travail dédié à leurs études. Plus d’un tiers occupent un emploi à concurrence de leurs études, souvent dans un domaine sans lien avec leur formation. Il s’agit d’un facteur d’échec important notamment dans les premières années. Les emplois occupés sont mal rémunérés, à temps partiels et souvent à horaires décalés. Pour les capitalistes, c’est une masse de travailleurs à bas coût, corvéable et peu susceptible de se plaindre du fait de l’aspect transitoire de leur situation. Dans le commerce de détail, les étudiants peuvent ainsi être utilisés pour augmenter l’amplitude horaire du magasin ou ouvrir le dimanche sans risquer une contestation des salariés. 

Cette pauvreté est en partie masquée par le dynamisme des ressources des étudiants dans leurs premières années. Un étudiant de 18 ans est ainsi, en moyenne, bien plus pauvre qu’un étudiant de 22 ans. Cet accroissement des ressources monétaires et dues à la prise d’autonomie des jeunes sur cette période. La décohabitation va ainsi faire bondir le budget de l’étudiant, lequel sera toutefois en grande partie accaparé par le logement. 

L’enjeu du logement

L’une des premières mesures du gouvernement actuel a été la diminution de 5 € des APL. Les aides au logement sont largement contestables sur leur fonctionnement. Cependant, elles représentent aujourd’hui une part importante du revenu disponible des étudiants. Le logement est souvent le premier poste de dépenses dans leur budget. Aujourd’hui, une faible minorité a accès à un logement CROUS. Les autres sont condamnés à la cohabitation familiale quand elle est possible ou la jungle du marché de l’immobilier. Pour les bailleurs, l’étudiant est le parfait locataire, son loyer est garanti par ses parents et il ne reste pas longtemps dans son logement ce qui permet d’augmenter très régulièrement les loyers. 

C’est un placement particulièrement rentable dont n’hésitent pas à se saisir des particuliers, mais également des banques. Ces dernières proposent des résidences universitaires privées souvent bien mieux que leurs homologues publics, mais pour beaucoup plus cher. Parcoursup et ses affectations parfois tardives et lointaines ont pu amplifier cette problématique dans certains cas. Les CROUS n’ont aujourd’hui plus les moyens de leurs missions. Ces derniers n’ont ainsi pas les fonds nécessaires pour construire de nouveaux logements.

Les problèmes de logements ne sont pas propres aux étudiants, mais chez ces derniers ils sont accentués. La faiblesse de leurs rémunérations, leurs déménagements fréquents, accentue leurs difficultés face à la location. D’autant que le parc public ne répond pas à leurs besoins spécifiques avec généralement des temps d’attente bien trop élevés et des logements peu adaptés en termes de taille. Un service public dédié doté des moyens suffisants est nécessaire. 

Combattre la précarité étudiante 

La mise en place d’un numéro d’appel annoncée par Frédérique Vidal passe complètement à côté du sujet en plus de suinter un certain mépris. 

Des solutions peuvent et doivent être mises en place pour combattre la précarité étudiante. Sur l’aspect monétaire, il est nécessaire de refondre entièrement le système de bourses pour sortir de la logique de l’assistance et aller vers celle de la solidarité. La France doit accepter que les étudiants n’ont pas vocation à se salarier, ni plus largement à occuper un emploi sur leur temps de formation. De la même façon qu’un droit au repos est reconnu pour les aînés avec le système de retraite, un droit aux études avec le versement d’un revenu doit être mis en place. 

Sur les logements, une réflexion plus globale au-delà des seuls étudiants doit être mise en place pour mettre fin à la spéculation immobilière. Toutefois, des solutions spécifiques aux besoins des étudiants existent et doivent être développées. Le logement étudiant doit être pensé comme une solution plus globale et non comme une offre marginale attribuée aux plus précaires ou aux plus chanceux. Un plan de développement très ambitieux doit voir le jour. Les offres privées doivent prendre fin. Les résidences universitaires installées par les banques doivent être nationalisées pour être directement gérées par les CROUS. 

Ces solutions nécessitent davantage d’ambition politique que la mise en place d’un numéro. Elles sont également plus coûteuses et imposent de réellement faire du temps de formation, un temps de la vie, reconnu et bénéficiant de la solidarité nationale. Ces investissements sont toutefois des dépenses d’avenir pour réellement se donner les moyens de former la population future et aller vers une société de progrès. 

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde