André Lejarre
Vivre ensemble

Thomas Roger, un infirmier pour l’Assemblée : “Libérons l’hôpital public de l’étau de l’austérité et des logiques comptables”

Le 20e arrondissement de Paris se prépare à une élection législative partielle dans la 15e circonscription les 4 et 11 avril prochains. Nous avons rencontré le candidat communiste, Thomas Roger, infirmier.

Vous voulez être député du 20e arrondissement. Votre slogan est “un infirmier à l’Assemblée” : en pleine épidémie, c’est une urgence d’élire un député du monde du travail, infirmier, qui connaît par cœur la réalité du terrain ?

Cette épidémie est un désastre sanitaire et social. Elle fait exploser les contradictions du capitalisme. L’insécurité face à la maladie, l’impossibilité de soigner dignement, le burn-out des premiers de corvée ou les milliers de personnes qui se retrouvent sur le carreau, sont autant de problématiques que je me sens légitime de dénoncer en tant qu’infirmier. 

Notre objectif politique dans cette campagne est de confronter le vécu et les aspirations du monde du travail aux impasses que le libéralisme construit. Et je dois vous dire qu’il y a pas mal d’enthousiasme si ce n’est de fierté dans nos initiatives ; le slogan “un infirmier à l’assemblée” accroche par son sens politique et démocratique. 

Je travaille en service de gériatrie dans une clinique de Seine Saint-Denis. Comme des milliers de mes collègues des secteurs médical et social, j’ai pris mes responsabilités face au Covid. Je compte bien faire la même chose à l’Assemblée. 

Que faut-il faire pour sortir vraiment notre pays de la crise sanitaire, aider les hôpitaux et les personnels soignants ?

Plus qu’une aide, nous pouvons et devons avoir beaucoup d’ambition pour notre système de santé. Les deux premières choses à faire, c’est abroger la loi HPST de 2009 qui a regroupé les hôpitaux entre eux fermant des milliers de lits et abroger la Tarification à l’Acte qui marchandise les soins. Ce n’est pas plus compliqué que ça pour libérer l’hôpital public de l’étau de l’austérité et des logiques comptables. C’est une priorité parce qu’on les voit bien démanteler la sécu et le service public de la santé pour transférer les missions au privé. 

Je parlais d’ambitions. Le premier objectif est la proximité de la prévention et du soin. Cela passe par la construction massive de Centre Municipaux de Santé ; 1 infirmière à temps plein pour 100 élèves ou encore le redéploiement de la médecine du travail. Nous devons également assurer la gratuité pour que la santé reste un droit et non une marchandise. Pour cela, il faut voter un Objectif National des Dépenses de l’Assurance Maladie tout simplement à la hauteur des besoins de la population et non en déficit voulu comme chaque année. 

Je ne vais pas détailler tout mon programme pour la santé, mais vous aurez compris que les droits fondamentaux sont la garantie de la dignité de toutes et tous. Le droit à la santé et le rayonnement du service public sont donc des combats (et des conquêtes) majeurs pour les communistes. 

La pandémie a aussi aggravé la situation économique, notamment celle des jeunes, autant par rapport à l’emploi que pour les études. Qu’est-ce que vous voulez faire pour les sortir de la précarité ?

Il y a une énorme urgence sociale pour la jeunesse de France (et du monde). L’étendue du RSA aux moins de 25 ans et la bataille pour un revenu étudiant sont donc des priorités que je porterai. 

Il nous faut également enrailler la machine à exploiter les jeunes. Les stages doivent donc être rémunérés, les contrats précaires interdits et le CDI la norme. La jeunesse est en effet particulièrement victime du patronat voyou et je suis sûr que redéployer l’inspection du travail serait un soutien contre la précarisation systématique. Le 20e est un arrondissement très jeune et nous devons porter l’idée d’un avenir meilleur pour la jeunesse. 

Le 20e arrondissement, c’est surtout l’arrondissement dans lequel vous avez grandi et vous avez toujours vécu. Qu’est-ce que cette circonscription signifie pour vous ? 

J’y ai effectivement toutes mes attaches affectives. C’est aussi l’arrondissement qui a vu naître mon engagement politique d’abord au MJCF puis au Parti communiste aujourd’hui. Il s’agit d’un des derniers endroits de Paris qui résiste encore un peu à la gentrification. J’y suis donc fier de mener une campagne du côté des couches populaires et de la classe du travail. 

Vous êtes un militant communiste, si vous êtes élu vous irez rejoindre le groupe communiste à l’Assemblée nationale, qui défend une politique radicalement opposée à la politique libérale de la majorité présidentielle. Quelle sera votre première priorité si vous êtes élu ? 

Ma première priorité symbolique serait d’augmenter les moyens pour la psychiatrie en France. C’est un véritable naufrage et des milliers de patients ne sont pas accompagnés et soignés. Cette problématique encore trop peu connue est une honte pour notre système de santé. Les professionnels médicaux et sociaux qui tiennent à bout de bras ce secteur méritent que leur voie soit portée à l’assemblée. 

Les questions internationales m’ont toujours tenu à cœur, notamment au MJCF. Je compte également porter les batailles pour la reconnaissance de l’état palestinien ou la levée du blocus sur Cuba dans les débats nationaux. 

Le Parti communiste vous présente aussi pour représenter le monde du travail, qui n’est presque pas représenté à l’Assemblée nationale. Pourquoi c’est une priorité démocratique ?

Si on met en parallèle l’aspect hors-sol d’une majorité d’élus, la puissance des monopoles capitalistes et la vie quotidienne de la population qui se dégrade tous les jours, il semble quasiment logique que l’abstention et l’extrême droite progressent. Nous faisons donc une proposition démocratique avec ma candidature en tranchant avec les professionnels de la politique cumulards. C’est bien en tant que travailleur que je porterai le programme du PCF pour améliorer la vie et redonner l’envie de lutter pour notre dignité à toutes et tous.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde