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INTERNATIONAL

Venezuela : « Le blocus prive le pays des ressources nécessaires face à l’urgence sanitaire »

Entretien avec Gabriel Aguirre, secrétaire général du COSI Venezuela.

Confronté comme de nombreux pays du monde à la pandémie de Covid-19 et à la crise économique mondiale, le Venezuela fait également face aux agressions renouvelées de l’impérialisme, comme l’a notamment illustré le débarquement raté dénommé « Opération Gedeón » le 3 mai dernier. Gabriel Aguirre, secrétaire général du Comité de solidarité internationale et de lutte pour la paix, fait le point sur la situation dans le pays.

Avant de commencer, peux-tu te présenter et présenter le COSI ?

Le Comité de solidarité internationale et de lutte pour la paix est une organisation vénézuélienne créée en 1971 et affiliée au Conseil mondial de la paix. Nous pouvons dire que c’est la synthèse de l’accumulation de luttes du peuple vénézuélien dans la solidarité internationale au cours de son histoire. Le COSI a été fondé par des personnalités éminentes de la vie politique, intellectuelle et culturelle au Venezuela, toutes unies par leur intérêt de lutter pour la paix et la solidarité internationale. J’assume actuellement la responsabilité de secrétaire général du COSI, ce qui est un fait important, qui exige un grand engagement de lutte, dans un contexte où l’humanité fait face à de grandes menaces contre la paix et demande de la solidarité internationaliste.

Le monde fait face à une pandémie à de nombreux égards inédite. Quelle est la situation sanitaire au Venezuela et quelles mesures ont été prises pour y faire face ?

En tant que COSI, nous disons que cette pandémie intervient de façon simultanée avec la crise générale à laquelle fait face le système actuel dans le monde et qui a mis encore plus clairement en évidence les principales contradictions de ce dernier. Le Venezuela se trouve, comme de nombreux pays, face au défi de pouvoir contrôler efficacement la pandémie de Covid-19 ; mais avec la différence de le faire dans des conditions adverses, marquées par un blocus financier, économique et commercial imposé par le gouvernement états-unien, qui prive le pays des ressources nécessaires pour pouvoir mieux assumer l’urgence sanitaire.

Dans le cas de notre pays, les mesures prises à temps ont été très importantes. Au moment même où il est apparu inévitable que le virus toucherait l’Amérique du Sud, le gouvernement a pris des décisions responsables, qui ont permis de faire face à la pandémie dès le début. Parmi ces mesures, on peut mentionner, pour aller vite, la fermeture immédiate des frontières, la suspension des vols internationaux, le décret d’une quarantaine totale et absolue, en lien avec les mesures recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), telles que l’utilisation obligatoire des masques, entre autres mesures spéciales.

D’autres mesures ont été importantes pour maintenir la situation sous contrôle, comme l’implication immédiate du personnel médical du Venezuela et de Cuba, qui a rendu visite aux domiciles où pouvaient être présents des cas de coronavirus, ou l’application de tests pour identifier les cas existants.

Nous devons aussi faire une mention spéciale aux mesures prises sur le plan social, dans l’objectif d’empêcher que les secteurs populaires et la classe laborieuse ne soient les plus touchés par cette crise. Parmi celles-ci, l’adoption du décret d’inamovibilité générale et absolue pour empêcher que, du fait de l’urgence, les entreprises licencient des travailleurs. De plus, le gouvernement a assumé le paiement des salaires des petites et moyennes entreprises, suspendu celui des loyers et des services de base (électricité, eau, services de communication, télévision), ce qui s’ajoute à un plan général pour arriver à fournir les familles vénézuéliennes en aliments subventionnés.

Le Venezuela faisait déjà face à une crise économique importante, dans laquelle ont joué un rôle déterminant les sanctions imposées par les États-Unis et d’autres gouvernements, notamment européens. Dans quelle situation se trouvent aujourd’hui les couches populaires vénézuéliennes ?

Il ne fait aucun doute que le monde est aux portes d’une nouvelle crise générale du système capitaliste. Au Venezuela plus particulièrement, qui est un pays qui traîne depuis de nombreuses années une économie dépendant de la rente pétrolière, l’impact de la crise est encore plus grave. Nous devons ajouter à cela les mesures coercitives unilatérales (les sanctions) que l’impérialisme états-unien et européen applique depuis 2014 et qui affectent la capacité de l’État à ordonner et gérer la crise, ainsi que le secteur principal de l’économie vénézuélienne, le pétrole, en mettant en place des mesures qui vont du gel des fonds du pays dans les banques internationales états-uniennes et européennes, aux sanctions contre les compagnies maritimes qui transportent le pétrole vénézuélien.

Aujourd’hui au Venezuela, nous observons la souffrance et la détérioration des conditions de vie matérielles du peuple, causées par la crise et le renforcement du blocus contre le pays. Cela s’est traduit par l’affaiblissement du salaire réel des travailleurs, la chute du revenu par famille, l’incapacité d’importer les aliments et médicaments essentiels à la garantie de la vie de la population. On estime que depuis 2014, 40 000 morts ont directement été provoqués par ces sanctions criminelles, qui représentent un crime contre l’humanité et constituent un génocide systématique et continu.

Ces derniers jours, à toute cette situation complexe, se sont ajoutées des défaillances dans l’approvisionnement en carburant, en conséquence directe du paquet de sanctions visant l’industrie pétrolière. Ceci affecte de manière significative différentes sphères de la vie sociale et créé de grandes difficultés pour le fonctionnement régulier de l’économie et la distribution de la production alimentaire dans le pays. Il est important que le peuple français puisse connaître la barbarie qui est en train d’être commise contre le Venezuela, car il s’agit d’une violation quotidienne des droits humains, conséquence des agressions des États-Unis et de l’Union européenne. 

Malgré les appels des Nations unies, entre autres, l’administration Trump a refusé de lever, et même de suspendre — les sanctions. Quel impact ont celles-ci sur la capacité de l’État vénézuélien a faire face à la situation sanitaire ?

Il faut souligner que, au beau milieu de l’urgence sanitaire mondiale, qui met en évidence la vulnérabilité de l’humanité et devrait faire ressortir les valeurs de solidarité et d’humanisme, il est condamnable que ce soit précisément pendant la pandémie qui afflige nos peuples que l’administration Trump ait renforcé les sanctions contre les Vénézuéliens, faisant fi des appels du secrétaire général des Nations unies, de la haute-commissaire aux droits humains de l’ONU, ainsi que d’autres organisations internationales et pays, demandant de permettre à l’État vénézuélien de faire face efficacement à la situation.

Le Venezuela pourrait importer des masques, des tests, des doses du médicament Interferon Alfa 2-B élaboré à Cuba, pour pouvoir contenir la propagation du virus, mais ces sanctions l’en ont empêché. Il est important de signaler que, malgré les grandes difficultés que traverse le pays, le système public de santé a assuré le traitement des patients infectés, de façon opportune et gratuite. Cela a conduit un nombre important de Vénézuéliens qui avaient émigré à revenir, avec le soutien du gouvernement, à travers un plan qui comprend des vols humanitaires de rapatriement. À ce sujet, il faut préciser que plus de 1500 Vénézuéliens vivant aux États-Unis ont demandé à retourner dans leur pays, mais que l’administration Trump s’est opposée à ce que les avions vénézuéliens aillent les chercher là-bas.

Ce fait est très important pour pouvoir démentir le discours qui s’est construit autour d’une supposée tyrannie et dictature sous laquelle vivrait le peuple vénézuélien, car il n’est pas possible de comprendre comment une personne réussit à fuir de la tyrannie vers d’autres terres, et demande ensuite qu’on la laisse y retourner. C’est pourquoi il est important de connaître en profondeur ce qui se passe au Venezuela et de pouvoir former des jugements et des critères précis sur la situation réelle.

Le 3 mai dernier a eu lieu la dénommée « Opération Gedeón », tentative ratée de débarquement de groupes armés visant à renverser le gouvernement. Que révèle cette opération des plans et de la situation du secteur putschiste et de ses parrains ?

Le premier élément que met en relief cette nouvelle tentative d’agression contre le pays, c’est que l’impérialisme applique un plan multidimensionnel, qui ne concentre pas ses actions uniquement sur le plan économique, mais qui développe également une offensive féroce dans le champ politique, social, psychologique, de la communication et, bien sûr, n’abandonne pas la possibilité d’incursions militaires, sous une forme directe ou indirecte. C’est pourquoi le COSI dénonce le danger que représentent les bases militaires états-uniennes et de l’OTAN dans le continent, conjointement avec la présence de la IVe flotte et le Commandement sud, outils au service des actions criminelles que les États-Unis envisagent contre le Venezuela.

Cette opération en particulier constitue un événement sans précédent dans le monde, car elle a clairement montré, en premier lieu, le lien de l’administration Trump avec ces plans, avec la complicité du gouvernement colombien et mise en œuvre par une entreprise de mercenaires nommée Silver Corp. Les contrats de cette entreprise ont été signés par des conseillers états-uniens et le pantin de l’impérialisme Juan Guaidó, ce qui confirme que ces groupes mercenaires sont employés depuis longtemps pour générer des actions terroristes, promouvoir la violence interne et rechercher un changement de gouvernement, qui soit au service des intérêts des États-Unis.

Il faut souligner que cette action a été mise en échec grâce à l’organisation du peuple, à l’unité civilo-militaire et à la conscience anti-impérialiste, qui se maintient intacte au sein du peuple vénézuélien malgré toutes les attaques. Cela démontre également que le peuple vénézuélien est capable de résister aux agressions menées à travers des actions militaires. Face à ces faits, notre peuple a répondu avec une unité patriotique et anti-impérialiste accrue. N’ayons pas peur de dire que le peuple vénézuélien a conscience de ce qui est en jeu et que, au-delà des difficultés, la défense de la souveraineté, de l’indépendance et du droit à l’autodétermination est une tâche impérative.

Quelles sont aujourd’hui selon toi les perspectives de la solidarité internationale avec le Venezuela ?

Dans le monde, il n’existe plus uniquement un seul bloc hégémonique constitué par l’impérialisme états-unien et européen. Il est clair que nous sommes dans un moment où différentes puissances émergentes se renforcent et sont aujourd’hui en mesure de contester l’hégémonie aux États-Unis. Le Venezuela a, de manière générale, construit des relations avec ces puissances, fondées sur le principe du respect, de la non-ingérence dans les affaires internes et de franche coopération internationale.

Bien sûr, c’est une chose de parler de la coopération, et une autre de parler de la solidarité, tout comme c’en est une de parler des actions de solidarité des gouvernements, et une autre de la solidarité des organisations. Dans ce cas, il faut compter avec les deux. En particulier, la solidarité avec le Venezuela s’est renforcée au cours des derniers mois, car les peuples du monde voient la véritable nature guerrière et criminelle de l’impérialisme; il n’est plus possible de dissimuler les actions incessantes et faits répréhensibles qui sont commis contre notre pays.

En tant que COSI, nous voulons profiter de cette opportunité pour remercier les innombrables manifestations de solidarité avec notre peuple de la part des organisations en France, des initiatives qui ont eu comme référents le Parti communiste français, le Mouvement jeunes communistes de France, le Mouvement de la paix et bien sûr journal l’Humanité. Grâce à ces actions de solidarité en France et en d’autres points du monde, nous restons debout et continuons à résister. Nous ne faiblirons pas dans la lutte pour conquérir un monde de paix et de justice sociale.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde