Reculer l’âge de la retraite est une mesure anti-jeunes

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Elle est de retour pour nous jouer un mauvais tour ! La réforme des retraites d’Emmanuel Macron revient encore à l’agenda du gouvernement malgré de multiples échecs. Contrairement aux apparences, le recul de l’âge de départ à la retraite concerne tout autant les jeunes que l’ensemble des salariés.

Après l’échec de la réforme de 2019, qui devait détruire le système de retraites par répartition, abandonnée suite à la mobilisation massive du monde du travail, le projet d’une réforme des retraites refait surface régulièrement. Les rumeurs promettaient même un amendement dans le projet de loi de finances de la sécurité sociale présenté cet automne visant à reculer l’âge légal de départ à la retraite de 62 ans à 64 ou 65 ans. En tout cas, le gouvernement multiplie ces dernières semaines les déclarations sur la prétendue nécessité de légiférer au plus vite en la matière.

Pourtant, le gouvernement galère à expliquer ses intentions : faut-il détruire nos droits sociaux pour « sauver » un système de retraites actuellement excédentaire, ou s’agit-il de réaliser des économies sur le dos des salariés afin d’assumer d’autres budgets ? En tout cas, le gouvernement n’en a pas fini d’inventer des excuses pour écarter l’idée de créer des recettes supplémentaires en mettant à contribution les grands profiteurs.

La retraite est-elle l’affaire des jeunes ?

Bien sûr, le recul de l’âge de la retraite va en premier lieu pénaliser les séniors. Ceux-ci sont davantage touchés par le chômage de longue durée et de très longue durée, ils sont plus concernés par les arrêts de travail et les invalidités. Retarder leur départ à la retraite met leur santé en danger, et constitue un non-sens économique puisqu’il faudra financer un surcoût pour l’assurance maladie et l’assurance chômage.

Quant aux jeunes, ils ont matière à s’inquiéter, non seulement pour leurs aînés qu’ils voient souffrir au travail à l’approche de la retraite, mais aussi pour leur propre taux de chômage. S’il y a moins de départs à la retraite (c’est la conséquence inévitable d’un recul de l’âge légal), il y a moins de remplacements et plus tardivement. Cela rend également plus difficile la transmission des savoir-faire.

Par ailleurs, l’allongement de la durée de cotisation pénalise les jeunes à plus d’un titre. Baladés entre des contrats d’intérim et des périodes de chômage, des stages, des services civiques, des contrats à temps partiel, payés le minimum voire moins, les jeunes savent que la jeunesse n’est pas une période favorable à valider des trimestres pour la retraite. 

De même, pendant leurs études, soit les jeunes ne travaillent pas et donc ne cotisent pas à la retraite, soit ils travaillent partiellement et donc cotisent peu. Comme les études ne sont pas prises en compte dans le calcul de l’âge de départ à la retraite, cela le retarde d’autant.

Une lutte de classes

À cause de la précarisation des jeunes via de nombreuses dérogations au droit du travail qui leur sont défavorables, l’âge moyen d’obtention d’un premier emploi stable recule d’année en année. Cela pénalise directement le jeune qui aura toutes les difficultés à travailler assez longtemps pour valider tous les trimestres nécessaires à la retraite. Et cela pénalise tous les salariés, puisque la précarité des jeunes représente un énorme manque à gagner pour financer la sécurité sociale et les retraites.

Si le gouvernement voulait réellement sauver les retraites, il pourrait mettre fin aux exonérations de cotisation, il pourrait augmenter les salaires et en particulier ceux des femmes, il pourrait enclencher une politique de création d’emplois et d’éradication du chômage. Les prévisions du Conseil d’orientation des retraites seraient alors dans le vert. Macron fait tout l’inverse.

Les jeunes ont tout à gagner à se mobiliser sur la question des retraites et du travail : la sécurisation de leur parcours de vie est la meilleure solution d’avenir pour garantir à chacun de partir à la retraite tôt et en bonne santé.