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A LA UNE Environnement

Qu’est-ce que Extinction rebellion ?

Mouvement écologiste, mouvement de désobéissance civile, mouvement d’action non violente, Extinction Rebellion fête son premier anniversaire en lançant une campagne mondiale d’initiatives militantes. 

Extinction rebellion, nouveau mouvement d’un militantisme écologiste en plein boom

Le spectacle très photogénique des opérations de extinction rebellion a largement été diffusé par les principaux médias. Le groupe, né il y a un an au Royaume Uni, a réussi à mettre en place des opérations de blocages dans une soixantaine de villes à travers le monde. Une opération médiatique spectaculaire particulièrement remarquée. Les initiatives sont souvent qualifiées d’actions directes, de désobéissance civile et la non violence est saluée. L’organisation est rodée et les moyens déployés souvent impressionnants. Le message, généralement qualifié de radical, est en revanche relativement flou. 

Ces initiatives s’inscrivent ainsi dans le foisonnement de mobilisations militantes qui se poursuivent depuis plusieurs années autour des COP et plus récemment les grèves scolaires mondiales pour le climat. A l’inverse de d’autres acteurs qui font le choix de modes d’actions plus classiques comme des pétitions ou des manifestations, c’est ici le choix de l’action “coup de poing” qui est faite. La non-violence mise en avant est destinée à légitimer des actions illégales, comme le blocage de routes ou autres, dans une stratégie désormais bien éprouvée.  

Un message écologiste

Extinction rebellion porte un message relativement classique, dénonçant le changement climatique et ses conséquences. Le mouvement met particulièrement l’accent sur la disparition d’espèces vivantes qualifiée de sixième extinction de masse ce qui a donné son nom. Le mouvement entend faire pression sur les décideurs publics pour mener des politiques adaptées pour contrer le changement climatique et ses conséquences. Jusque là, on ne trouve pas de différence majeure avec la plupart des mouvement écologistes existants. 

Sur la plateforme anglaise à l’origine des différentes déclinaisons on trouve un manifeste en trois points. Le premier s’appelle “Tell the truth” et demande à ce que le gouvernement “dise la vérité” en déclarant l’état d’urgence climatique et écologique. Le deuxième est intitulé “Act Now” et demande à ce que le gouvernement “agisse maintenant” contre la diminution de la biodiversité et les gaz à effet de serre en visant la neutralité carbone en 2025. Le dernier est intitulé “Beyond politics” demande la création d’une assemblée citoyenne pour aller “au-delà des politiques” sur le climat et la justice écologique. 

La déclinaison française présente une plateforme en quatre points. Les quatres points font toutefois directement échos aux trois points de son géniteur anglais. Les points 2 et 3 étant un découpage du “Act Now” anglais. On retrouve donc la même demande de “reconnaissance” de la “gravité et l’urgence des crises climatiques”. L’objectif de la neutralité carbone en 2025 est posé tout comme la volonté de défendre le “monde vivant”. L’assemblée citoyenne finit cette plateforme qui débute par une demande de “reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques”.

Changer tout et vite, les revendications d’Extinction rebellion

Deux revendications apparaissent concrètes dans cette courte liste. 

La première est l’objectif de neutralité carbone en 2025. Au niveau de la France, la dernière loi de transition énergétique a fixé un tel objectif pour 2050. La neutralité carbone n’a pas réellement de définition légale ou scientifique. Il s’agit de limiter les émissions de gaz à effet de serre à un niveau absorbable par la nature. Cet objectif implique donc de drastiquement diminuer les émissions de gaz à effet de serre, le ministère de l’écologie parle de diviser par 8 ces émissions à l’échelle de la France pour les ramener à 80 millions de tonnes contre plus de 450 millions de tonnes aujourd’hui. Un objectif très ambitieux à atteindre pour 2050 et probablement inenvisageable pour 2025. Le mouvement ne s’embarrasse d’ailleurs pas à détailler par quels moyens il serait possible d’atteindre cette neutralité à cette date. Sur le site en français il est expliqué que cette neutralité sera atteinte par “une descente énergétique et l’abandon des combustibles fossiles” impliquant un renoncement à la “croissance économique et à la consommation de masse”. Sur le site en anglais des liens vers d’autres structures sont proposés. Une FaQ indique également que si les propositions paraissent floues c’est parce qu’elles doivent être facilement communicables pour créer un mouvement de masse ou encore que c’est aux assemblées citoyennes de trouver des solutions concrètes. 

