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Un premier tour des élections municipales marqué par une très forte abstention

Une abstention en forte hausse 

La première leçon que nous pouvons tirer de ce premier tour des élections municipales, c’est probablement le fort taux d’abstention. 56 % des électeurs ont fait le choix de ne pas se rendre aux urnes dimanche dernier. La première raison pour expliquer cette hausse de l’abstention de 20 points par rapport à 2014 est bien évidemment la crise sanitaire qui traverse notre pays depuis l’arrivée du coronavirus. Les annonces et les mesures exceptionnelles annoncées par Edouard Philippe la veille du scrutin ont dissuadé nombre d’électeurs d’exercer leur droit de vote. 

Toutes les classes d’âges semblent concernées par l’abstention. Bien qu’il semblerait que les jeunes se soient encore plus abstenues que les années précédentes. La simple peur du virus ne peut se suffire à expliquer cette abstention. Entre formes de résignation, manque de perspectives concrètes ou mise à mal des institutions par la majorité présidentielle, les raisons sont nombreuses pour expliquer la non-participation des jeunes à ce scrutin. 

Au-delà de la forte abstention, quelle analyse pouvons-nous tirer des élections municipales ? 

Une très forte prime au sortant

Peu importe la couleur politique du maire, il y a eu une très forte prime au sortant lors de ce premier tour des élections municipales. De nombreux maires ont vu leur liste se retrouver en tête, parfois loin devant, certain même ont été réélu au premier tour alors que ce n’était pas forcément prévu. 

Probablement que le fort taux d’abstentionnistes à jouer en leur faveur. De nombreux électeurs souhaitant préserver l’équipe municipale ont bravé les risques sanitaires pour faire élire de nouveau leur maire. L’arrivée du coronavirus et de la crise sanitaire qui l’accompagne a peut-être également incité les électeurs à se ranger derrière une liste qui permet d’assurer une certaine pérennité et continuité. 

La République en marche ne parvient pas à faire de percée 

La République en Marche n’arrive pas à percer dans les élections municipales. Les résultats nationaux montrent une désapprobation pour le parti présidentiel. La république en marche n’a pas fait sensation. Le ballottage du Premier ministre au Havre, une petite troisième place pour Agnès Buzyn à Paris, très peu de listes en tête au premier tour et surtout dans de nombreuses grandes villes comme à Marseille, Montpellier, Limoges ou Reims, la République en Marche n’arrive pas à dépasser les 10 % permettant le maintien au second tour. 

Le parti a pourtant essayé de siphonner les voix de la droite. C’est dans ce sens que nous avons vu fleurir dans de nombreuses villes des alliances entre La République en Marche et les Républicains. L’électorat de LREM semble d’ailleurs plus proche de celui des républicains que celui de la gauche. 

Cet échec peut s’expliquer en partie par une forme de rejet de la politique gouvernementale. Le passage en force de la réforme des retraites, elle-même rejeté à plus des deux tiers par les Français n’a certainement pas joué en faveur du parti présidentiel. La cote de popularité en chute libre de la part des deux chefs de l’exécutif a certainement pesé lourd sur le résultat à la sortie des urnes. 

Mais ce résultat démontre également la faible implantation locale du parti. Tout au long de la campagne, dans la plupart des grandes villes, des membres du partis, divers élus de droite et du centre se sont battus entre eux pour avoir l’investiture. Résultat : des listes très divisées sur le terrain. La campagne électorale menée par le parti d’Emmanuel Macron n’a pas suscité grand intérêt.  

La majorité présidentielle ne parvient pas à s’imposer dans le paysage politique local et se voit infliger une défaite dans la plupart des communes où ses candidats se sont présentés. 

Rassemblement National pas aussi fort qu’attendu  

Il y a quelques mois, le Rassemblement National avait annoncé sa volonté de conquérir de nombreuses mairies. Au vu des résultats du premier tour des élections municipales, les objectifs n’ont pas été réalisés. 

Bien que nous ne pouvons pas parler de recul de rassemblement National, leur score national s’apparente à une défaite au vue des ambitions affichés. Mis à part une forte consolidation dans les mairies qu’il avait gagné en 2014, avec des listes élues dès le premier tour, le parti d’extrême droite n’a pas pour autant réussi à remporter de nouveaux fiefs ni même à améliorer leur score dans de nombreuses villes. 

Là où en 2014 le parti de Marine Le Pen avait réussi à faire des entrées fracassantes dans nombre de conseils municipaux en atteignant la fameuse barre des 10%, force est de constater que pour l’année 2020, nous n’y sommes pas du tout. Le RN a atteint des score très marginaux dans la plupart des grandes villes et perd de nombreux élus d’opposition. Á noter tout de même que certaines figures locales ont permis au Rassemblement National d’égaler le score de 2014 comme c’est le cas par exemple à Perpignan où Louis Aliot passe la barre des 30% mais qui, sans réserve de voix ne pourra pas briguer le siège de maire. 

Un vote écologiste ou un vote de gauche ? 

De nombreux médias ont parlé d’une percée écologiste à ces élections municipales. En effet, dans de nombreuses grandes villes, des maires étiquetés EELV arrivent en tête. C’est le cas à Bordeaux, Strasbourg, Lyon, Grenoble où ils avaient déjà la mairie. 

Pour autant ces listes arrivées en tête au premier tour sont toutes issues de listes de rassemblement et d’union de la gauche. Il semblerait que leurs scores élevés soient plus le résultat de cette union et donc d’un vote s’inscrivant dans l’axe gauche droite plus que le résultat d’une percée uniquement écologistes. 

Il a d’ailleurs intéressant de noter qu’au contraire les listes d’EELV qui se sont présenté face à la gauche ont des scores nettement plus faible. Ainsi à Paris, Le Havre ou Montreuil, les écologistes avaient décidé de partir seuls suite à leurs résultats très élevés aux élections européennes et se sont effondré à ce premier tour. Parfois même avec un score plus faible en nombre de voix qu’aux élections européennes. En d’autre terme la stratégie d’EELV de se positionner comme la troisième voie “du nouveau monde” face au duo Le Pen-Macron ne fonctionne pas. EELV n’est fort que lorsqu’il incarne la gauche. 

Les scores élevés des tête de listes EELV semblent donc être davantage le fruit d’un travail de large rassemblement à gauche qu’une réelle percée des écologistes à ces élections. 

D’ailleurs, au-delà des simples écologistes arrivés en têtes, nous observons que la gauche rassemblée obtient des scores très intéressants, permettant bien souvent de la propulser en tête du premier tour dans nombre de communes. L’exemple de Marseille bien évidemment, bastion de la droite depuis des dizaines d’années dans une ville où l’électorat est plus favorable à la gauche. La liste “Le printemps Marseillais” grâce au rassemblement a pu se hisser sur la première place du podium lors de ces élections. C’est le cas à Marseille, mais c’est le cas dans de nombreuses autres grandes villes : Le Havre où Edouard Philippe a été mis en ballotage grâce à cette union de la gauche derrière le député communiste Jean-Paul Lecoq, mais c’est aussi le cas à Lille, Nantes, Rennes et de nombreuses autres communes. 

Un très bon résultat pour le Parti Communiste

Autre gagnant de la soirée, c’est le Parti communiste. Le parti de la place du Colonel Fabien était contesté dans de nombreuses villes historiques. Cela n’a pas empêché le Parti communiste de remporter plus de cent communes de plus de 3 500 habitants dès le premier tour, à savoir bien plus que Les Républicains, La République en Marche ou encore le Rassemblement National. En plus de ces victoires, de nombreuses listes portées par le Parti communistes ont su se hisser en ballotage favorable dès le premier tour. 

Ainsi à l’image de Montreuil, Vierzon, Dieppe et de nombreuses autres communes, le Parti communiste a obtenu un score de plus de 50% des suffrages exprimés qui l’a donc conduit à être élu dès le premier tour. 

Dans d’autres communes les communistes ont réussi à être en ballotage favorable dès le premier tour, alors même que certaines coalitions de gauche ont cherché à faire tomber ces mairies. C’était notamment le cas à Ivry, ville historique de la ceinture rouge, communiste depuis la sortie de la seconde guerre mondiale où l’ensemble des forces de gauche se sont alliées contre l’équipe sortante. Cela n’a pas empêcher la liste communiste d’obtenir plus de 48% des suffrages exprimés, loin devant la deuxième liste à gauche qui n’est pas parvenue à dépasser les 25%. 

Les listes du Parti communiste ont réussi à incarner la gauche et l’alternative à la droite libérale. Nous pouvons prendre pour exemple Le Havre, où Edouard Philippe est mis en difficulté par le communiste Jean-Paul Lecoq. Mais c’est également le cas à Bobigny, ville récupérée par l’UDI en 2014 où le PCF arrive largement en tête au premier tour. Ces deux exemples prouvent que le Parti communiste est encore capable de susciter une large adhésion populaire dans des bastions ouvriers. 

Dans d’autres municipalités, le Parti communiste a su se ranger derrière d’autre forces de gauche lorsque des villes été menacées par l’extrême droite. C’est notamment le cas à Lens, ville de plus de 50 000 habitants du bassin minier qui aurait pu basculer dans les mains du Rassemblement National. Le Parti Communiste a su initier un rassemblement avec l’équipe sortante afin d’empêcher que cette ville ne tombe aux mains de l’extrême droite. Cela a non seulement permis de battre le parti de Marine Le Pen mais aussi de remporter la ville dès le premier tour. Les communistes du bassin minier ont une nouvelle fois montré que face à la montée du fascisme, l’union des forces de gauche est nécessaire et efficace pour faire barrage.

Les communistes sont donc en bonne voie pour renforcer leurs positions. Il est d’ailleurs fort probable qu’ils obtiennent de nouvelles mairies et finissent avec un nombre plus conséquent d’élus. Il faudra désormais attendre le 21 juin prochain pour voir les résultats définitifs. 

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde