CC0 | Domaine Public
Social-Eco

Privatisation de la FDJ, une bien mauvaise opération budgétaire

La vente de l’entreprise qui détient le monopole des jeux d’argent (hors paris sportifs et jeux en ligne) a été entérinée avec le vote de la loi Pacte. Le lancement de la première phase a débuté jeudi. 

Une privatisation assez peu médiatisée jusqu’à présent

Cette privatisation a été relativement éclipsée par la mise en vente concomitante des aéroports de Paris. Cette dernière est toutefois bloquée dans l’attente de la fin de la collecte de signature en vue de la tenue d’un référendum d’initiative partagée. Si plus de 4,7 millions de citoyens inscrits sur les listes électorales le soutiennent, un référendum pourra être engagé afin de garder sous giron public le groupe en charge des aéroports parisiens. 

Rien de tel n’est toutefois venu se mettre en travers de la privatisation de la Française des jeux. La société avait été créée dans les années trente pour organiser une loterie nationale destinée à financer les réparations aux blessés de la Grande Guerre. L’entreprise est depuis une véritable machine à cash pour l’État lui rapportant plus de 80 millions d’euros annuellement en dividendes, une somme qui a pu monter à 160 millions en 2016. Une somme toutefois faible une fois rapportée au 3,5 milliards de taxes et cotisations que perçoit l’État sur les activités du groupe FdJ. 

Une somme toutefois non négligeable à l’heure où les responsables politiques de la majorité se plaisent à répéter qu’il n’y a pas d’argent magique. 

Un monopole stratégique

Au-delà des considérations budgétaires, la FdJ continuera même privatisée à être en situation de monopole pour au moins 25 ans. Une situation qui place l’entreprise face à une responsabilité importante. Les jeux d’argent sont connus pour susciter des addictions importantes aux conséquences dramatiques. Un contrôle étatique assurait une certaine modération dans la course aux profits et les stratégies agressives vis-à-vis des joueurs. Alors que les pubs pour les paris sportifs envahissent déjà l’espace public ciblant un public jeune et souvent précaire, la privatisation de la FdJ ouvre un front supplémentaire. 

L’entreprise affiche de bons indicateurs de croissances, 5 % par an sur ces dernières années, les mises augmentant régulièrement, son chiffre d’affaires suit. Elle a également largement profité de l’ouverture à la concurrence des paris sportifs en développant une offre numérique. Le loto est la deuxième loterie européenne et la quatrième mondial ce qui en fait un poids lourd du secteur. La société ne cache d’ailleurs pas ses ambitions, revendiquant 25 millions de clients, un Français sur deux en âge de jouer. Cette place prépondérante de la société sur le secteur et dans la vie des Français fait de la FdJ un levier non négligeable en termes de santé publique et de lutte contre les addictions. 

Un choix budgétaire contestable

Le gouvernement espère tirer près de 2 milliards d’euros de la vente d’actions dont le prix varie entre 16,5 € et 19,9 €. Afin de faire de cette privatisation, un moment « populaire », le gouvernement casse de 2 % le prix des actions et offre une action toutes les dix actions achetées dans la limite de 5000 € d’actions à condition de les conserver au moins 18 mois. Cependant, seul un tiers du capital mis en bourse ira aux particuliers, le reste étant réservé à des acteurs institutionnels. La somme dégagée dépend toutefois de la réussite de l’introduction en bourse. Les particuliers se montrent frileux à investir dans les entreprises privatisées ainsi, les cours d’EDF ou d’Air France n’ont ainsi jamais retrouvé leur niveau d’introduction. Les premiers jours de ventes auraient selon la presse spécialisée rencontré un certain succès.

La somme ainsi levée doit être destinée à être placée afin que les dividendes obtenus financent « l’innovation ». Là aussi la stratégie interroge, la Française des jeux était déjà un très bon placement dont les dividendes seront désormais perdus. L’État fait certes payer 380 millions d’euros le droit pour la FdJ de conserver son monopole pendant 25 ans, une somme toutefois éloignée des dividendes qu’il pouvait espérer en tirer en conservant ses parts. À court terme, l’État va toutefois empocher une conséquente entrée d’argent frais qui permettra d’afficher un bilan comptable plus flatteur. À long terme, l’opération peine à se justifier autrement que par idéologie.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde