venezuela-paix-sortir-criseCC0 | Domaine Public
INTERNATIONAL

Le Venezuela, la paix pour sortir de la crise

L’attaque d’une base militaire par un commando composé d’anciens militaires a fait monter d’un cran la tension au Venezuela. Mais malgré les pressions internes et externes, la lutte pour la paix se poursuit.

L’opposition poursuit sa stratégie du chaos

Encore sonnée de sa défaite, elle qui voulait empêcher la tenue des élections à l’Assemblée nationale constituante (ANC) le 30 juillet dernier, l’opposition ne renonce pas pour autant à sa stratégie de renversement violent du gouvernement. Alors que les manifestations perdent de l’ampleur, elle recourt à d’autres moyens.

Dernier fait en date, l’attaque menée dimanche dernier contre une base militaire à Valencia, à 180 km au nord de Caracas, menée par 25 hommes armés. Repoussés par les militaires, les assaillants y ont laissé deux morts, un blessé et sept prisonniers, tandis que le gouvernement a annoncé que trois soldats avaient été blessés. Un stock d’armes a néanmoins été dérobé.

Quelques semaines après l’attaque au fusil et à la grenade menée depuis un hélicoptère de la police scientifique contre le ministère de l’Intérieur et le Tribunal  suprême électoral, la violence semble donc franchir un nouveau pallier au Venezuela, impliquant pour la première fois des militaires, pourtant l’un des piliers les plus solides du processus bolivarien.

Néanmoins, à y regarder de plus près, les choses sont un peu différentes. Le commando de Valencia était en effet composé dans sa quasi-totalité de civils vêtus d’uniformes militaires, et dirigé par l’ex-capitaine Juan Carlos Caguaripano Scott, exclu de la Garde nationale en 2014 pour « trahison à la patrie et rébellion » pour son rôle dans un plan de coup d’État contre le gouvernement. Recherché, il vivait depuis à l’étranger, notamment à Miami.

Comme le signale Pierre Barbancey, grand reporter dans  l’Humanité :

« L’attaque perpétrée dimanche laisse penser qu’il s’agit d’un test. Personne ne peut croire qu’une poignée de paramilitaires pourrait renverser le gouvernement, qui plus est à 180 km de la capitale ! Il s’agissait très probablement de voir comment réagirait l’armée vénézuélienne et si des divergences ou des défections ne se feraient pas jour. L’opposition a toujours appelé l’armée à se désolidariser du gouvernement, preuve qu’elle attache de l’importance au comportement de ce pilier de l’État. »

Une analyse renforcée par le comportement de l’opposition, qui a appelé à bloquer les routes en soutien à l’attaque. Cet appel contribue à questionner la volonté d’un règlement démocratique de la crise au Venezuela par l’opposition. Il semble qu’une part importante ait décidé d’envisager une conquête par la force du pouvoir.

Enfin, lundi, une cyberattaque de grande ampleur a ciblé un grand nombre de sites internets institutionnels contribuant également à installer le chaos dans le pays.

Lire aussi : Venezuela : qui veut réellement un coup d’État ?

Sur le front extérieur, la bataille fait rage

Le Venezuela combine le double défaut d’avoir élu un gouvernement progressiste et de s’opposer aux politiques américaines sur le continent. Le pays dispose également d’importantes réserves d’hydrocarbures. C’est donc en parfait conscience de l’enjeu que les gouvernements bourgeois agissent pour affaiblir le gouvernement de Nicolás Maduro.

Lire aussi : Venezuela : nouveau laboratoire de l’impérialisme

L’élection de l’ANC a ainsi servi de prétexte aux États-Unis pour imposer de nouvelles sanctions, gelant les biens de dirigeants et personnalités bolivariennes,  dont le président de la République, et menaçant toute personne prenant part à la nouvelle Assemblée. Une façon toute états-unienne de « défendre la démocratie » à laquelle Maduro a répondu :

« Je n’obéis pas aux ordres impérialistes, je n’obéis pas aux gouvernements étrangers, je suis un président libre. »  

Une situation résumée par le président socialiste bolivien Evo Morales, qui a indiqué lors d’un discours que la puissance impériale cherchait à

« Premièrement faire chuter [le gouvernement], puis dominer et ensuite s’approprier le pétrole vénézuélien (…) C’est le problème de fonds, le même prétexte de toujours : démocratie, droits humains, terrorisme, c’est le même vernis, la même comédie médiatique qui a toujours été utilisée pour prendre les ressources naturelles. »

Dans le même mouvement, les États-membres du Marché commun du Sud (Mercosur) ont pris la décision de suspendre le Venezuela pour une période indéterminée pour « rupture de l’ordre démocratique ». Selon Michel Temer, président de facto du Brésil suite au putsch parlementaire d’août 2016 – et lui toujours bien membre de l’organisation :

« Quand le Venezuela reviendra à la démocratie, il pourra aussi revenir dans le Mercosur (…) Il n’y a plus de place pour des alternatives non-démocratiques en Amérique du sud ».

Tout ceci sans rougir.

De fait, le continent apparaît fortement divisé : alors que les ministres des Affaires étrangères de douze pays américains ont adopté mardi dernier une déclaration affirmant que le Venezuela n’était plus une démocratie et qu’ils ne reconnaîtraient pas les actes de l’ANC, les pays membres de l’ALBA-TCP ont rejeté les sanctions états-uniennes et redit leur soutien au processus constituant.

L’Union européenne s’est, elle aussi, jointe l’offensive en déclarant ne pas reconnaître l’ANC. Dans un communiqué, la représentante de l’UE pour la politique extérieure, Federica Mogherini, a ainsi affirmé que l’organisation et ses États-membres « étaient prêts à augmenter graduellement leur réponse au cas où les principes démocratiques continuent à être minés ».

En première ligne, l’Espagne a demandé des sanctions, mais a été bloquée par les gouvernements progressistes du Portugal et de la Grèce, qui ont insisté pour que l’UE adopte un rôle de médiateur dans la crise, au lieu d’adopter des mesures alimentant celle-ci.

La perspective d’un retour à l’ordre institutionnel

Cependant, malgré toutes ces difficultés, la mise en place de la nouvelle Assemblée constituante s’est faite plus en douceur que ne le laissait entendre certains médias. L’opposition a bien manifesté dans certains quartiers mais sans mobiliser autant que précédemment. Une partie a d’ailleurs annoncé sa volonté de participer aux prochaines élections régionales de décembre, laissant entrevoir une possible rupture entre extrême-droite violente et opposition plus ouverte au dialogue.

Afin de contribuer à l’apaisement , les députés de la nouvelle Assemblée ont mis en place une commission Vérité et justice pour enquêter sur les violences de ces derniers mois, qui ont fait plus de 120 morts. La procureur générale qui n’avait lancé aucune enquête depuis le début des violences a, elle, été destituée pour cette raison. Autre signe d’apaisement, la nouvelle présidente de l’ANC, Delcy Rodríguez a déclaré, concernant le futur de l’Assemblée nationale (élue en 2015, avec une majorité d’opposition) que :

« Ce qui est envisagé, c’est la coexistence, il doit y avoir un processus de coexistence. Ce qui ne peut pas arriver, c’est que les pouvoirs constitués méconnaissent les décisions de l’Assemblée constituante. (…) Déjà en 1999, les deux (Assemblées) avaient continué à travailler dans le même bâtiment. »

Deux leaders de l’opposition, Leopoldo López et Antonio Ledezma, qui avaient été remis en prison la semaine dernière après un premier réaménagement de peine, ont quant à eux été placés en résidence surveillée. Ils sont tous les deux condamnés pour des faits remontant avant la dernière période d’instabilité.

Deux assemblées coexistent aujourd’hui au Venezuela siégeant dans le même hémicycle. Un second gouvernement a été créé par l’opposition avec son siège à proximité de la frontière colombienne où sont actifs des groupes paramilitaires d’extrême droite.

Lire aussi : Au Venezuela, une nouvelle Constitution pour défendre la Révolution

La paix est toujours possible

Aujourd’hui le Venezuela est à un tournant. L’opposition peut continuer dans sa stratégie meurtrière et plonger le pays dans la guerre. Elle peut aussi choisir la voie de la paix. Ceci est loin d’être gagné, comme l’ont montré les violences récentes et la formation d’un gouvernement parallèle, qui devrait « siéger » dans l’état de Táchira, à la frontière colombienne.

Le peuple vénézuélien a besoin d’une rapide sortie de la crise politique. Il a besoin de la fin des violences. Ces dernières ne peuvent être uniquement attribuées à l’appareil répressif gouvernemental. Ce dernier est morcelé et habitué à l’utilisation de méthodes brutales, sa transformation profonde est une des clefs pour retrouver la stabilité dans le pays. Cependant des groupes armés ont volontairement cherché l’escalade de la violence dans le pays.

La situation économique ne peut perdurer. Le pays dispose d’importantes richesses qui doivent être mises à profit des besoins des vénézuéliens. La diversification de l’économie devrait déjà être entamée, le pétrole fort a endormi les volontés de réformes de l’économie pourtant nécessaires. La corruption est également endémique dans le pays et doit être combattue.

Mais rien de tout cela n’est possible dans le contexte de violences entretenu par l’opposition.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde