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INTERNATIONAL

Vincenzo Colaprice : « nous ne voulons ni Draghi ni Berlusconi »

L’attaque de l’extrême droite contre le syndicat italien a entraîné une mobilisation antifasciste massive. Nous avons rencontré Vincenzo Colaprice, responsable des relations internationales des jeunes communistes italiens (Giovani comunisti).

Après les récentes élections, les démocrates semblent sortir vainqueurs dans beaucoup de grandes villes. Qu’est-ce que ça dit de la situation politique en général ?

Le centre gauche a objectivement gagné les dernières élections locales. Le succès de leur coalition s’explique à la lumière de deux éléments. Le premier élément est une simple « alerte antifasciste » : les principaux partis de centre droit, Fratelli d’Italia dirigé par Giorgia Meloni et la Lega dirigée par Matteo Salvini, totalisent près de 40 %. 

Compte tenu de la présence d’un système électoral majoritaire, les électeurs récompensent facilement les coalitions de centre gauche, construites autour du Parti démocrate et formées de listes citoyennes et de petites forces libérales auxquelles s’ajoute désormais le Mouvement 5 étoiles. La montée des forces politiques de droite peut être annonciatrice d’une victoire aux élections de 2023 et pousse de nombreux électeurs à voter pour le centre gauche. C’est la même chose aux élections locales où intervient un autre élément : la défense des expériences de gouvernement de centre gauche qui durent depuis des décennies. Dans ce scénario bipolarisé, toutes les propositions alternatives restent caduques. 

Les élections nationales de 2023 seront cruciales et risquent de voir la capitulation de la gauche radicale s’il n’est pas possible de créer une proposition capable de rompre avec le bipartisme.

Les manifestations contre le fascisme organisées le 17 octobre ont rassemblé beaucoup de monde et surtout des jeunes. Est-ce le signe d’un mouvement antifasciste croissant en Italie ?

L’agression perpétrée contre le siège de la CGIL, principal syndicat italien, fortement lié à l’histoire de la gauche italienne, est un épisode symptomatique des tensions qui traversent l’Italie. 

Le mélange du mouvement No Vax et des néo-fascistes a conduit à ce pic de violence qui a exigé une réponse claire et forte. La réponse massive du 17 octobre a été un signal important : cela signifie qu’il existe encore de puissants anticorps antifascistes en Italie. Cependant, il doit y avoir un relai politique pour mener une sérieuse bataille antifasciste dans notre pays. L’avancée de la droite conservatrice, xénophobe et réactionnaire est désormais un fait avéré. Il n’y a pas de temps à perdre.

Quelle est la place de l’extrême droite en Italie, et ses projets pour l’Europe ?

L’extrême droite en Italie suit deux directions. L’organisation des mouvements contre le Green Pass et contre les restrictions sanitaires, c’est la direction suivie par Forza Nuova. 

D’autres organisations d’extrême droite ont décidé d’agir différemment, en exploitant l’avancée des principaux partis de centre droit et en les infiltrant, créant des groupes et des courants au sein de la Lega et des Fratelli d’Italia. Il y a quelques mois, une enquête journalistique a révélé le niveau d’infiltration de représentants néo-fascistes et néonazis dans les élites nationales et dans la région de Lombardie, fief de Fratelli d’Italia. 

Au niveau européen, il y a une grande harmonie avec les principaux visages de la nouvelle droite européenne comme Santiago Abascal, André Ventura, Viktor Orban ou Marine Le Pen. Cependant, la Lega et Fratelli d’Italia se rapprochent du Parti du Peuple européen en raison de l’extrême faiblesse des groupes de députés européens qui rejoignent des forces conservatrices et plus intolérantes.

Quelles sont votre analyse et vos attentes des élections présidentielles en Italie, pour vous et Rifondazione ?

En Italie, les élections présidentielles ne se déroulent pas comme en France. L’Italie est une république parlementaire, donc les deux chambres, celle des députés et le sénat se réunissent pour élire le président de la République. Il n’y a actuellement aucune candidature présidentielle de gauche à l’horizon. 

Mario Draghi, l’actuel Premier ministre soutenu par une large coalition allant du Parti démocrate à la Lega, est l’un des noms les plus populaires pour la succession de l’actuel président Sergio Mattarella. Un autre nom, véritable cauchemar, pourrait être celui de Silvio Berlusconi, soutenu par le centre droit. 

De notre point de vue, nous avons besoin d’un président garant de la Constitution républicaine et antifasciste née de la résistance partisane. 

Nous ne pouvons pas permettre à Berlusconi, l’homme qui a blanchi l’extrême droite au gouvernement, d’être le prochain président. Pas plus que Mario Draghi qui, avec sa politique de président de la BCE, a affamé les peuples de la moitié de l’Europe, s’exprimant précisément contre le caractère progressiste de ces Constitutions écrites à la suite de la victoire antifasciste de 1945. Cependant, nous sommes bien conscients que cela se passera très différemment et que, le parlement penchant vers la droite, le nom de Draghi pourrait véritablement devenir une réalité.

En tant que Giovani Comunisti, quelles seront vos prochaines actions jusqu’aux élections présidentielles de janvier ?

Il existe de nombreux mouvements sociaux dans notre pays. Dans les semaines à venir, des grèves générales lancées par les syndicats les plus radicaux sont attendues. 

Parallèlement, de grandes manifestations des syndicats traditionnels contre la réforme des retraites et d’autres mesures sociales pourraient suivre. Aussi, il y a les écoles et les universités dans lesquelles notre combat est constant pour garantir le respect du droit à l’éducation et l’accès public et gratuit à l’éducation. 

Le 19 octobre, une mobilisation d’étudiants a eu lieu dans toute l’Italie, c’était une autre façon de réitérer l’opposition à la politique du gouvernement Draghi et la nécessité d’essayer de construire un monde différent et meilleur.

Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde