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Suppression de l’ENA : Macron, quel énarque hypocrite !

Jeudi 8 avril, le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé lors d’une conférence managériale de l’Etat réunissant 600 cadres de la fonction publique, le remplacement de l’ENA (l’École nationale de l’administration) par “l’Institut du Service Public”. Une annonce en grande pompe réalisée au milieu du scandale des dîners clandestins auxquels auraient participé certains membres du Gouvernement. 

L’ENA, souvent critiquée, et à raison, parce que faisant la promotion de l’entre-soi, et pour son côté élitiste, était lors de sa création progressiste. En 1946, l’objectif de Maurice Thorez, qui créa dans le même temps le statut de la fonction publique, était bien celui de démocratiser les hautes fonctions de l’Etat, c’est-à-dire de mettre fin au système des fonctions de l’Etat réservées à la classe dominante et aux familles de rentiers, pour les ouvrir à tous et toutes. L’ancien système avait conduit à la corruption et à la faillite de la collaboration.

Aujourd’hui, en pleine crise de légitimité, le chef de l’Etat tente de réformer la haute fonction publique. Pourtant même si le Président annonce vouloir mettre fin à la fausse méritocratie accessible seulement à une élite en transformant l’ENA, c’est tout le contraire qui se profile, le Président de la République va toujours plus loin dans l’entre-soi. 

Supprimer l’ENA pour supprimer l’ENA ne va pas mettre fin au phénomène de pantouflage présent dans la haute administration. Les allers-retours entre l’exercice des hautes fonctions de l’Etat et le milieu des affaires, les conseils d’administration des entreprises et des banques doivent cesser. Les décisions ne sont pas prises au nom de l’intérêt général et celui de la nation, mais bien au nom des intérêts privés, et c’est ça qui est injuste et insupportable.  

Nous ne voulons plus de parcours comme celui du Chef de l’Etat, qui a rejoint l’Inspection Générale des finances à la sortie de l’ENA avant de devenir banquier d’affaires chez Rothschild en 2008, puis secrétaire général de l’Elysée sous François Hollande, avant de devenir Ministre de l’Économie puis Président. Le monde de la finance et la République ne doivent plus être des vases communicants. Il faut au contraire séparer la finance et l’Etat.

Ce que nous voulons, c’est que la haute fonction publique, comme la fonction publique, soit ouverte à toutes et tous. Pour ça, plutôt que de changer le nom d’une école, il faut mettre fin à l’élitisme et mettre fin aux inégalités dans l’enseignement secondaire et supérieur. Il faut donc pré-recruter des jeunes dans le service public dès la formation post-bac et mettre en place les moyens permettant à chacun d’avoir une formation de qualité, partout et sur tout le territoire tant dans le secondaire que dans le supérieur. Cela implique de pouvoir suivre sa voie sans avoir à faire face au mur de la sélection ni au financement des études, grâce à un revenu pour les étudiants et les étudiantes au-dessus du seuil de pauvreté et financé par les cotisations sociales.

Et plutôt que de liquider le statut de fonctionnaire au fur et à mesure des réformes mises en place ces dernières années,  il faut le renforcer. Ce que nous voulons c’est revenir aux objectifs de 1946, c’est-à-dire ceux d’une fonction publique au service de la Nation et mettre fin à la reproduction sociale.