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Sommet des Amériques : la fin du leadership étasunien ?

Depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis ont délaissé stratégiquement l’Amérique latine pour se concentrer sur le Moyen-Orient et l’Asie-Pacifique, poussant ainsi certains États à se rapprocher de la Chine ou de la Russie. Avec le « Sommet des Amériques », Joe Biden avait l’ambition de rectifier le tir, mais en n’invitant pas certaines nations comme le Venezuela ou Cuba, le président étasunien s’est attiré l’ire de nombreux Sud-Américains. Mais également de nations comme le Mexique, qui souhaitent changer la façon de faire de la diplomatie en Amérique. 

Dès son lancement à Miami en 1994, le « Sommet des Amériques » a eu comme objectif le fait d’imposer le leadership des États-Unis sur le reste du continent. Ce dernier s’est depuis estompé au fil des années. Joe Biden souhaitait profiter de cette neuvième édition pour faire reculer l’influence grandissante de la Chine et de la Russie sur la région. Néanmoins, en refusant d’inviter Miguel Díaz-Canel, le président de Cuba, Daniel Ortega, le président du Nicaragua et son homologue vénézuélien Nicolás Maduro, les USA ont affiché leur volonté de faire un sommet où les participants sont sélectionnés par la diplomatie étasunienne et ont ainsi soulevé une grande vague d’indignation. 

Le sommet boycotté par plusieurs nations

Emboîtant le pas à la décision du président mexicain Andrés Manuel López Obrador, les dirigeants de la Bolivie, du Honduras, de Grenade, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines ont fait le choix de ne pas se rendre à Los Angeles. Se joignant ainsi à ceux du Guatemala et du Salvador qui boycottaient déjà l’événement en raison de l’ingérence américaine sur leurs territoires. 

À ces boycotts se sont entre autres jointes les condamnations du Premier ministre argentin Alberto Fernández, mais aussi des représentants du Belize, de Trinité-et-Tobago et de la République dominicaine. Une large partie des 35 nations participant habituellement au « Sommet des Amériques » ont condamné le choix unilatéral des États-Unis d’exclure Cuba, le Venezuela et le Nicaragua de la table des négociations. 

Cette indignation a également gagné la rue, puisque tout au long du mois de juin, des ressortissants cubains, vénézuéliens ont manifesté à Los Angeles pour réclamer la fin immédiate des sanctions financières étasuniennes sur leurs pays d’origine. On a d’ailleurs rarement vu une telle contestation du blocus des États-Unis contre Cuba sur le sol étasunien. 

L’hégémonie des États-Unis menacée par le multilatéralisme ? 

Les États-Unis ont longtemps considéré les pays d’Amérique Latine comme une chasse gardée, mais depuis plusieurs années, de plus en plus d’États rejettent l’hégémonie nord-américaine. Ils défendent une diplomatie plus ouverte où chacun a droit à la parole, quels que soient son régime politique ou ses prises de position à l’international. 

Cette ligne, portée depuis des années par le Mexique, s’est renforcée avec l’arrivée de la gauche au pouvoir d’AMLO (Andrés Manuel López Obrador), qui, depuis son élection, défend le multilatéralisme et l’idée qu’en cas de négociations, tous les pays devaient être autour de la table. 

La pandémie de COVID-19 et l’aide médicale qu’ont apportée la Chine et la Russie à de nombreux pays d’Amérique latine ont fait réaliser à ces derniers qu’ils n’étaient pas obligés de tout attendre de la part des États-Unis. Ceux-ci ont mis un certain temps avant de fournir les vaccins qu’ils avaient promis.

Pour sauver les meubles, Joe Biden et le Département d’État se sont lancés dans une grande braderie, acceptant d’extrader un notable du Parti révolutionnaire institutionnel au Mexique et en proposant un rendez-vous individuel au président argentin Alberto Fernandez. Le fasciste brésilien Jair Bolsonaro a lui aussi obtenu une audience avec Joe Biden. 

Aujourd’hui, les Américains ne font plus la pluie et le beau-temps sur le continent, l’échec retentissant qu’a été ce « Sommet des Amériques », couplé avec les victoires des candidats de gauche en Bolivie, en Argentine, au Pérou, au Chili et désormais en Colombie, mettent en branle l’impérialisme américain et devraient obliger Joe Biden à revoir sa copie et changer de paradigme. Les peuples d’Amérique latine ne veulent plus dépendre des USA, ils veulent s’émanciper et travailler collectivement.