s-pri-noir-clair-obscur-rap-francaisPochette de l'album
CULTURE

S.Pri noir, Le clair obscur du rap français

Ca commence par un message sur twitter : « l’album a leaké….GO ! ». Depuis la découverte de la tracklist sur Instagram, on attendait qu’une seule chose : la sortie de l’album sobrement intitulé « masque blanc ». Référence à Frantz Fanon ? Totalement assumée pour le rappeur parisien, fils de grio sénégalais. C’est d’ailleurs ce qu’il explique dès l’introduction de cet album, un morceau rapide, stressant, oppressant qui place le début de l’album sous une tension certaine.  Cette ambiance se retrouve d’ailleurs dans plusieurs morceaux comme « finesse » en feat avec Haute ou « Podium ». Pas de surprise pour ceux qui ont découvert le Boug en 2014 dans «OSS Licence to Kill » et le fameux Paramètres, S.Pri sait manier une instru puissante et des lyrics précis. Intransigeant avec les autres comme il l’est avec lui même le rappeur parisien écorche au long des mesures les responsables politiques français qui ont colonisés l’Afrique et ceux qui depuis n’ont rien changé au néo-colonialisme.

Si Frantz Fanon proposait deux facettes dans « Peaux noires, masques blancs », S.Pri noir nous gratifie d’un kaléidoscope musical de grande qualité. Au delà de la puissance de ses textes et des ambiances comme dans « Highlander », il sait aussi s’approprier les sonorités sud-américaines pour proposer des morceaux mélodieux comme « Chico » ou « Narco-poète ».

Boxeur d’instrus, braqueur de mélodies, le rappeur d’origine sénégalaise sait aussi se faire mélancolique et sensible comme dans le titre «Seck » avec Viviane Chidid, où S.Pri Noir se dévoile certainement le plus. Il égraine les années et nous conte l’histoire de sa mère. L’histoire d’une jeune fille sénégalaise qui quitte sa famille et ses racines pour rejoindre Paris. « La belle et la bête » est aussi un bel exemple du talent et de la sensibilité de S.pri Noir, un morceau qui raconte la chute dans la prostitution et la drogue d’une jeune fille de banlieue. Bien qu’il ne soit pas un des rappeurs qui invite les artistes à tour de bras pour créer le buzz autour de son album, S.pri noir est de ceux qui sont des amis fidèles, pour preuve l’invitation de Nekfeu pas seulement « juste pour voir » mais surement juste pour rendre la pareille à celui qui l’a surement fait décoller auprès du grand public français.

Si les récits d’ S.pri noir sont durs, ils retranscrivent le quotidien d’une partie de la jeunesse de France délaissée par la République. Une jeunesse qui passe plus de temps à devoir traîner en bas des blocs qu’à aller étudier ou travailler faute de perspectives.

Un album de Spri noir est un peu comme le récit d’une nuit, il commence avec des sons sombres et oppressants, se poursuit avec des morceaux plus rythmés comme une fin de soirée puis l’ambiance redescend et les morceaux se font plus doux et mélancoliques. La conclusion de la nuit est comme toujours un lever de soleil plein d’espoir, cette fois-ci ce sont les morceaux « Elle a » et « fusée ariane » qui jouent ce rôle.

Bref, l’album « Masque Blanc » est bien plus qu’un simple album de rap c’est le tableau d’un Picasso, esquissant avec force et précision les vicissitudes de la société et des banlieues.