La guerre en Ukraine expose les femmes aux violences

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La guerre en Ukraine expose les femmes aux violences

Il y a quelques jours, Osez le Féminisme ! relayait dans un tweet une information glaçante : « ukrainienne » était devenu le terme le plus recherché sur les sites pornographiques. La guerre en Ukraine expose les femmes aux pires violences et livre des milliers d’entre elles aux mains de réseaux de traites d’êtres humains.

GPA : ces couples occidentaux qui louent des ventres en temps de guerre

La vidéo a fait le tour du web. Deux femmes, interrogées par BFM TV, se plaignent de la lenteur de l’administration ukrainienne pour faire reconnaître leurs droits parentaux sur l’enfant sorti du ventre qu’elles ont loué. À aucun moment, le sort de la mère n’est pris en considération. Apogée du consumérisme et de la logique capitaliste où tout s’achète y compris le corps d’une femme.

En Ukraine, la GPA est légale depuis 2002. En moyenne, les femmes ukrainiennes touchent 10 000 €. Sur les 40 000 à 60 000 € que paient les couples occidentaux. Un business juteux pour les groupes privés qui se servent au passage en organisant cette location de corps humains. Comme la plus grande entreprise du secteur dans le pays, BioTexCom, qui lance une grande campagne de publicité. « Make babies, not war ».

Cette industrie se nourrit de l’extrême précarité des femmes. Elle repose principalement sur les Ukrainiennes ayant fui la région du Donbass. Des réfugiées à l’intérieur de leur propre pays, plongées dans une situation d’extrême vulnérabilité. Nul doute que la guerre actuelle offre à ces esclavagistes de belles perspectives de recrutement. Si rien n’est fait pour mettre fin à leur ignoble exploitation de la misère. 

Avant la guerre, le journal espagnol El Pais avait récolté des témoignages de femmes prises au piège de cette industrie. Se décrivant traitées « comme du bétail ». Dénonçant l’absence totale de considération pour leur santé par les cliniques privées au service exclusif des « clients » occidentaux. Avec la guerre, la situation s’est empirée. À tel point que même Anne Genetet, la députée LREM des Français de l’Étranger en Ukraine, s’est exprimée contre « les pratiques d’exploitation de la misère humaine ». Auxquelles se livrent les « clients » français venus récupérer leur « achat » en Ukraine.

Prostitution et pornographie : des réseaux criminels esclavagistes

Comme relevé par des associations féministes, l’industrie pornographique est un tel relai des pires violences faites aux femmes que le déclenchement de la guerre a immédiatement provoqué une vague de recherches morbides. Le mot-clé « ukrainienne » est devenu le terme le plus recherché sur les principales plateformes. Dans un tel contexte, cette tendance est évidemment révélatrice de la promotion des plus grandes atrocités humaines par une industrie multimilliardaire.

Avec l’exil imposé à des milliers d’Ukrainiennes, les réseaux prostitutionnels sont à l’affût. Comme l’a illustré le démantèlement d’un réseau de prostitution au sein de l’armée française en octobre 2021, les femmes ukrainiennes sont depuis longtemps exposées aux réseaux de traites d’êtres humains. Après la chute de l’URSS, l’Organisation internationale pour les migrations estimait que 500 000 femmes ukrainiennes avaient été « exportées dans le cadre de la traite vers l’Ouest » depuis 1998. Ce qui en fait le pays d’Europe de l’Est le plus touché par les traites d’êtres humains.

Loin de la hype que les discours ultralibéraux soi-disant prosexe veulent construire autour de la prostitution et de la pornographie, il faut affirmer que ces deux « industries » se nourrissent de l’extrême précarité et des situations les plus violentes. Pour plonger des dizaines de milliers de femmes dans une situation touchant le plus souvent à l’esclavage sexuel. Comme le rappelle la psychiatre Muriel Salmona, la prostitution entraîne des conséquences psychotraumatiques. Comparables à celles observées en cas de guerre ou de torture.

À l’ONU, opposition systématique des États-Unis à la reconnaissance du viol comme crime de guerre

Malheureusement, l’exposition des femmes aux violences sexuelles lors des conflits armés ne fait l’objet que de déclarations de principes à l’ONU. La protection des femmes et la prise en charge des victimes rencontrent une franche opposition. Notamment de la part des États-Unis.

En 2019, l’ONU devait se positionner sur la prise en charge des victimes de violences sexuelles lors de conflits armés. À l’origine d’une résolution ambitieuse dénonçant le viol comme crime de guerre et proposant une prise en charge humanitaire des victimes, les prix Nobel de la paix Denis Mukwege et Nadia Murad ont déchanté. Les États-Unis ont en effet mené un véritable chantage lors du conseil de sécurité. Menaçant de poser leur veto si les dispositions sur la prise en charge des victimes n’étaient pas supprimées. L’argument états-unien à l’époque était totalement délirant, accusant l’ONU de faire la « promotion de l’avortement ». 

Nadia Murad avait pourtant martelé dans son discours l’urgence à protéger les victimes de traite d’êtres humains. Elle soulignait qu’après les crimes commis par Daesh contre la communauté yézidie en Irak et en Syrie « pas une seule personne n’a été traduite en justice pour esclavage sexuel ». Elle a fermement dénoncé l’hypocrisie de la communauté internationale. « Nous prononçons des discours à l’ONU, mais aucune mesure concrète ne suit ». Lors de la même délibération, Denis Mukwege s’interrogeait « Qu’attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes ? » et demandait l’établissement de tribunaux nationaux ou internationaux dédiés aux violences sexuelles. Les États-Unis ont opposé un « non » catégorique à ces propositions. Ils ont imposé la mise au vote d’une résolution expurgée de toute mesure concrète, sur laquelle la Russie s’est abstenue.


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