couverture du livre de T.Porcher
CULTURE

Thomas Porcher, l’économie par les faits

L’économie ne se construit par des idées, mais par des faits, cependant que l’idée qui est faite de l’économie et propagée en masse par le discours dominant ne s’appuie sur aucune réalité. Thomas Porcher nous offre dans cet ouvrage qui a trois ans et demeure pourtant d’une brûlante actualité, tous les outils pour voir l’économie telle qu’elle est et non telle que la pensée dominante veut que l’on se l’imagine.

Depuis un certain temps, se répand de média en média et d’écho en écho dans la bouche de membres de quelque parti, un langage particulier, distinguant « Ancien Monde » et « Nouveau Monde » (et depuis le début du confinement « Monde d’Avant »). Loin d’une comparaison historique, loin d’une ouverture inouïe du spectre du possible, l’« Ancien Monde » sert principalement à frapper de désuétude et d’impossibilité tout argument qui ne serait pas compatible avec les limites nouvelles de la « Start-up nation ». Être « Nouveau Monde » c’est ainsi, se résigner aux dogmes néolibéraux, aux vérités tracées d’avance et aux solutions encadrées ; c’est, en somme, encloîtrer son esprit et s’imposer des règles du jeu qui empêchent toute alternative. TINA — There Is No Alternative — était pourtant une formule thatchérienne, l’Ancien et le Nouveau Monde n’ont qu’un badigeon de différence. Cependant, l’alternative existe ; les murs infranchissables de la politique ne sont que des élévations idéologiques aussi dissipables qu’un écran de fumée ; c’est ce que nous prouve Thomas Porcher dans son Traité d’économie hérétique. L’écueil de ce confinement serait de croire que le discours s’est tari et que l’union nationale fait prévaloir l’intérêt commun à l’intérêt du plus compétitif… Loin s’en faut.

Tout au long de ce livre de deux centaines de pages, l’économiste va dérouler, par thématique, une liste d’affirmations on ne peut moins confirmées de la « pensée dominante », qu’il viendra détricoter par l’explication et par le fait. Car il s’agit bien de là de l’objectif recherché de cet ouvrage : « En finir avec le discours dominant »

À dessein donc, l’auteur viendra, au travers de son travail, présenter un important contre-argumentaire à des rasoirs idéologiques dans le même genre que les célèbres épées de Damoclès qui obligeraient les gouvernants à réduire constamment la dépense publique ; ces épées qui sont entre autres, le risque de fuite des plus riches, celui de créanciers défiants du fait de l’augmentation de la dette, ou même celui qu’une compétitivité amoindrie et qu’un droit du travail plus juste ferait fuir les pourvoyeurs d’emplois, ne laissant à la France que le chômage pour sévir et ses yeux pour pleurer. Ces rasoirs qui d’ordinaire, servent autant à couper court à des propositions d’alternatives économiques, qu’à permettre la proposition de dérégulations ou d’allègements budgétaires sans justification, se révéleront de piètres outils, à l’instar du couteau de Lichtenberg ; Thomas Porcher nous montrera la vraie nature et la véritable origine de ces rasoirs sans lame dont il ne manque que le manche.

QUELLES LIMITES AU POSSIBLE ?

Avant de se plonger au cœur de la politique, Thomas Porcher commencera par ne traiter la question économique, que sous un angle purement théorique. Il démontrera au travers d’exemples multiples parmi lesquels des batailles d’économistes, des erreurs de calculs et partis pris qui pour les uns rend une expérience invalide, quand d’autres — ceux qui en sont à l’origine — affirment que malgré ça, les résultats de celle-ci sont significatifs (1) ou bien un échantillon de la divergence des avis qu’il se peut trouver dans les sciences économiques — malgré des sentiments et des affirmations de consensus — ce qui fera conclure à l’auteur le nom du premier chapitre : « L’économie n’est pas une science. »

« L’économie n’est pas une science neutre, marquée par des consensus forts qui seraient autant de vérités immuables. […] Il faut donc se méfier des remèdes miracles que l’on pourrait appliquer partout et qui fonctionneraient comme par magie. Le manque d’humilité de certains économistes croyant détenir la vérité a eu un impact catastrophique pour des centaines de millions de personnes dans le monde. Le bilan de ces trente dernières années est désastreux. […] Des millions de vies ont été piétinées au nom d’un savoir scientifique que seuls les économistes orthodoxes prétendaient détenir […]» 

Au travers de ces lignes qui s’empressent de clore le premier chapitre pour mieux commencer le second, les premiers efforts de l’économiste atterré pour « fournir une grille de lecture différente des politiques libérales » et que le citoyen ne soit plus prompt à « accepter comme une fatalité ce qu’on lui propose », ces premiers efforts donc se montrent très prometteurs, dénotant de la rigueur du texte et de son approche méthodique de la déconstruction de l’idéologie libérale. En commençant par s’attaquer à l’infaillibilité de ceux qui réfléchissent l’économie, c’est la mise en branle des fondements desquels se fomentent les propositions politiques. Ces dernières n’étant que la traduction politique de l’application de théories économiques. 

Dans la continuité de ce premier chapitre et pour faire tomber les dernières œillères, le second aborde la question politique en ces termes : « La soumission volontaire ». Car c’est bien de cela dont il s’agit quand les émetteurs de projets politiques se refusent à voir d’autres alternatives aux prêches de l’orthodoxie économique et rasent toute vision divergente en la frappant du sceau d’utopisme. Ceux-là qui usent de ces méthodes pour perpétuer la dominance de la pensée libérale, savent-ils seulement ce qu’ils font ou disent ? Rien n’est moins sûr. 

« Personne n’imagine à quel point nos choix politiques sont conditionnés par cette vision de l’économie. Celle-ci envisage ainsi le chômage comme le résultat de rigidités structurelles comme les réglementations sur le travail. Pour le faire baisser, il suffit donc de donner plus de flexibilité au marché du travail. […] Ce type de raisonnement, mille fois rebattu, a fini par conquérir la majorité des esprits. Or c’est bien le but d’un cadre : fixer des limites au débat de sorte que ceux qui le respectent soient considérés comme des “gens sérieux” et que ceux qui cherchent à s’en affranchir, à proposer une alternative, soient disqualifiés d’emblée, classés comme “utopistes”, “doux rêveurs” ou “dangereux irrationnels”. L’histoire économique montre pourtant que les frontières du cadre peuvent bouger, qu’elles ne sont pas déterminées objectivement, mais qu’elles dépendent du rapport de forces en vigueur. »

Après tout, croyant voir dans les raisonnements très « Ancien Monde », ou utopistes une étroitesse d’esprit, il ne vient pas à l’idée de ceux qui font usage de ces jetés de discrédit — que ce soit à tout bout de champ ou seulement pour les grandes occasions — qu’ils puissent eux aussi être touchés par un joug qu’ils ont accepté comme une fatalité, ou comme une vérité indubitable ; en se permettant de dire ce qui est utopiste, ou ce qui est « Ancien Monde », on considère naturellement hors de portée de pareilles pensées. 

Et pourtant que n’est-il pas « normal » — ou pour être plus précis « normé » — de défendre que la dépense publique doit être réduite, pour ainsi dire coûte que coûte, sans obligation d’expliquer son raisonnement ; ou la protection de notre planète doit être entreprise dans le respect du libre-échange, de la liberté d’entreprendre et de la rentabilité, de toute évidence il s’agit d’inclure l’écologisme au sein du capitalisme au lieu de tenter d’adapter le système capitaliste aux nécessités environnementales. Matthieu Orphelin, ancien porte-parole de la fondation Hulot et désormais député, estampillé LREM jusqu’en 2019 puis quittant le groupe et reniant la politique gouvernementale pour des désaccords sur fond écologiste ; celui-ci n’avait-il pas condamné en se ralliant à Emmanuel Macron lors des élections présidentielles « l’aveuglement des campagnes électorales où l’on imagine réelles des victoires pourtant impossibles » (2) ? Celui-ci n’avait-il pas flagorné largement la politique écologique d’Emmanuel Macron affirmant à quelque journal que « l’écologie est au cœur de son projet » (3) ? Et détaillant ses positions, il ne faisait que prouver son attachement aux dogmes libéraux, ne souhaitait-il pas « une écologie moins idéale, plus réelle » ? (4) Et c’est ce qu’il obtint, bien en deçà de ses espérances, certes, mais la pensée dominante, parfaitement incarnée par la majorité présidentielle se devait d’avoir une approche « réaliste »

Or, comme le résume Thomas Porcher : 

« Les solutions possibles deviennent limitées et conditionnées par ce que le cadre a retenu ou non. » 

Pour l’écologie, le cadre n’avait pas retenu l’interdiction du glyphosate avant au moins 2021 (sinon plus)….

CHIFFRER L’INCOMPARABLE ET DÉCHIFFRER LES CHIFFRAGES 

Un outil pratique pour donner à tout le monde une bonne idée de la réalité, c’est bien sûr la statistique. Ou pas. Comme l’illustre l’économiste par son contre-argumentaire, il existe et perdure depuis de nombreuses années, une propension à l’usage du Produit Intérieur Brut comme indicateur pour tout. L’estimation de la valeur produite sur une année par un pays serait un peu le Nord de toute boussole. Dépense publique comme dette publique sont constamment mises en perspective du PIB. Est-ce vraiment pertinent de comparer la dépense publique au PIB ou la dette au même indicateur économique ? Vraisemblablement pas du tout. 

Alors que la comparaison avec le PIB ne pourrait donner qu’un ordre de grandeur, elle offre en vérité une vision tout à fait faussée de ce qu’est la réalité. Par exemple dire que la dépense publique représente 57 % du PIB est rigoureusement vrai, comprendre que la dépense publique capte plus de la moitié des ressources nationales annuelles ou que la part du public est majoritaire au privé qui n’aurait que 43 %, tout ça, est rigoureusement faux. En effet, à méthodes de calcul similaire, la dépense privée ne représenterait pas moins de plus de 200 % du PIB (5), et pourtant personne n’a jamais eu l’idée de demander aux ménages ou aux entreprises de réduire leur train de vie. Ajoutez à cela que la moitié de la dépense publique est directement redistribuée au privé sous forme de prestations ou subventions et l’épouvantail de la part de l’État dans l’économie ne fait plus si peur que ça.

Mais il y a pire que le poids de la dépense publique, il y a la dette. Parvenue à presque 100 % du PIB, la confiance placée en l’État menacerait de s’effriter à tout instant et les taux de grimper, et l’étau de se resserrer aux cous des générations futures, et pourtant….

« Il n’y a pas de lien entre le niveau de la dépense publique et celui de la dette. Certains pays ont des dettes faibles et une dépense publique importante, c’est le cas par exemple du Danemark, qui a une dette publique à 40 % du PIB pour une dépense publique à 55 %. D’autres ont des dettes très élevées avec des niveaux faibles de dépenses publiques, c’est le cas du Japon, qui a une dette de 250 % du PIB avec une dépense publique à 41 % du PIB, ou du Portugal, avec une dette à 130 % du PIB et un niveau de dépense publique à 46 %. Le pire, c’est que les coupes dans les dépenses publiques ont souvent l’effet inverse : plutôt que de diminuer la dette [en pourcentage du PIB], elles l’augmentent ! Tout simplement parce que ces coupes entraînent une baisse du PIB de sorte que la dette publique exprimée en pourcentage du PIB augmente (parce que le dénominateur, le PIB, diminue plus fortement que le numérateur, la dette). Ainsi, en Grèce, la réduction de plus de 20 % de la dépense publique entre 2009 et 2015 a entraîné une chute du PIB de 25 % et la dette en pourcentage du PIB est passée de 126,7 % à 177,4 %. »

La France, tant endettée que ses créanciers ne voudraient plus rien lui prêter, ou alors à des taux exorbitants ? Une France qui ne rembourserait pas au point de bafouer ses accipiens ? À six pieds sous terre, il faut ranger cet épouvantail. La France honore l’ensemble de ses dettes avec le privé depuis 1797 et les créanciers le savent bien. D’une part, les taux auxquels l’État emprunte n’ont jamais été aussi peu exorbitants. Alors que dans les années 1980, les taux des bons du Trésor et des Obligations assimilables du Trésor (OAT) oscillaient aux alentours de 9 et 10 %, aujourd’hui ces mêmes taux sont sous la barre des 1 % (6). Sur la même période, la dette publique est passée de 21 % du PIB (7) à 98,8 % du PIB (8). Pendant que le niveau de la dette publique quintuplait, les taux d’emprunt étaient divisés par 10 ! Cependant que cette baisse des taux d’intérêt n’a pas toujours accompagné la baisse du taux de croissance, ce qui provoqua une augmentation du coût de l’emprunt (pour des recettes en part du PIB égal, le taux d’intérêt augmentant plus vite) notamment dans les années 1990, où on parle de taux d’intérêt excessifs (durant la décennie 1990, les taux des OAT sur 10 ans ne passent qu’une fois sous la barre des 6 % en 1994, tandis que la croissance ne dépasse jamais 4 %). Si l’État se finançait au taux fixe de 2 % depuis trente ans, c’est 589 milliards de dettes qui n’existeraient pas. Si l’État n’avait réduit ses recettes depuis 30 ans (5 points de PIB perdus), c’est 488 milliards de dettes qui n’existeraient pas (9).

Il faut ajouter à cela que cela que la comparaison de la dette publique avec le PIB ne donne qu’un ordre de grandeur. Avoir une dette publique à 100 % du PIB ne signifie en aucun cas qu’il faudra consacrer toute une année de production au remboursement de celle-ci. Le remboursement de la dette publique s’échelonne sur plusieurs années tandis que le PIB ne représente que la production de valeur sur une année. La dette se remboursant sur 7 ans en moyenne (10) alors une dette à hauteur de 100 % du PIB, ne représente en réalité que 14,3 % du PIB par an. Mais c’est encore oublier un détail : le patrimoine.

« En additionnant tous les patrimoines, les Français possèdent plus de 12 000 milliards d’euros, soit six fois plus que leur dette publique. Et c’est ce patrimoine que nous léguerons à nos enfants. En réalité, le vrai problème n’est pas le montant de la dette, et sur ce point les marchés financiers l’ont bien compris puisqu’ils nous offrent des taux d’intérêt extrêmement faibles […]. Comme pour un ménage, le montant d’une dette sans prendre en compte le patrimoine ne signifie rien. […] Si on applique le même mode de calcul à un couple gagnant 32 000 euros par an et ayant une dette de 200 000 euros à la suite de l’achat d’un appartement (qu’ils rembourseront sur vingt-cinq ans), leur dette représente 625 % de leurs revenus d’activité ! Une situation vécue par beaucoup de Français. Et si ce couple décide de faire un enfant, personne n’aura l’idée saugrenue de penser qu’ils vont lui laisser des dettes. L’enfant aura la chance d’hériter du patrimoine de ses parents. En appliquant cette logique stupide qui compare deux temporalités différentes — le montant total de la dette et la création de richesse annuelle — aux ménages et même aux entreprises, on se rend compte qu’en réalité le taux d’endettement des États est bien moins alarmant que ce qu’on veut bien nous faire croire. »

La comparaison avec le privé permet de voir à quel point l’État n’est finalement pas si endetté que ça. Par ailleurs, il ne se débrouille pas si mal que ça avec son endettement. En 2018, selon l’Insee la dette publique n’était que de 98,4 % du PIB, contre 148,1 % du PIB pour la dette privée (11) : 60 % de la dette nationale est de la dette privée. Alors que les recettes de l’État prennent moins d’importance dans l’économie depuis trente ans et que ses dépenses se réduisent plus lentement (entre 1984 et 2014, les recettes de l’État en part du PIB ont été baissées de 5 % contre 2 % pour les dépenses) (9), celui-ci parvient à mieux gérer sa dette que les ménages et les entreprises, alors qu’il n’a renégocié aucune de ses dettes publiques depuis les accords Blum-Byrnes, du 28 mai 1946 (et cela s’était produit entre la France et les États-Unis, deux acteurs publics).

LE SENS DES MOTS

Dans son inachevé Traité de Civisme, Boris Vian, à l’ébauche d’une partie intitulée « Le paradoxe de la liberté », commença par avancer que pour lui, tout traité de philosophie — au sens large — s’il voulait avoir quelque influence devait employer des mots vagues et s’employer à «donner encyclopédiquement une idée aussi complète que possible du contenu énorme d’un de ces mots vagues». Force est de constater que l’idée est excellente et particulièrement inappliquée de nos jours, par la pensée dominante. C’est un constat que tout un chacun pourra faire, et c’est un constat que Thomas Porcher s’emploie à dénoncer et rectifier. En effet, l’idéologie dominante n’a de cesse d’employer des mots au sens très large et aux possibilités de définition étendues, cependant qu’il n’en donne toujours qu’un même sens extrêmement subjectif et biaisé ; un sens très théorique duquel jamais une ne bouche d’où en sort le discours dominant n’a besoin d’expliquer le raisonnement qui l’a poussé à préférer ce sens ni d’apporter des preuves pour étayer le propos et ainsi coudre ses morceaux de paroles au tissu de réalité. En d’autres termes, si vous utilisez les mots « libéralisme » avec le même sens mélioratif, ou « protectionnisme » avec le même sens péjoratif qu’est celui dont fait usage la pensée dominante, vous n’aurez pas à vous en expliquer, alors que si vous lui trouvez d’autres sens, vous en mésuserez et vos propos seront frappés au fer de l’irrationnel, et votre discours disqualifié, comme dit précédemment.

Et pourtant que n’y a-t-il pas à redire de ce que sont libéralisme et protectionnisme….

« [L’OMC] a renforcé l’orientation libérale et a continué à servir les intérêts des entreprises des pays les plus puissants. Par exemple, les pays riches ont toujours accepté de libéraliser les secteurs nécessitant des technologies (car eux seuls les avaient) et ont refusé d’ouvrir les secteurs où ils pouvaient être concurrencés (agriculture et textile). Globalement, les chiffres des accords de l’Uruguay Round* sont sans appel : 70 % des gains sont allés aux pays développés contre 30 % pour les pays en développement alors qu’ils représentent 85 % de la population mondiale. Les pays les plus pauvres se sont même appauvris, l’Afrique subsaharienne aurait perdu 1,2 milliard de dollars par an avec ces accords (12). »

* Aussi nommé le « Cycle d’Uruguay », ce fut un programme de négociations commerciales entrepris par les membres du GATT, et que l’OMC définit plein d’enthousiasme : « C’était tout simplement la plus vaste négociation commerciale de tous les temps et, très probablement, la plus vaste négociation de l’histoire, tous genres confondus. » (13)

Pour reprendre ce que, dans son traité de civisme, Vian disait à propos du « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », le libéralisme : « c’est une malédiction et pas une promesse de plaisanterie ». En effet, quand on regarde la situation actuelle, l’état de fait n’est pas un état de fête. Loin de là. Car ce même libéralisme qui appauvrit les pays les plus pauvres leur propose dans le même temps d’aménager leurs dettes ou de leur verser des aides… pour peu qu’ils se libéralisent encore plus et donc qu’ils acceptent d’ouvrir plus grandes leurs portes aux mêmes qui les ont poussés dans leur situation miséreuse, les entraînant dans une spirale de la régression qui ne fait qu’accroître leurs maux, comme s’ils n’étaient pas déjà suffisants.

Thomas Porcher prend l’exemple du secteur automobile pour lequel les pays pauvres ont subi l’inondation de productions européennes ou américaines sur leur sol, les empêchant de développer leurs industries tandis que ces industries étrangères implantaient sur leur sol des emplois ouvriers. Cette double implantation des industries développées dans les pays sous-développés ou en développement les a rendus dépendants de celles-ci dans un premier temps, puis les a rendus dépendants des exigences industrielles dans un second temps. Car pendant que les industries des pays développés s’imposaient en leaders inconcurrençables dans les pays pauvres, ils importaient dans ces mêmes pays des emplois rémunérés à la hauteur du développement du pays (c’est-à-dire très peu rémunérés, permettant de réduire les coûts de production) pour des milliers et des milliers d’ouvriers. Désormais les pays sous-développés ou en développement, qui ont subi ou suivi opiniâtrement les volontés libérales, se retrouvent désarmés face à des industries qui possèdent des milliers de salariés très peu qualifiés et la mainmise sur le marché national. Dans ces conditions, la concurrence est absolument déloyale : comment en ne partant de rien, un pays comme le Maroc pourrait-il espérer créer un colosse automobile sur son territoire tandis qu’il subit l’hégémonie des Renault ou d’autres industries européennes avec lesquelles il applique scrupuleusement la loi du libre-échange ? (14) Avec 163 000 emplois dans le secteur automobile (15) soit 1,5 % des emplois nationaux (16) quel autre choix aurait le Maroc sinon se plier aux lois du marché ? Plutôt que d’ouvrir des zones franches à l’instar de la « Tanger Automotive City » avec ses 800 hectares dédiés et ses 35 usines auxquelles nulle taxation n’est soumise pour 5 ans (puis seulement un impôt sur les sociétés de 8,75 % les 20 prochaines années) (17) — ce qui l’ampute de nombreux fonds qui seraient utiles à son développement social ou économique — le Maroc n’aurait-il rien pu faire ? Pas sans abandonner le dogme libéral. Un autre pays a suivi une tout autre voie, en adoptant une politique protectionniste le temps que son industrie automobile puisse concurrencer les industries de pays riches, sans ouvrir de zones franches, sans faire des cadeaux fiscaux aux industries étrangères et sans leur dérouler le tapis rouge. Ce pays c’est la Corée du Sud, qui partant d’un PIB/habitant inférieur au Maroc en 1967 (date de création de Hyundai) (18) fera prospérer son entreprise automobile nationale au point qu’elle devienne en 2019, la dixième entreprise mondiale (19). Quoi qu’on puisse penser de ce développement, force est de constater qu’il n’est nullement dû au libéralisme et que sans de telles mesures le développement sud-coréen aurait été impossible. 

Par ailleurs, on peut remarquer que les pays du G20 en situation de développement sont également ceux qui sont les plus protectionnistes (20). Autrement dit, parmi les pays en développement, ceux qui n’ont pas suivi les recommandations du libéralisme sauvage sont ceux qui s’en sortent le mieux ; suffisamment pour être considérés au sein du groupe des 20. Inversement, un pays développé a pu retomber au stade de pays en développement à cause d’une cure libérale….

« Le FMI affiche clairement la couleur en dictant la politique grecque : hausse de la TVA, baisse des pensions de retraite, arrêt de l’aide aux plus petites pensions et vastes programmes de privatisations […]. Les résultats de cette politique d’austérité sont catastrophiques, autant du point de vue économique qu’humain. Depuis 2008, la Grèce a perdu un quart de son PIB, le chômage y a augmenté de 190,5 %, la dette de 36,5 % et le revenu par ménage a diminué de 30 % ; la mortalité infantile y a augmenté de 42,8 %, les suicides de 44 % et la dépression de 272,7 % (21) »

Résultat : la Grèce est devenue le premier pays à passer de pays développé à pays en développement (22). L’origine du mal a déjà été évoquée : celui de la dette, ou plutôt de la peur qu’on en a. Mais qu’elle est la cause de la dette ? La dépense publique ! Et en premier lieu, la protection qu’offre l’État. Après tout, n’a-t-on pas coutume d’opposer le libéralisme au protectionnisme ? Pour la pensée dominante, protectionnisme est devenu synonyme d’État obèse (23). On a déjà vu que, d’une part, ce postulat illusoire se fondait sur l’illusion du poids du domaine public dans l’économie. D’autre part, ce nuage de fumée s’épaissit par une vision dogmatique de la France. Il n’est pas exagéré de dire dogmatique puisque l’État obèse n’est pas une invention récente, déjà en 1995 les volontés d’imposer un régime (unique de retraite) à l’État fut à l’origine d’un mouvement social mémorable. Vingt ans plus tard, en 2015 paraissait un sondage selon lequel une majorité de Français étaient favorables à des réformes libérales notamment en termes d’allègement d’impôt (24). Preuve que la pensée dominante a su faire son office. Mais est-ce que parce la population aurait changé d’avis que la réalité serait différente ?

Si aujourd’hui, il semble que la majorité de la population soit d’avis que les impôts sont trop lourds et que la dépense publique est un fardeau, c’est peut-être qu’on s’est focalisé sur le coût des services publics et plus assez sur ce qu’ils rapportaient. Sans parler de ce qu’on peut calculer l’efficacité économique au regard de son coût et de la valeur de la vie qu’elle peut épargner (26), à l’échelle individuelle, il apparaît qu’a été perdue la vision globale de la balance entre pertes et profits. Thomas Porcher rappelle ainsi que la casse du modèle social ne profiterait qu’à ceux qui pourraient se payer des services comparables aux services publics fournis, soit à ceux qui participent financièrement pour le profit de ceux qui n’auraient pas ces moyens. Par ailleurs, ces mêmes gens à qui il serait profitable de voir disparaître l’hôpital ou l’école publique sont déjà ceux qui fréquentent écoles et cliniques privées. Pour les autres qui représentent une énorme majorité, le modèle social et par extension, la dépense publique leur permet d’avoir accès à des services de meilleure qualité que ce qu’ils pourraient espérer pouvoir payer sans. On a donc préféré pointer du doigt les coûts généraux du modèle social plutôt qu’en regarder les effets. Cela a été fait en omettant que les coûts sont partagés, malgré une dégradation des systèmes d’équité — ce qui a causé une augmentation des inégalités qui sera traitée par la suite. Ainsi, si en 2000, 15,7 % des prélèvements obligatoires provenaient d’impôts progressifs (c’est à dire, qui taxe les revenus par tranches et progressivement, les ménages étant moins taxés sur les tranches basses puis de plus en plus taxé sur les tranches hautes), en 2018, c’est 13,9 % des prélèvements obligatoires qui étaient progressifs. Cette baisse de la progressivité de l’impôt s’explique moins par la baisse des prélèvements progressifs en eux-mêmes (-0,2 % du PIB sur la période 2000-2018) que par la hausse des prélèvements proportionnels (qui touchent les ménages de manière « égale » d’une même proportion de leur revenu et consommation) qui ont augmenté de 3,4 % du PIB entre 2000 et 2018 (27). Quelles répercussions concrètes a cette balance déséquilibrée entre impôts proportionnels et impôts progressifs ? 

Les couches aisées paient proportionnellement moins d’impôts (28) que les couches pauvres. En 2008, la moitié des ménages les moins aisés participent à l’impôt indirect avec 13,05 % de leur salaire quand les 10 % les plus aisés n’ont qu’une participation de 7,60 %. Les 10 % des ménages les moins aisés participent quant à eux, à hauteur de 16,63 % (29). Si on rajoute à cela le poids des niches fiscales (30) qui réduisent l’imposition des ménages les plus aisés (31), alors les 0,1 % les plus riches n’ont qu’un taux d’imposition général de 35 % de leur revenu, contre 45 % de leur revenu pour les 50 % les plus pauvres (27) (32). L’impôt n’est plus progressif, mais régressif : plus vous gagnez d’argent, moins on vous en taxe proportionnellement. Cela a accru les inégalités et réduit l’importance du modèle social….et l’efficacité de l’économie !

« Les comparaisons internationales montrent également que les inégalités ont augmenté le plus fortement là où les taux d’imposition ont le plus baissé (aux États-Unis et au Royaume-Uni) [1]. Or plusieurs études montrent que les inégalités sont plutôt néfastes pour la croissance économique. [2] »

[1] L. Chancel, insoutenables inégalités, Les petits matins, 2017, p. 68-69.

[2] On peut citer notamment l’étude du FMI : M.E. Dabla-Norris, M.K. Kochnar, M.N. Suphaphiphat, M.F. Ricka, E. Tsounta, Causes and Consequences of Income Inequality : A Global Perspective, FMI, 2015, ou celle de l’OCDE : Tous concernés : pourquoi moins d’inégalité profite à tous, éditions OCDE, 2015.

L’auteur l’indique et le met en avant : il ne tire pas les données qui servent de base à sa réflexion et à ses constats d’un chapeau. Toutes les données qui lui servent à construire son contre-argumentaire à la pensée dominante sont extraites de rapports produits, émis et diffusés par des acteurs qui encouragent et diffusent également la pensée dominante ; des acteurs qui d’une main exigent la domination d’une pensée dont les fondements sont réfutés dans un rapport rédigé de l’autre main. Dans le cas présent, à propos des inégalités provoquées par un état en retrait, par le poids des inégalités sur l’économie et inversement, par l’absence d’effet positif systématique à la dérégulation, ce n’est pas le premier illuminé, adepte du respirianisme qui le dit, mais l’OCDE ou le FMI… ceux-là mêmes qui encouragent encore la dérégulation pour les pays pauvres, les baisses d’impôt, etc.

« Ainsi, en 1994, l’OCDE avait enjoint aux pays du monde de déréglementer leur marché du travail [1]. Pourtant, dix ans plus tard, cette même institution se ravisait et affirmait qu’aucune étude économétrique ne pouvait établir pleinement une corrélation entre le degré de protection de l’emploi et le niveau de chômage. Muriel Pucci et Julie Valentin, deux chercheuses de la Sorbonne, ont fait un état des lieux de l’ensemble de la littérature scientifique sur le lien entre flexibilité du marché du travail et baisse du chômage [2]. »

[1] The OECD Jobs Study, Analysis, Strategies, OCDE, 1994.

[2] M. Pucci et J. Valentin, « Flexibiliser l’emploi pour réduire le chômage : une évidence scientifique ? », Connaissance de l’emploi, n°50, janvier 2008

Si on pouvait croire que l’OCDE, en publiant des études qui démontent ses vœux de dérégulation, s’est ravisée et a changé de discours, il n’en est rien et l’organisation récidive. Par exemple sur son site internet, dans un article nommé « Pourquoi faut-il des marchés ouverts ? » (33) outre la partialité de l’article, on notera sa phrase finale : « [grâce aux marchés ouverts] les travailleurs sont plus performants et la hausse de la productivité peut conduire à une augmentation des salaires. ». Le « peut » est illusoire, car la hausse de la productivité même dans les pays riches ne s’accorde pas d’une augmentation des salaires, comme le disait en 2013 le G20, la Banque Mondiale et… l’OCDE (34). C’est une perpétuelle contradiction qui anime l’activité de l’OCDE comme du FMI. Une autoflagellation à laquelle ces organisations se livrent en imposant leur vision de l’économie au monde, tout en publiant des rapports qui prouvent par a+b leurs erreurs et leurs mensonges.

Au regard de ce qui est apporté par l’auteur, on pourrait voir dans ces termes « libéralisme » et « protection » qui n’ont droit qu’à un certain sens, plus qu’une restriction des définitions, mais un postulat théorique et idéaliste : le postulat selon lequel le libéralisme — et son idée de liberté (35) — serait la seule chose possible et la meilleure (voir l’article de l’OCDE susmentionné) qu’importent les faits. Loin de toute réalité matérielle, la pensée dominante semble s’épanouir, et chancelle à la première condition réelle énoncée — parfois même par les chantres de cette pensée. L’état de fait s’écarte largement des règles et définitions théoriques, et ce sont bien les faits qui rattrapent l’idée du libéralisme ou du protectionnisme.

LES FAITS CONTRE LES REPRÉSENTATIONS

Là où Thomas Porcher s’illustre en réalité, c’est dans la critique de la pensée dominante par la présentation de réalités. Or si la pensée n’est qu’une représentation de la réalité, encore faut-il qu’elle élabore un système réaliste. Par exemple, quand on parle du système financier, la représentation qu’on s’en fait le plus souvent, c’est un système dans lequel des actionnaires versent de l’argent aux entreprises pour qu’elles se développent. Cela semblerait normal puisque c’est l’idée même du financement… et pourtant les faits démontrent que la réalité est bien loin de la représentation. Il serait illusoire de croire que le système financier serve l’intérêt commun, car à y regarder de près, force fût de constater que loin s’en fallût que la finance et ses acteurs ne finançassent l’économie réelle, que les investissements profitassent durablement et continuellement au développement entrepreneurial et que les profits générés permissent une amélioration globale des conditions d’existence.

« Pour satisfaire les actionnaires, pour qu’ils restent en France dans le cadre d’une économie mondialisée, États et représentants des chefs d’entreprise font porter l’ajustement sur les salariés qui doivent subir les aléas de la conjoncture mondiale (sur laquelle même les plus motivés d’entre eux n’ont, hélas, aucune influence). Le taux de profit des entreprises augmente, mais pas l’investissement puisque la majorité des profits va aux actionnaires. À long terme, l’entreprise n’innove plus, les machines et les infrastructures vieillissent. L’entreprise finit souvent par être rachetée par un concurrent plus puissant. De nombreux fleurons de l’industrie française ont connu ce funeste destin. C’est le cas d’Alstom, qui a été démantelé en entités homogènes pour faire plaisir aux actionnaires (qui pouvaient ainsi identifier les entités les plus faibles et s’en débarrasser) et dirigé par des P.D.G. qui voulaient le transformer en holding financière (plutôt que de s’occuper de faire des choix d’investissements judicieux) avant d’être racheté étape par étape (la branche énergie par General Electrics, la branche transport par Siemens) jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. »

Pour corroborer ces affirmations pas besoin d’aller plus loin que les pages du traité, qui expliquent longuement et opiniâtrement jusqu’à la compréhension pour ceux à qui l’économie n’est qu’un brouillard obscur, chaque information, chaque mot, chaque réflexion. Aucune affirmation ne se suffit à elle-même et chacune est appuyée sur des sources réputées fiables. Il sera par ailleurs plutôt simple de trouver force articles ou statistiques qui prouvent ces faits, hélas il sera encore plus facile de trouver des discours qui affirmeront l’inverse. Prenons par exemple les conséquences de l’entrée en bourse sur les entreprises et les conséquences de la loi de l’actionnariat et la finance. Comme l’indique l’extrait suscité, le taux de profit des entreprises peut bien augmenter, l’investissement quant à lui se retrouve proportionnellement plus faible (36) (37), pire encore, les profits ne parvenant pas à suivre le rythme effréné des augmentations de dividendes (dividendes qui vont plus vite que la création de valeur [38]) les entreprises doivent s’endetter pour se financer (39) ! Et comme si ça ne suffisait pas que les entreprises soient enchaînées à un parasite qui en suce le sang plus vite qu’il ne se génère (car si en 2013, 80 % des profits du CAC 40 étaient utilisés en dividendes [40], il ne s’agit pas des seules dépenses effectuées avec les profits, d’où l’endettement des entreprises en bourse), il agit également comme un boulet qui en ralentit la capacité d’innovation (41), c’est-à-dire de capacité à augmenter leur profit à terme puisque le profit des actionnaires se fonde sur des résultats de court terme. Résultat : les entreprises en bourse s’endettent progressivement pour produire des effets rapidement en réduisant leur capacité à augmenter leur productivité sur le long terme. 

Ce qui n’empêche pas divers médias d’applaudir des deux mains les « dividendes records » sans en questionner une seule fois le bien-fondé, l’utilité ou l’efficacité stratégique ; l’information sans l’esprit critique (42). D’autant qu’il est question d’une baisse des profits et d’une augmentation des dividendes dans l’article du Figaro. Ce qui devrait interroger le lecteur : Comment se fait-il que des entreprises qui connaissent une diminution des profits — ce qu’on appellerait une récession — puissent encore rémunérer leurs actionnaires ? D’autres vont même jusqu’à défendre que le versement de dividendes n’enrichit pas l’actionnaire et qu’il n’aurait qu’un rôle psychologique pour lui (43). À coups de théories financières de partage de la valeur entre dividendes et actions, le chantre du libéralisme tente de prouver que la perception de dividende ne fait que transférer de la valeur et donc que distribuer des dividendes revient à faire baisser le cours de son action….Conception qui serait fort intéressante si par exemple Sanofi n’avait pas versé de dividendes le 4 mai 2020, d’un montant de 3,15 par action — ce qui aurait dû dévaluer son cours de quelques 8 millions d’euros. Or, alors que son cours était de 88.00 à l’ouverture du 4 mai, celui-ci connut une forte hausse durant 2 jours consécutifs pour parvenir à 92,38 à l’ouverture du 7 mai, malgré de multiples jours de baisse, le cours n’est jamais redescendu en dessous de 88.00 à l’ouverture (44). Par ailleurs, alors que les cours de Sanofi chutaient depuis le 27 avril, ils ne sont remontés qu’après le 4 mai, c’est-à-dire à la date du versement des dividendes. Les actionnaires ont donc bénéficié d’un double enrichissement contrairement aux affirmations avancées à l’aide de graphiques théoriques par Contrepoints.

Et que dire du modèle de la réussite ? On nous représente souvent les pays libéraux comme des pays de concurrence (c’est une des principales caractéristiques que dresse Hayek des pays libéraux) où chacun peut avoir sa chance pourvu qu’il travaille à la sueur de son front, ou qu’il traverse la rue. Pourtant il semblerait même et surtout par ceux qui ont réussi dans ce système que la méritocratie ne soit pas au rendez-vous. Cette promesse de franche rigolade selon laquelle ce sera celui qui accepte les pires conditions de travail que le chômage épargnera n’a pas grand-chose d’une réalité.

« [les néoclassiques] s’acharnent à décrédibiliser la notion de rapport de force entre classes sociales, en recentrant l’analyse sur l’individu et le fonctionnement du marché. Ils tentent également de donner à l’économie l’apparence d’une science neutre en avançant des modèles de plus en plus sophistiqués aux hypothèses de moins en moins réalistes. John Bates Clark, un économiste pionnier du courant néoclassique, explique que les agents sont rémunérés en fonction de leur productivité marginale, c’est-à-dire que chacun reçoit en fonction de ce qu’il a produit. Le salaire chez les néoclassiques ne dépend donc plus d’un rapport de force entre capitalistes et salariés, mais des propres capacités du travailleur — s’il est doué, il sera bien payé et inversement. »

La réussite individuelle qui est souvent représentée comme le symbole du fonctionnement effectif du système de concurrence n’est pas le fruit d’une constatation empirique de faits advenus à une quelconque époque, mais une invention néoclassique pour décrédibiliser les thèses de Marx, comme l’explique Thomas Porcher. Ce n’est pas sans rappeler une autre invention capitaliste qui est celle de la philanthropie. L’une comme l’autre admettent l’existence d’un individualisme fort et l’une comme l’autre se reconnaissent mutuellement. La philanthropie c’est certes redistribuer de bon cœur, mais ce n’est jamais remettre en cause les origines de l’inégalité qui permettent ce geste, c’est au contraire légitimer l’inégalité. Quand la philanthropie émerge lorsque la bourgeoise laïcarde la substitue à la charité chrétienne, elle ne remet nullement en cause les principes du mérite. Donner n’est pas culpabiliser ou se dédouaner de quelconque responsabilité de la pauvreté d’autrui. C’est un geste humaniste de la part d’un travailleur acharné qui a réussi, envers un travailleur moins laborieux qui parce qu’il utilise mal le peu d’argent que son maigre travail lui permet d’obtenir ou parce qu’il ne sue pas assez au labeur n’a pas réussi. (45) Cependant les philanthropes, malgré les nombreuses critiques (46) gardent une très bonne réputation auprès des Français qui ne sont pas regardants sur l’origine de sa fortune, et pensent qu’il est pavé de bonnes intentions (47). Pourtant la philanthropie s’acharna à ne pas voir la source de l’inégalité dans les rapports économiques (45) quand les thèses de Marx parurent, force seule lui fut de constater le rôle prédominant des rapports économiques dans l’origine des inégalités. D’où la réponse des néoclassiques qui se cachent de nouveau la face en refusant de voir ces rapports de forces entre classes sociales, et préfèrent redonner du crédit aux idées sous-jacentes au philanthropisme.

Ainsi c’est le chômeur qui est responsable de son chômage, parce qu’il n’a pas les capacités suffisantes pour prétendre à un SMIC ou qu’il refuse un salaire moindre que celui de ses « concurrents ». Et pourtant, comme cela est faux. Nombreuses sont les études qui démontrent le poids de l’héritage social (48) qui à Florence atteint des sommets, la probabilité d’atteindre un métier tel qu’avocat, médecin ou banquier étant déterminée par le fait qu’un ancêtre en 1427 exerce ou non ce métier (49), de même le tiers des familles les plus riches à Florence l’est demeuré jusqu’à aujourd’hui et l’élite financière suédoise doit beaucoup à ses nobles ancêtres du XVIIe siècle (50). Nombreux également sont les témoignages venant contredire ces vérités. Par exemple, Thomas Porcher rappelle une phrase de Warren Buffet (51) : « Personnellement, je pense que la société est responsable d’un pourcentage significatif de ce que j’ai gagné. Plantez-moi au milieu du Bangladesh, du Pérou ou d’ailleurs […] Dans trente ans je serais encore en train de lutter. »

Si la philanthropie permettait de s’acheter une bonne conscience en fermant les yeux sur le déterminisme social et en renforçant l’idée selon laquelle on ne devrait son succès qu’à nous-mêmes (52), il semblerait que l’individualisme et la prétendue méritocratie soient ses héritières (53), l’humanisme et le don en moins. 

Mais loin s’en faut que ce soit une attitude cohérente, réfléchie et volontairement factieuse. Comme le rappelle (et le professe) l’économiste atterré, les limites sont mouvantes. En cela, quand il est répété à longueur d’antennes que telle ou telle chose sont impensables ou inapplicables, et qu’une forme d’autocensure pour paraître « rationnel » s’impose, il n’y a pas toujours la conscience ni de la restriction qu’on s’impose à soi, ni de ce qu’on participe à la propagation de cette pensée dominante. Même si dans les faits, pour les dirigeants peu importe l’origine de cette propension à suivre les dogmes, à les appliquer, les défendre et les exécuter docilement, tout cela mène à des conséquences dont ils ont la responsabilité. Même sans intention, un fait est un fait. Et que la diffusion de la pensée dominante et de sa pratique soit faite par manque de conscience, de connaissance de la réalité ou par manque d’honnêteté, rien n’y fait, les faits demeurent. Qu’importe les intentions, les faits sont là. Manque de connaissance ou manque d’honnêteté, qu’importe.

Bien sûr, on ne pourrait mettre dans le même panier, un Nicolas Hulot croyant pouvoir mettre en œuvre une ambitieuse politique écologiste dans un gouvernement macroniste et l’OCDE par exemple, ou le FMI qui imposent le contraire de ce que prouve leurs publications ; on ne saurait considérer pareillement un Casimir désillusionné du XXIe siècle qui entonne « Le Temps est venu d’applaudir la vie » [comme la version originale aurait dit « Voici venu le temps des rires et des chants »] (54) et des organisations supranationales responsables, en leur âme et conscience, de la misère de millions d’hommes, femmes et enfants. On ne saurait confondre un rêveur cantonné aux cages de la pensée dominante et qui jamais n’en remet en cause le poids et l’immuabilité, et des collèges d’éminences économiques, qui avec tout le savoir à leur portée et sous leur responsabilité leur permette de connaître, de savoir et de voir les effets néfastes de leurs agissements sans penser à aucun moment à y mettre de terme. 

Pourtant la pensée qui guide leurs pas est pareillement dissipable par les outils d’analyse que nous offre Thomas Porcher. Ce mur érigé artificiellement, présenté comme la frontière intangible entre réalité et utopies, un mur qui n’a pourtant rien de réel, n’a aucune confirmation, preuve ou approbation par toute tentative d’analyser la réalité ; ce mur qui n’en est pas un ressemble plutôt à un nuage de brumes, à un brouillard. L’outil qui servira à s’en débarrasser n’en est que plus simple, à défaut d’un marteau-piqueur, on se suffira d’un éventail.

C’est une pensée qui n’offre en perspective que des lendemains qui déchantent, face aux faits, se désagrège de tout lien avec le réel et, c’est bien là, la grande différence entre ce que nous offre Thomas Porcher et le « discours dominant » qu’il n’a de cesse de pourfendre tout au long de son ouvrage. Quand le second touche aux sentiments, aux intuitions ou aux impressions, le premier sort les faits et seulement les faits. D’un côté, un discours biaisé — entre sophismes et biais cognitifs — fondé sur des principes et théories diverses et malléables, de l’autre, un contre-discours uniquement fondé sur la réalité observable. Une réalité que même les acteurs qui propagent la pensée dominante ne peuvent pas changer et diffusent même parfois (à l’instar de l’OCDE, du FMI, etc.) sans les ajouter à leur discours habituel, évidemment. Une réalité matérielle qui résiste encore et toujours, irréductiblement et opiniâtrement, aux idées néolibérales et néoclassiques dont le temps serait venu.

Force est de constater au travers de cet excellent ouvrage, que la réalité est dure à déformer, chose connue depuis longtemps, déjà il y a un siècle, celui qui fêtait ses 150 ans, le 22 avril dernier, Lénine le disait : « les faits sont têtus ». (55)


Notes et références

(1) O.Godechot « L’Alsace-Lorraine peut-elle décider des 35 heures ? », Notes et documents de l’OSC, série Débats et Controverses, n° 2016, 4 octobre 2016. (au sujet de l’étude de Matthieu Chemin et Étienne Wasmer à propos de l’effet des 35 heures sur l’emploi ; étude publiée en 2009 dans le Journal of Labor economics.) Abordé aux pages 32-34.

(2) Cité par Thomas Porcher, p.51.

(3) https://reporterre.net/Matthieu-Orphelin-Le-programme-d-Emmanuel-Macron-n-est-pas-parfait-mais-du

(4) M.Orphelin, Je ne marche plus !, 2019, citation disponible dans l’extrait proposé https://books.google.fr/books/about/Je_ne_marche_plus.html?id=dAa1DwAAQBAJ&printsec=frontcover&source=kp_read_button&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false à la douzième page.

(5) C. Ramaux, « Calculée comme la dépense publique, la dépense privée dépasserait 200 % du PIB », Rue 89, 2014. Abordé aux pages 95-96. Article en ligne : https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-chez-les-economistes-atterres/20140507.RUE0109/calculee-comme-la-depense-publique-la-depense-privee-depasserait-200-du-pib.html

(6) https://www.banque-france.fr/statistiques/taux-et-cours/taux-indicatifs-des-bons-du-tresor-et-oat

(7) https://www.senat.fr/rap/r98-413/r98-4130.html

(8) https://www.ccomptes.fr/system/files/2020-02/20200225-01-TomeI-situation-ensemble-finances-publiques_0.pdf p. 47.

(9) https://www.audit-citoyen.org/wp-content/uploads/2014/05/note-dette.pdf Un audit très intéressant et éclairant sur la dette publique, sa répartition, ses origines, etc. 

(10) https://www.franceculture.fr/economie/tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-savoir-sur-la-dette-sans-jamais-oser-le-demander 

(11) https://www.insee.fr/fr/statistiques/3281639?sommaire=3281778

(12) J. E. Stiglitz, « Rendre le commerce équitable », in Un autre monde, Fayard/LGF, 2006, p. 151.

(13) https://www.wto.org/french/thewto_f/whatis_f/tif_f/fact5_f.htm

(14) https://www.challenge.ma/le-marche-automobile-realise-un-nouveau-record-103162/ : Renault et sa filière Dacia pèsent pas moins de 43,6 % du marché automobile de véhicules particuliers marocain et dans ce même marché, plus de 67 % des véhicules privés proviennent d’industries européennes avec lesquelles le Maroc possède un accord de libre-échange, appliqué depuis mars 2000. 

(15) https://www.finances.gov.ma/Publication/depf/2020/Etude-industrie-automobile.pdf : p.11.

(16) http://www.bkam.ma/Publications-statistiques-et-recherche/Publications-institutionnelles/Rapport-annuel-presente-a-sm-le-roi/Rapport-annuel-2018 : p.46 (diapositive 62) pour le nombre d’actifs occupés ainsi que pour l’évolution des salaires minimaux (le SMIG est le salaire minimum pour les professions libérales et les secteurs de l’industrie et du commerce, le SMAG est le salaire minimum pour le secteur agricole.)

(17) http://www.tac.ma/tanger-automotive-city/chiffres-cles/ & http://www.tac.ma/investir/incitations-a-linvestissement/

(18) https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.PCAP.CD?end=2018&locations=MA-KR&start=1967 

(19) https://www.ey.com/Publication/vwLUAssets/ey-barometre-sur-les-construcuteurs-automobiles-mondiaux-decembre-2019/$File/ey-barometre-sur-les-construcuteurs-automobiles-mondiaux-decembre-2019.pdf : p. 9.

(20) https://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/03/13/20002-20180313ARTFIG00130-protectionnisme-quels-sont-les-pays-qui-se-protegent-le-plus.php

(21) Chiffres compilés par Okeanews à partir des chiffres provenant d’Eurostat, ELSTAT, la Banque de Grèce, l’Institut du travail de la Confédération générale des travailleurs de Grèce et l’Institut de recherche universitaire de santé mentale (EPIPSY). Voir également l’infographie réalisée par Regards.

(22) https://www.nouvelobs.com/economie/20130612.OBS2925/quand-la-grece-re-devient-un-pays-emergent.html

(23) https://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/10/16/31007-20151016ARTFIG00319-desir-liberal-ou-refus-d-un-etat-obese-et-impuissant.php

(24) http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2689.asp

(25) https://www.lesechos.fr/2015/10/une-large-majorite-de-francais-prete-a-un-tournant-liberal-277248 : on notera l’usage des termes « large majorité de français » pour nommer 77 % et 60 % de 970 personnes (soit respectivement 747 et 582 interrogés).

(26) https://www.liberation.fr/france/2016/09/02/pourquoi-une-vie-vaut-3-millions-d-euros-en-france_1476348 Par ailleurs, réflexion d’actualité qui en est issue : « J’ai travaillé pour le comité national consultatif d’éthique sur une projection de potentielle pandémie. On devait réfléchir à la façon de s’organiser dans ce cas. Le temps que le vaccin soit produit à grande échelle, on a deux solutions. Soit on choisit un principe de tirage au sort, soit on hiérarchise les individus en fonction de leur utilité sociale. »

(27) https://www.alternatives-economiques.fr/impots-de-progressivite-plus-dinjustice/00090408

(28) https://www.alternatives-economiques.fr/impots-france-justes/00062089

(29) https://www.inegalites.fr/La-TVA-est-elle-juste

(30) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/02/11/14-33-ou-100-milliards-d-euros-combien-coutent-vraiment-les-niches-fiscales_5422139_4355770.html

(31) https://www.capital.fr/polemik/niches-fiscales-faut-il-les-supprimer-ou-les-preserver-1327160

(32) https://www.sudouest.fr/2011/01/30/les-pauvres-plus-taxes-304384-4585.php

(33) https://www.oecd.org/fr/echanges/comprendre-le-systeme-commercial-global/pourquoi-faut-il-des-marches-ouverts/ 

(34) https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/—publ/documents/publication/wcms_305421.pdf (graphique n°6 « Productivité et index des salaires », p.6).

(35) A ce sujet, Les Routes de la Servitude de Friedrich Hayek est peut-être l’œuvre qui cimente le mieux, les liens entre libéralisme économique et liberté, en plus d’être l’œuvre classique qui obtient le plus de points Godwin contre le socialisme, parvenant à chaque occasion à mener la critique du « planisme » jusqu’à la comparaison finale. À ses yeux, tout pas qui s’éloigne du libéralisme économique, est un saut vers l’esclavage, la servitude et le totalitarisme.

(36) https://www.alternatives-economiques.fr/plus-de-dividendes-dinvestissements/00076431 Cité par Thomas Porcher.

(37) https://www.alternatives-economiques.fr/rapport-oxfam-critiques-malvenues/00084641 article antérieur à l’article (36), il est intéressant en cela qu’il se montrait enthousiaste constatant que les dividendes qui équivalaient 1,5 fois les investissements du CAC40 étaient en baisse ces depuis 2008 (voir [40] pour l’année 2014)… l’article précédent publié l’an suivant observera que les dividendes représentent depuis 2 fois l’investissement des entreprises du CAC40. 

(38) https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-banque-italienne-unicredit-va-supprimer-8000-emplois-et-fermer-500-agences-d-ici-2023_2109782.html 

(39) https://www.lemonde.fr/idees/article/2009/05/19/les-vrais-enseignements-du-rapport-cotis-par-adrien-de-tricornot_1195187_3232.html

(40) https://blogs.alternatives-economiques.fr/chavagneux/2014/03/10/les-distributions-de-dividendes-plombent-l-investissement-des-entreprises

(41) https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/20141002trib1f828b6f1/et-si-l-introduction-en-bourse-freinait-l-innovation-des-start-up.html

(42) https://www.lefigaro.fr/conjoncture/en-2018-les-dividendes-verses-par-les-societes-du-cac-40-ont-atteint-un-record-20190620

(43) https://www.contrepoints.org/2020/05/15/371509-en-finir-avec-une-idee-recue-le-dividende-nenrichit-pas-les-actionnaires Contrepoints se révèle un grand laboratoire de la pensée dominante où l’on trouvera une ardente défense du libéralisme et la moindre demande de Bruno Le Maire de la suppression des dividendes, lui vaudra d’être comparé à plus socialiste que le programme commun de la Gauche, et même Che Guevara. (https://www.contrepoints.org/2020/03/30/367743-supprimer-les-dividendes-bruno-le-maire-et-la-cgt-meme-combat)

(44) https://www.abcbourse.com/graphes/eod.aspx?s=SANp&t=lcc

(45) Voir Jean-Jacques Yvorel, « Catherine Duprat, Usage et pratiques de la philanthropie. Pauvreté, action sociale et lien social, à Paris, au cours du premier XIXe siècle, Paris, Comité d’histoire de la sécurité sociale, volume 1, 1996, volume 2, 1997, 1393 p. », Revue d’histoire du XIXe siècle [En ligne], 19 | 1999, mis en ligne le 26 août 2008, consulté le 17 mai 2020. URL : http://journals.openedition.org/rh19/168 

(46) https://www.wedemain.fr/La-philanthropie-de-Bill-Gates-alimente-la-machine-capitaliste_a3977.html

(47) https://www.fondationdefrance.org/sites/default/files/atoms/files/la_philanthropie_a_la_francaise_4.pdf : page 11.

(48) https://www.lepoint.fr/economie/inegalites-la-france-gangrenee-par-le-determinisme-social-06-07-2018-2233840_28.php

(49) https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2016/05/20/a-florence-les-riches-restent-riches-depuis-six-siecles_4923502_4832693.html

(50) https://www.vox.com/2016/5/18/11691818/barone-mocetti-florence

(51) Issue de : J. Lowe, Warren Buffett speaks: Wit and Wisdom from the World’s Greatest Investor, New York, John Wiley, 1997, p.164. 

(52) Ce sentiment d’être l’acteur et responsable de sa situation est renforcé par les théories exprimées visant à expliquer ce fait, celles-ci sont redoutablement efficaces et persuasives en cela que deux biais cognitifs renforcent l’ancrage de la croyance. Le premier est l’erreur fondamentale d’attribution qui consiste à attribuer à tort la causalité d’un fait à un facteur non-déterminant aux dépens d’un facteur externe significatif. En somme, il s’agit de la réduction fautive de l’importance de facteurs externes. Ici le facteur non-déterminant est la prétendue capacité individuelle à réussir, le facteur significatif externe est le déterminisme social, le poids de l’héritage, etc. Le second est l’illusion de contrôle. Comme l’erreur fondamentale d’attribution, il s’agit d’un biais par lequel les facteurs extérieures sont minimisés fautivement, au profit d’un facteur interne : l’illusion d’avoir une influence déterminante et complète sur sa vie professionnelle dans le cas présent.

(53) https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/02/05/la-meritocratie-est-la-bonne-conscience-des-gagnants-du-systeme_5419241_4401467.html

(54) https://letempsestvenu.org/100-principes : On trouvera également dans ces principes « Le Temps Est Venu » : « de la sobriété » ou « de vivre plus simplement », deux maximes que doit évidemment appliquer le millionnaire Hulot dont la propriété compte, entre autres, trois maisons et neuf véhicules motorisés entre autres. 

(55) https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171017.htm

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde