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SNCF : 3 mois de grèves, des victoires et une lutte qui continue

Lancée le 3 avril, la grève des cheminot.es est arrivée au terme du calendrier annoncé par les différentes organisations syndicales le 28 juin dernier. Pourtant, après 3 mois de luttes, la détermination des grévistes ne faiblit pas.

Une grève record

Le 15 février dernier, le rapport Spinetta sur « l’avenir du transport ferroviaire », annonce une attaque sans précédent. Dans les cartons du gouvernement : la fin du statut de cheminot, l’ouverture à la concurrence et la transformation de la SNCF en société anonyme.

Après un premier appel à la mobilisation le 22 mars, la CGT, la CFDT, l’UNSA et SUD annoncent 3 mois de grève sous une forme originale : 2 jours de grève tous les 5 jours. La riposte est lancée, et elle est suivie. Le 3 avril, premier jour de ces trois mois de grève perlée, le taux de grévistes dans l’entreprise frôlait les 50%.

Avec 18 séquences, cette grève a battue un record de longévité. La durée exceptionnelle et la dureté du conflit ont évidemment des répercussions sur les taux de participation. Après une baisse du nombre de grévistes en comparaison aux premières journées d’action, celui-ci s’est rapidement stabilisé. Et bien que tous les cheminots n’aient pas la possibilité de sacrifier plusieurs jours de paye sur une période aussi étendue, il n’empêche que la désapprobation de la réforme au sein de l’entreprise ne fait nul doute.

En effet, l’intersyndicale a organisé une votation au sein de la SNCF du 14 au 22 mai au cours de laquelle 95% des cheminots interrogés ont pu exprimer leur rejet du pacte ferroviaire.

Direction de la SNCF et gouvernement en rang serré

Face à une mobilisation unitaire et populaire, la direction de la SNCF et le gouvernement, avec l’appui de certains grands médias ont multiplié les attaques. Ainsi, la ministre des transports Elisabeth Borne a estimé avant même le début des mobilisations que

« Personne ne peut comprendre que les syndicats de cheminots engagent une grève longue et pénalisante .»

La direction de la SNCF, elle, en refusant de payer les jours de congés posés par les cheminot.es grévistes, a tenté de casser violemment le mouvement. Cette mesure, condamnée par les organisations syndicales, l’a aussi été par le tribunal de grande instance de Bobigny le 21 juin dernier. L’entreprise devra donc régulariser la situation et régler 10000 euros de dommages et intérêts à la CGT, la CFDT et l’UNSA.

De leur côté, les journalistes auront à plusieurs reprises fait preuve de manipulations grossières. Ainsi, le 25 mars, BFM TV diffuse un graphique laissant penser qu’une majorité de français ne soutient pas la grève alors que l’enquête dont il est question indique l’inverse. Dans la même logique, de nombreux messages de journalistes de médias tels que CNews, Europe1 ou France 2 à la recherche d’usagers mécontents pour des reportages malhonnêtes ont fleuri sur les réseaux sociaux.

Solidarité et convergence

Cette guerre d’influence sur l’opinion publique n’aura pas empêché la mobilisation de gagner en popularité. Très rapidement, de nombreuses actions de solidarité se sont organisées dans toute la France. Le 23 mars une caisse de solidarité est créée en ligne et récolte 1,16 millions d’euros. Cette somme commence à être reversée deux mois après le début de la mobilisation à partir du 4 juin aux cheminots.

Cette solidarité s’est également organisée dans les deux assemblées. A l’Assemblée Nationale comme au Sénat les parlementaires communistes se sont fait les relais des revendications des travailleurs mobilisés. Ainsi les sénateurs du groupe CRCE ont affiché leur soutien aux cheminots dans l’hémicycle le 29 mai, gilet orange sur le dos et pancartes en main.

Avancées et Perspectives

Cette forte mobilisation aura permis le recul du gouvernement sur un certain nombre de points. Tout d’abord, celui-ci s’engage à une reprise partielle de la dette de la SNCF par l’Etat. Mais la décision n’est pas pleinement satisfaisante, l’Etat ne reprenant que 35 milliards d’euros alors que la revendication exprimée par les syndicats est une reprise de la totalité de la dette, soit 50 milliards.

Au Sénat, le texte de loi a évolué sur la question des transferts de personnel vers un opérateur privé. La réintégration dans la SNCF d’un cheminot.e au statut transféré.e vers le privé est ainsi facilité. L’allocation à la rémunération nette sera également maintenue en cas de transfert. Enfin, en cas de défaillance de l’opérateur privé, l’emploi sera garanti.

L’incessibilité des capitaux publics de la holding SNCF a également été inscrite dans la loi. Mais le danger de la privatisation plane toujours, puisque la transformation du statut juridique de l’entreprise reste inchangé.

Pour ces raisons, la CGT et SUD ont fait le choix de poursuivre la mobilisation les 6 et 7 juillet dans un premier temps, avec l’ambition intacte de faire plier le gouvernement.