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Que se passe-t-il en Catalogne ?

La communauté autonome de Catalogne, dont les visées indépendantistes font régulièrement la une des médias, a subi une opération policière d’envergure. En cause, la tenue d’un référendum sur l’indépendance prévu le premier octobre prochain.

La Catalogne, une région particulière

L’Espagne est une monarchie constitutionnelle dans laquelle les régions, communautés autonomes, ont une autonomie relativement importante. La Catalogne occupe à ce titre une place particulière puisqu’elle fait partie des “nationalités historiques” avec la Galice et le Pays Basque.

La Catalogne possède un langage et une culture propre qui imprègne encore largement la population. Ainsi 70% des habitants de Catalogne parle couramment le catalan. Économiquement la région est l’une des rares régions espagnoles à avoir connu une révolution industrielle à la fin du XIXe siècle.

La mutation de l’économie s’est faite ainsi de manière très différente entre cette région et les autres.

Le poids déterminant de la Catalogne dans l’économie espagnole

La Catalogne est la deuxième communauté autonome la plus peuplée après l’Andalousie mais devant celle de Madrid avec plus de 7 millions d’habitants sur les 46 millions que compte le royaume.

Ce poids démographique trouve une forte traduction économique, puisque la Catalogne est la région la plus riche d’Espagne en terme de PIB. Le PIB de la région, équivalent à celui de l’Irlande, représente 20% du PIB national.

C’est également la première région touristique d’Espagne, profitant de l’attrait de sa capitale Barcelone. La Catalogne n’attire pas que des touristes puisqu’elle concentre également près de 25% des investissements étrangers.

Enfin, avec “seulement” 13,2% de chômage, la communauté autonome affiche un taux de privés d’emplois inférieur de 4 points, à celui que connaît l’ensemble de l’Espagne.

La crise, catalyseur des revendications d’indépendance de la Catalogne

Depuis 2008, les revendications indépendantistes, historiquement marginales, ont pris de l’ampleur.

Si la censure de plusieurs articles de la “constitution” catalane, par le tribunal constitutionnel espagnol a suscité des tensions en 2010, les raisons les plus souvent avancées par les indépendantistes sont d’ordre économique.

Il est reproché au gouvernement central de privilégier la région de Madrid et le reste de l’Espagne au dépend de la Catalogne. Les séparatistes n’hésitent pas à brandir le chiffre de 8% qui correspondrait au taux de perte de la production économique de la Catalogne vers l’Espagne.

Si le chiffre est contesté, il n’en demeure pas moins que tous les acteurs reconnaissent que la Catalogne paie plus d’impôt qu’elle ne reçoit d’investissement public. Si la solidarité entre les régions n’est pas contestée par l’ensemble des indépendantistes, il est toutefois certain que la Catalogne souffre d’un déficit d’investissement dans ses infrastructures.

La réduction des rentrées d’argent public suite à la crise a accentué ces contradictions.

La Catalogne, face à la classe politique espagnole

La particularité de la Catalogne et son déficit fiscal vis à vis de Madrid sont peut être moins responsables de la situation actuelle que les dirigeants politiques espagnols.

Les régulières affaires de corruption qui éclatent et les choix économiques douteux en matière d’infrastructures ont particulièrement entamé le crédit des décideurs publics espagnols. Ce sont les mêmes qui aujourd’hui sont vent debout contre le projet indépendantiste catalan.

L’envoi de la police pour mettre fin aux opérations électorales et l’arrestation de plusieurs dirigeants catalans vient clore une longue liste de décisions brutales qui attisent les tensions et les volontés indépendantistes.

Certains hommes politiques notamment de la droite, n’ont pas hésité à jouer avec des préjugés anti-catalans dans le reste de l’Espagne. La mise sous tutelle des finances de la région ou encore les menaces contre les élus catalans sont autant de preuves de l’incapacité du pouvoir espagnol à proposer une alternative nationale au projet indépendantiste.

Une république espagnole plurinationale ?

A l’instar de Podemos qui défend le droit des catalans à décider de leur appartenance à l’Espagne, le parti communiste espagnol se prononce également en faveur d’un tel droit. Cependant il appel à voter contre l’indépendance de la Catalogne, en y opposant son projet républicain.

Hostiles à la monarchie, les communistes espagnols défendent l’idée d’une république fédérale qui reconnaîtrait l’ensemble des nationalités qui composent l’Espagne. Aujourd’hui, ils regrettent les raccourcis médiatiques qui associent partisans d’une consultation à des indépendantistes.

Le traitement médiatique ainsi fait, fait le jeu des nationalistes et des replis identitaires qu’ils soient espagnols ou catalans, au détriment des enjeux démocratiques.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde