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Vivre ensemble

« send nudes », le sexisme sur smartphone

Les nouveaux moyens de communication servent de chambre de résonance pour les pratiques les plus anciennes.

Mars 2018 à Rouen dans tous les lycées on parle de “j’affiche” sur snapchat. Mais qu’est-ce que c’est ? un compte snapchat qui récupère chaque jour une dizaine de “nudes” (photos intimes) et vidéos de jeunes filles de l’agglomération, puis les partage à ces milliers d’abonnés en story avec prénom, établissement, voir numéro de la fille. Résultat un harcèlement massif, des conséquences énormes sur la vie de ces lycéennes pour une photo. Et dans les couloirs on explique « qu’elles n’avaient qu’à pas le faire ». Comme si ces jeunes femmes avaient envoyé des photos à un mur.

Dans la loi c’est pourtant clair, il est totalement légal d’envoyer une photo sexy à quelqu’un qui le consent. En revanche partager un contenu un caractère sexuel sans l’autorisation de la personne concernée est condamnable de deux ans de prison ou trois si les images sont celles de mineurs de moins de 15 ans (le cas présent).  

C’est la loi dite “revenge porn” (porno de revanche) elle prend en compte deux aspects qui n’existaient pas dans le droit à l’image, premièrement la violence est exercée par un conjoint (ou un petit copain) mais aussi la portée massive des réseaux sociaux, ils constituent tous deux des faits aggravants.

Qui est responsable ? Sûrement pas les victimes, mais bien le gérant du compte et ceux qui lui ont envoyé des photos premièrement, et tous ceux qui ont regardé passivement.

Alors c’est internet qui rend les jeunes bêtes ?

Non il y a toujours eu une “salope du lycée” seulement une fois sortie de l’établissement elles étaient “Sarah”,”Anaïs”,”Clémence” ou “Samira”. Le slut-shaming (littéralement la honte aux salopes) n’est pas né avec Snapchat, des sorcières brûlées à l’interdiction de l’avortement, le contrôle de la sexualité des femmes est plus vieux que Michel Drucker.

Puisque la loi n’interdit plus, et au contraire reconnaît le droit à la santé sexuelle, c’est la rumeur qui se charge de maintenir l’ordre établi : le patriarcat. Une femme se devrait d’avoir une sexualité seulement pour le plaisir des hommes ou pour enfanter, pas simplement par plaisir et librement sinon gare à sa « réputation ».

La différence c’est la rapidité avec laquelle se répand l’information mais aussi qu’internet abolit les frontières des espaces. On est plus la « salope du lycée » mais celle de sa ville, de son département, de tout internet. Impossible d’y échapper, l’harceleur, n’est plus la terminale S°2 qu’on quitte à 17h à la fin des cours, mais dans la poche du jean, sous l’oreiller la nuit, à table le dimanche, il est dans notre partenaire le plus utilisé : notre portable.

Alors on fait quoi ?

Premièrement on suit les conseils de Aya Nakamura : « Je pourrais t’afficher mais c’est pas mon délire, y a pas moyen djadja » ; on ne partage pas de nudes sans l’accord de la personne concernée, la personne qui vous l’envoie vous fait confiance. Si exposer quelqu’un à un harcèlement massif n’est pas une raison suffisante pour renoncer, la justice peut s’en charger et « elle l’a cherché » ne vous privera pas de peine. Chacun a le droit au respect de sa vie privée et de son image, qu’on couche avec une dizaine de personnes dans la semaine ou qu’on soit vierge jusqu’à la fin de sa vie.

Il n’est pas question d’interdire les nudes ou internet, je ne suis pas ta mère, en revanche on peut conseiller, de ne jamais mettre sa tête ou tout signe distinctif sur les photos.

D’autres part, personne ne peut t’obliger à faire des nudes si tu n’en as pas envie, le chantage ou le harcèlement sont eux aussi punis. Même ton copain ou ta copine, « si tu m’aime tu le fais », non quand on aime, on respecte les limites de son amoureu.x.se.

Surtout on laisse la sexualité des femmes tranquille, si on décide de poster des photos de soi nue publiquement, ça ne regarde que nous, ni notre copain, ni notre père, ni les passants. Il n’y a ni salope, ni fille facile, il y a seulement des femmes qui profitent de leur droit : choisir leur sexualité librement.

Si ça m’arrive ?

Prendre une capture d’écran afin d’avoir des preuves.
Signaler auprès du réseaux social (même si c’est peu efficace)
Signaler sur : internet-signalement.gouv.fr ou https://www.pointdecontact.net/
En parler avec un adulte de confiance : Infirmière scolaire, grande sœur, parents, etc.
Porter plainte : c’est ton droit, n’hésite pas à le rappeler si on refuse de prendre ta plainte, fais-toi accompagner, des juristes ou des associations peuvent t’aider
En parler : 0 800 200 000 ce numéro est une ligne d’écoute spécialisée dans le cyber-harcèlement.