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Réformes précipitées et sélection, les lycées à la sauce Macron

Le 20 janvier prochain marquera le coup d’envoi des E3C , les Epreuves Communes de Contrôle Continu pour les élèves de 1ères de la voie générale et technologique. Un crash-test annoncé pour la “génération réforme du bac”, réforme qui accentue la sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur portée par Parcoursup.

Les E3C : Une organisation mal ficelée et des visées pédagogiques floues

A partir de lundi, les élèves de premières des lycées généraux et technologiques passeront les toutes premières E3C, les épreuves communes du contrôle continu mises en place par la réforme du baccalauréat. Elles comptent pour 30% de la note finale et sont organisées en 3 temps, sur deux ans, avec des épreuves au second et au troisième trimestre de Première ainsi qu’une épreuve finale en Terminale. Ces E3C présentent un certain nombre de problèmes, d’une part dans leur organisation et d’autre part dans leur visée pédagogique.

Le calendrier des épreuves est choisi librement par les lycées, c’est à dire que si certain·ne·s lycéen·ne·s débuteront leurs épreuves le 20 janvier, d’autres auront jusqu’à début mars pour les passer. Ce calendrier différencié relève d’une inégalité entre des milliers de lycéens et lycéennes qui ne passeront pas ces épreuves au même moment.

De plus, avec cet examen qui a lieu au milieu de l’année scolaire, les équipes pédagogiques ne sont pas suffisamment préparées tant sur la forme et le contenu des épreuves que sur les attendus de correction. Les élèves pâtissent de cette nouvelle organisation dans la mesure où ils sont de fait laissé.e.s dans l’incertitude.

Également, l’ensemble des lycéens et lycéennes ne composeront pas sur les mêmes épreuves. En effet, les sujets des E3C sur lesquels plancheront les élèves sont disponibles sur la Banque National des Sujets. Se sont les équipes pédagogiques de chaque lycée qui feront la proposition des sujets par discipline et se sera au Chef d’établissement que reviendra la décision finale. Or, la BNS n’a été mise en ligne que très tardivement, seulement un mois avant le début des premières épreuves, peu avant les vacances de Noël, ajoutant des difficultés quant à l’organisation des épreuves pour les établissements.

Il y a également un autre effet à l’organisation de ces examens au milieu de l’année. Bon nombre de lycéen·ne·s qui plancheront dès lundi n’ont pas eu de “sujet 0” ou de “bac blanc” pour se préparer. A cela s’ajoute le fait que les sujets disponibles sur la Banque Nationale ne correspondent pas forcément au niveau d’avancement des lycéen.ne.s dans le programme.

Tout ceci accentue le stress des lycéens et lycéennes, déjà soumis à une pression permanente depuis la mise en place de cette réforme. Les évaluations sont en effet leur lot quotidien, la moyenne des notes de cours obtenues sur l’année comptant pour 10% de la note finale du baccalauréat.

Les E3C ne respectent pas les conditions d’un examen national pour plusieurs raisons. Avec des sujets et des convocations différentes suivant les établissements et les classes, les lycéen·ne·s ne passeront pas le même diplôme. L’organisation en elle-même ne permet pas non plus de passer ces examens dans de bonne condition. Les cours ne sont pas toujours banalisés, ne laissant pas le temps de respirer entre les épreuves. Autre chose, de nombreuses salles ne permettront pas le placement d’un élève par table et l’anonymat sera relatif dans la mesure où les copies seront très probablement corrigées par les enseignant·e·s du lycée dans lequel sont inscrit·e·s les lycéen·ne·s.

Tout ceci entraîne une rupture d’égalité entre des milliers d’élèves et a des conséquences néfastes sur leur avenir. En effet, dans la mesure où le baccalauréat est dorénavant un examen local en fonction des moyens des lycées, ce diplôme n’a plus la même valeur. Et on le sait, un diplôme d’un lycée du centre ville aura bien entendu plus de valeur qu’un diplôme d’un lycée de banlieue.

Parcoursup et réforme du bac : la sélection comme objectif commun et résultat final

Cette réforme du bac et la mise en place du contrôle continu dans ce cadre visent à faciliter la sélection sociale aux portes de l’enseignement supérieur imposée par Parcoursup depuis deux ans. Le lycée d’origine était déjà un critère de discrimination pour les lycéen·ne·s des classes populaires, cette logique sera d’autant plus renforcée.

En effet, les E3C compteront pour les dossiers Parcoursup des lycéen·ne·s. Alors, un baccalauréat obtenu dans un lycée de banlieue avec les nouvelles modalités du diplôme pèsera lourd sur l’avenir de ces élèves dans la mesure où ce diplôme aura moins de valeur qu’un bac d’un lycée mieux côté. Ils seront de facto pénalisés par les formations de l’Enseignement supérieur et verront leurs dossiers rejetés.

De plus, les professeurs vont évaluer n’ont pas l’acquisition des savoirs par les élèves lors de la correction des E3C mais bien le classement des jeunes sur l’ensemble des lycéen·ne·s qui postulent sur Parcoursup.

Le 22 janvier ouvriront les inscriptions sur Parcoursup, avec la première phase de voeux par élèves de Terminale (jusqu’à 10 voeux non ordonnés) et ce jusqu’au 10 mars prochain.

Depuis 2 ans le bilan catastrophique de Parcoursup parle pour lui même. Des milliers de jeunes ont été laissés à la porte de l’Enseignement supérieur. Le gouvernement a fait le choix de la sélection à tous les niveaux plutôt que l’ouverture de places dans les formations de l’enseignement supérieur et de la mise en place de véritables moyens dans les universités.

Cette mise en concurrence des élèves et le renforcement des inégalités entre les jeunes en formation a des conséquences désastreuses, à savoir l’augmentation de la reproduction sociale et de genre. Les jeunes des classes favorisées pourront se permettre de choisir stratégiquement leur lycée à la fin du collège en fonction de la côte de l’établissement et des spécialités qui y sont proposées. En effet, les filières sélectives post-bac ont établi la liste des spécialités nécessaires pour entrer dans la formation et celles-ci ne sont pas proposées par l’ensemble des lycées.

Ce système profite aux jeunes des classes favorisées et pèse sur l’avenir des jeunes des classes populaires. Macron a fait de la sélection à l’entrée de l’université et dorénavant du lycée, grande cause de son quinquennat.