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Première étape réussie pour le Tour de France du Collectif “Pédale et tais toi !”

Lancé officiellement lors de la Fête de l’Humanité en septembre, le collectif composé de coursiers, de syndicalistes, de parlementaires et de militants de mouvement de jeunesse organisait hier à Bordeaux la première étape de son Tour de France.

Bordeaux, une première étape symbolique

Ce n’est pas pour rien si la première étape de Tour de France, qui durera environ neuf mois et s’arrêtera dans les principales villes du pays, a eu lieu à Bordeaux. C’est en effet dans cette ville, qu’à la suite d’un bannissement honteux de la plateforme Deliveroo, qui le soupçonnait d’activité syndicales, un coursier, entouré d’autres coursiers venus lui prêter main forte décida de monter le premier syndicat CGT des coursiers à Vélo.

Ne s’arrêtant pas là, quelques temps plus tard, c’est une nouvelle structure qui a vu le jour, avec la naissance de l’association “Les coursiers bordelais”. Regroupant quelques coursiers ne souhaitant plus subir les galères des plateformes, l’association est en train d’évoluer pour devenir une véritable structure permettant aux coursiers de bénéficier d’un statut en CDI, de protections et de véritables conditions de rémunération.

C’est avec ces coursiers que la journée à commencer pour les membres du collectif présents dont les deux sénateurs Communistes à l’initiative de cette démarche Fabien Gay, de retour sur ses terres d’origine et Pascal Savoldelli.

Dès ce premier échange de la journée les choses sont posées cartes sur table. Alors qu’Arthur et ses collègues expliquent leurs conditions et le long parcours fait de sacrifices pour créer l’association, Théo, Coordinateur départemental du MJCF en Gironde pointe l’urgence que l’opinion publique s’empare de cette question qui touche notamment très fortement les jeunes. Cette question de l’opinion publique ne laisse pas les sénateurs insensible, comme le déclare Fabien Gay, “il est impossible pour nous, de réussir à faire bouger les lignes si nous ne gagnons pas la bataille de l’opinion !”. C’est en effet un constat partagé autour de la table puisque sont pointés à la volée les différents verrous qui existent dans la société sur cette question à savoir le manque de courage ou de soutien du côté de la justice pour créer une première jurisprudence qui ouvrirait une faille dans le système, les limites de l’argument reposant sur la fait de revendiquer le salariat ou encore la possibilité accaparée actuellement par le capital de répondre aux besoins humains sous d’autres formes.

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“Mais qu’est ce qu’il fait avec une écharpe sur un vélo de coursier ?”

Après cet échange, c’est en vélo que les parlementaires et les autres membres du collectifs sont partis pour aller à la rencontre, au côté des coursiers bordelais, de leur clients pour échanger avec eux.

C’est dans un café-restaurant que les cyclistes confirmés ou occasionnels firent leur première étape. L’occasion pour eux d’échanger avec le patron de l’établissement qui travaille avec les coursiers  bordelais après une expérience qui ne l’a pas satisfait auprès d’UberEat.

“Vous vous rendez compte qu’ils prennent leur commission sur du TTC ? Ces mecs traitent mal les livreurs, ne paient pas un sous d’impôts !”. Mais la discussion ne s’arrête pas là. “Moi j’avais un coursier auto entrepreneur qui bossait principalement avec moi, après un contrôle fiscal on m’a dit que je devais le salarié…C’est ce que demande les gars pour les plateformes et on leur dit non alors que c’est pire !”. Les élus n’en reviennent pas et prennent note de tout ce qu’il dit avant que la discussion embraye sur d’autres sujets relatifs aux problèmes rencontrés par les restaurateurs.

C’est sur cet échange que le convoi repart sous les yeux étonnés des bordelais, rarement habitués à croiser des élus en écharpe tricolore arpenter la ville en vélo aux côtés de coursier. L’arrêt suivant fut dans une clinique de prothésiste dentaire, secteur qui a souvent recours aux services des coursiers. Eux aussi ont fait le choix des coursiers bordelais. Avec cet échange presque familiale dans le laboratoire, les gérantes apprennent à mieux connaître, scandalisées, les conditions des coursiers. Elles racontent également leur quotidien et le besoin qu’elles ont de faire appel à eux sans pour autant vouloir être contraintes de participer à une exploitation, qu’elles refusent d’autant plus au vu de la discussion.

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“On ne parlera pas à votre place “

Renforcé par ces rencontres, les coursiers d’un jour et de toujours prennent le chemin de la place Lafargue ou une quarantaine de coursiers et soutiens sont réunis pour échanger avec les parlementaires. Très vite les témoignages s’enchaînent… “Il y a des espions envoyées par deliveroo dans nos discussions communes sur des applications…” , “on ne peut rien faire car on a aucun droit”, “une loi c’est pas suffisant mais au moins ca nous donnerait une base, un cadre légal sur lequel s’appuyer”… Les mots des coursières et coursiers résonnent dans le débats se mêlant à ceux de syndicalistes, ou de chercheuse sur le sujet expliquant le danger que constitue tout le conditionnement, y compris, sémantiques que tentent de créer ces plateformes.

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La dessus les sénateurs ne passent pas par quatre chemins. “Nous on est minoritaire, on ne peut rien faire seuls, mais quand on rentre dans l’hémicycle on rentre avec votre colère, votre voix” dit Fabien Gay. Pascal Savoldelli insiste lui sur une méthode “On doit identifier, avec vous, sur ce Tour de France, une deux trois revendications claires pour faire une loi. On ne doit pas s’éparpiller, pas leur donner la possibilité de nous avoir dans un débat technique, et on doit faire en sorte que cela soit inconcevable de ne pas nous soutenir, même pour des parlementaires d’autres formations politiques”. Les coursières et coursiers semblent séduits par l’idée ce qui pousse le sénateur du Val de Marne à déclarer “C’est un choix de société que l’on fait ensemble. laisser ces gens imposer ce mode de fonctionnement de la société, c’est nous tuer toutes et tous dans la concurrence, dans la division. On ne peut pas ne rien faire.”

Avis partagé par l’ensemble des participants qui repartent enthousiastes en attendant très vite des nouvelles des futures étapes.