La seconde est justement celle de la mise en place d’assemblées citoyennes. 

Ces dernières sont particulièrement détaillées sur le site anglais. L’idée serait que ces assemblées se substituent aux institutions démocratiques actuelles de chaque pays. Elles seraient composées par tirage au sort en devant correspondre aux répartitions de la société en terme de genre, âge, ethnies, niveau d’éducation et répartition géographique. Ces membres tirés au sort recevraient ensuite une “information équilibrée” de la part “d’experts” mais également ee ceux qui seraient “les plus affectés par l’urgence”. Les débats seraient animés par des “facilitateurs professionnels”, ces derniers pouvant être définis comme des personnes qui aident et accélèrent des groupes à identifier leurs intérêts communs et poursuivre leurs objectifs. L’assemblée citoyenne serait enfin “dirigée par des ONG sous supervision indépendante”. Un projet finalement peu démocratique qui n’est pas sans rappeler le grand débat qui s’est tenu à la suite des gilets jaunes ou encore la convention citoyenne pour le climat lancée par Emmanuel Macron. 

Une approche parfois mystique de l’écologie

Extinction rébellion cultive également un certain mysticisme dans ses prises de positions. Largement relayé et moqué sur les réseaux sociaux, le programme de l’occupation de place des Halles à Paris comportait plusieurs séances de méditation, yoga, etc. dans le but de mettre en oeuvre une culture régénératrice. Ce terme érigé en principe de fonctionnement du mouvement est décrit comme une culture “saine, résiliente et adaptable” ou encore “ouverte, bienveillante et résiliente”

Sur le site anglais, la définition est sensiblement la même complétée de l’explication suivante : 

“Plutôt que d’être un réseau d’activistes, nous essayons de trouver des manières d’être et de faire qui soutiennent un changement positif. Cela peut inclure des cérémonies et des prières (de manière ni dogmatique ni imposée) comme des moyens de trouver l’inspiration dans des choses plus grandes que nous-mêmes. Nous avons besoin de nous reconnecter avec notre amour pour nous-mêmes, notre pays, notre peuple dans l’ensemble plus grand constitué par nos voisins ; les gens et la nature.”

Une approche mystique assumée par Extinction Rebellion qui dans sa FaQ sur son site anglais répond ainsi : 

“Quelques-uns, mais pas tous, ont une inclinaison “spirituelle” et nous accueillons tout le monde indépendamment de leurs croyances. Nous pensons que les personnes protègent ce qu’elles aiment et qu’accepter notre amour de la vie et de la nature n’est pas quelque chose dont nous devons avoir honte. Ceci étant dit, nous ne sommes pas naïfs ou ignorants des enjeux de  justice sociale et économique.” 

Quel avenir pour extinction rebellion ?

Le caractère absolu des positions du mouvement, positions qualifiées de “Vérité”, est un premier écueil.  Le refus de l’engagement d’une discussion ou d’un débat avec les institutions existantes et la volonté de les remplacer immédiatement, est un second. Dans les deux cas, c’est la capacité à transformer le réel du mouvement qui se heurte à un rejet de la réalité. La profusion d’initiatives plus ou moins bien ciblées et plus ou moins compréhensibles constitue une autre difficulté de ce mouvement. Ses accents mystiques assumés viennent compléter cette panoplie qui donnent à Extinction rebellion un caractère d’OVNI.

Le mouvement poursuit à Paris et dans d’autres endroits du monde des mobilisations spectaculaires dans lesquelles des jeunes et moins jeunes se retrouvent. A la manière de Nuit Debout, ou des “gilets jaunes”, la déstructuration assumée et le flou revendicatif mêlé à l’aspect nouveauté donne à ces occupations de l’espace public un attrait indéniable. Il serait aventureux d’aller prédire l’avenir de ce mouvement ou de déterminer sa capacité à impacter les politiques publiques. Il contribue en tous cas aux côtés d’autres mobilisations écologistes, des syndicats, des partis politiques qui le dénoncent depuis des années, à mettre au premier plan de l’actualité l’urgence d’une prise en compte du changement climatique. 

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde