service-national-obligatoire-militaireFreepik
Vivre ensemble

Service national, obligatoire et militaire

Le retour à une forme de conscription, depuis la fin du service militaire, est une marotte d’un certain nombre de politiques. Lors de la campagne présidentielle de 2017, plusieurs candidats le portaient, dont l’actuel heureux élu, Emmanuel Macron.

La genèse du rétablissement du service militaire

Dans le programme du candidat du mouvement qui ne s’appelait que En Marche à l’époque, la proposition se trouvait dans une rubrique “défense”.  La rubrique est divisée en trois objectifs. Après la question des moyens de l’armée, puis la question de l’Europe de la défense, se trouve un troisième objectif intitulé, “conforter les liens entre la nation et les armées”.

C’est donc dans cette intention que l’on trouve la proposition d’un service militaire obligatoire et universel d’un mois.

Coté justification on trouve une unique phrase :

Dans une période marquée par l’instabilité sur le plan extérieur mais aussi par la défiance d’une partie de la population vis-à-vis de nos institutions, il nous faut renforcer les liens entre l’armée et les citoyens.

Coté explication, la mesure est détaillée ainsi :

Il s’adressera aux jeunes femmes et hommes aptes de toute une classe d’âge et devra intervenir dans les 3 ans suivant leur dix-huitième anniversaire. L’accès aux métiers de la défense en tant que militaire d’active ou dans la Garde Nationale en sera facilité. Cela permettra aussi de disposer, en cas de crise, d’un réservoir mobilisable, complémentaire de la Garde Nationale.

Un service national voulu par le président

Depuis quelques jours, alors que plusieurs milliers de lycéens et étudiants battent régulièrement le pavé contre l’austérité dans l’enseignement supérieur et la sélection qui l’accompagne, la question est revenue sur le devant de la scène. De façon concomitante à l’annonce d’une réforme inédite de l’examen d’un bac désormais dévalorisé, il semble que le Président ait décidé d’adresser le plus magistral des doigts d’honneur aux jeunes du pays.

Alors que son programme prévoyait une période d’un mois, le Président de la République, qui a lui même échappé à la conscription, a récemment estimé qu’un trimestre serait pas mal, voire six mois, et contrairement à ce que laissaient penser les propos de sa ministre des armées, le service sera universel et obligatoire.

Qu’importe qu’un rapport parlementaire cosigné par une élue de sa majorité devrait conclure le 21 février prochain, d’après Le Monde,  à l’inutilité de la mesure. Emmanuel Macron a même mis en place un comité ad hoc qui ne manquera pas de rendre, lui ,un rapport contenant les conclusions attendues. Le locataire de l’Elysée n’a jamais caché sa détestation des travaux parlementaires. Ce rapport co-écrit par deux élues, remet en cause notamment l’idée qu’un tel service ne serait pas un outil d’intégration et que la formation des citoyens n’est pas du ressort de l’armée.

Un service universel inutile à la faisabilité douteuse

Malgré sa présence dans la rubrique “défense” du programme du candidat, aujourd’hui personne ne peut prétendre qu’un tel service puisse constituer un élément de défense. La nature des conflits et des menaces, rend inutile une réserve constituée d’individus peu formés. Les conflits de grandes échelles ont quasiment disparus et les menaces ont évolué. A quoi peut bien servir une réserve de 700 000 femmes et hommes face à un commando suicidaire de quinze personnes ?

L’armée française est de plus aujourd’hui davantage tournée vers la défense des intérêts impérialistes de la bourgeoisie du pays que vers la défense du territoire national. Ces opérations extérieures menées à grand renfort de coûteux matériel de hautes technologies n’ont pas non plus besoin de conscrits.

L’utilité en terme d’intégration et d’engagement paraît largement fantasmée. Qui peut croire qu’en trois ou six mois sous les drapeaux, les jeunes qui ont passé plus d’une décennie dans l’école de la République, se trouveront mieux “intégrés” ? Quel engagement peut susciter un séjour en milieu militaire ? Les jeunes sont pourtant déjà largement engagés dans le secteur associatif.

Enfin, le Président de la République a annoncé que le coût ne serait pas “prohibitif”. Faut il comprendre que c’est gratuitement que les jeunes devront passer plusieurs mois dans l’armée ? Comment seront-ils logés puisque M. Macron a annoncé qu’il ne s’agissait pas de “récréer des casernements massifs” ? Alors que le gouvernement refuse de donner à l’enseignement supérieur les moyens d’accueillir tout le monde, il se montre prêt à dépenser plusieurs milliards dans une initiative dont l’utilité est autant à démontrer que la faisabilité.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde