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SPORT

Paris 2024 : 6 questions à Nicolas Bonnet-Oulaldj

Au retour des Jeux olympiques de Tokyo, le président du groupe communiste au conseil de Paris, Nicolas Bonnet-Oulaldj, pense que Paris 2024 doit être “une grande fête populaire et un héritage pour les générations futures”.

Quels enseignements tirez-vous des JO de Tokyo ?

Nous avons vécu une situation inédite. Les Jeux olympiques ont été reportés, puis maintenus malgré la pandémie et contre l’avis de la population japonaise, ils se sont tenus à huis clos. On aurait préféré une grande fête populaire.

Mais les Jeux olympiques ont redonné envie de sport dans le monde entier, à travers la diffusion télévisée. Les athlètes nous ont transmis beaucoup d’émotions. Des émotions à travers l’histoire des sportifs, dans leurs victoires comme dans leurs défaites.

Grâce aux Jeux, on retrouve l’envie de sport, on retrouve le chemin des stades et de la pratique sportive. On était au point mort après 1 an d’arrêt. Le retour de l’envie de pratiquer le sport dans le monde est une chose extrêmement positive.

Le rendez-vous des Jeux d’été tous les 4 ans montre des sports qu’on ne voit jamais à la télévision. Il met en lumière les inégalités entre les disciplines olympiques, et les inégalités de revenus entre les athlètes. Nombre de sports olympiques n’ont aucun ou très peu d’investissements privés.

De nombreux champions ne vivent pas de leur activité sportive. Certains athlètes vivent avec moins que le Smic. Les Jeux olympiques nous encouragent à les aider, à aider ces sports et ces athlètes, ils posent la question du statut des athlètes afin de pouvoir vivre de leur sport.

La France arrive 8ème au classement. La politique sportive d’un pays joue-t-elle un rôle déterminant dans les performances de ses athlètes ?

La politique nationale a une importance première sur les performances des athlètes. Beaucoup de sports dépendent des fédérations et donc d’un soutien national, pour avoir les moyens de mener la préparation, les entraînements… Cuba finit par exemple 14ème nation avec 7 médailles d’or (au même niveau que le Brésil).

La France fait un très bon résultat, elle finit 8ème avec 33 médailles dont 10 médailles d’or. C’est une des meilleures nations européennes après le Royaume-Uni et au même niveau que l’Allemagne et l’Italie. 

Les excellents résultats de nos équipes féminines et masculines de sports collectifs (rugby, handball, basketball et volley) viennent marquer à jamais l’histoire des jeux et resteront dans notre mémoire collective.

Les bons résultats de nos athlètes aux JO de Tokyo nous invitent à investir fortement dans le sport.

Les Etats-Unis, la Chine, la Russie sont des pays qui ont énormément de réserves de population, et qui investissent beaucoup d’argent dans le sport. En comparaison, la France souffre d’un manque d’investissement public, avec un budget national des sports à seulement 0,12% du budget de l’Etat.

Dans l’immédiat, quels moyens faut-il donner aux clubs, aux fédérations ou encore aux collectivités locales ?

Le parti communiste demande immédiatement le doublement des crédits accordés au sport. D’ici 5 ans, nous voulons consacrer 1% du budget de la nation à la dépense sportive. 

Au lieu de réduire les moyens humains, il faut recruter des cadres techniques, et donc un grand plan d’embauche pour former les jeunes de demain.

Les collectivités territoriales, notamment celles qui sont en banlieue, qui financent principalement le sport, sont impactées négativement par les politiques d’austérité qui les étranglent. Il faut au contraire les aider à soutenir les clubs et développer la pratique sportive. Les champions de demain sont dans les clubs de nos villes, de nos villages qui ont besoin d’investissements conséquents pour développer l’accès de toutes et tous au sport et soutenir le sport de haut niveau.

Une aide à la prise de licence est urgente. Elle serait à hauteur de 50% et sur critères sociaux, comme ça se fait déjà avec le quotient familial dans les communes pour payer la cantine ou le centre de loisir.

Enfin, il faut un plan d’urgence pour les équipements sportifs afin de répondre aux demandes des clubs. Par exemple, aujourd’hui, les élus sont souvent dans l’incapacité de leur donner des créneaux tant il manque de gymnases de proximité pour les sports collectifs qui ont excellé à Tokyo, tels que le volley, le handball, le basket, le rugby.

Au niveau du sport scolaire, que préconisez-vous ?

Les sports collectifs sont traditionnellement des sports scolaires, on a tout à gagner à les développer à l’école. 

L’éducation physique et sportive doit être de 3 à 5 heures obligatoires par semaine, de la maternelle à l’université. Il faudra beaucoup plus de professeurs d’EPS, et de nouveaux équipements pour répondre aux besoins de créneaux. Il faut enfin remettre l’EPS dans les épreuves du brevet, du baccalauréat et du CAP.

L’association sportive (l’UNSS) doit aussi être développée dans tous les établissements, ce qui demande de l’argent, notamment pour organiser ou participer à des rencontres sportives.

Quelle est votre conception de l’héritage des Jeux olympiques ? Qu’est-ce que les Jeux peuvent apporter à la France et à Paris ?

Paris 2024 sera une édition exceptionnelle. Peu de nouveaux grands équipements seront construits, la compétition se fera avec 90% de sites déjà existants. Il y aura un minimum de coûts, ça marque une différence nette avec de précédentes éditions.

Certains sites seront pour une part démontables sur des lieux touristiques comme la Concorde, le Trocadéro ou la Tour Eiffel.

D’autres équipements seront construits, mais ils seront par la suite utilisés par les scolaires et par les clubs. Par exemple, dans le quartier de la Porte de la Chapelle, très marqué par les inégalités d’accès au sport, le club Paris basketball deviendra résident de la salle olympique, liée à un gymnase de proximité pour les écoles.

Nous avons réfléchi à l’héritage des Jeux dans la construction et dans la programmation des sports.

L’héritage, c’est aussi améliorer la qualité de l’eau de la Seine, qui deviendra en été un lieu de baignade. A Vaires-sur-Marne, le bassin pour l’aviron et le canoë-kayak est un bassin public de la région qui servira à tous et toutes, notamment aux scolaires et aux familles en loisir.

A Saint-Denis, on démontre qu’il est possible de réutiliser le stade de France construit pour la coupe du Monde de 1998 dans une nouvelle grande compétition, 26 ans après. 

Le bassin de natation d’entraînement construit pour les Jeux permettra demain de rattraper le retard du département en matière de natation. Le village olympique sera transformé en logements sociaux.

Il s’agit donc d’une candidature exceptionnelle avec des sites temporaires, des sites déjà utilisés et de nouveaux sites qui resteront en héritage. L’utilité des Jeux se traduira pour toute la population.

Du côté politique, quelles difficultés faudra-t-il surmonter ? Y a-t-il un décalage entre les ambitions affichées par le gouvernement et la politique qu’il met en œuvre ?

Très peu d’élus se battent pour le sport. Il y a une vraie bataille culturelle à mener pour l’idée que le sport est un droit essentiel. 

Le sport est souvent utilisé uniquement comme un élément de communication des politiques, alors qu’il y a beaucoup de choses à dire sur le développement d’une pratique sportive pour tous et toutes. Le gouvernement affiche des ambitions pour exister dans le jeu géopolitique entre les puissances, ce qui implique d’obtenir le plus de médailles d’or possible. 

Apprendre le vélo, apprendre à courir, apprendre à nager, à respirer, etc. Ce sont des apprentissages essentiels au même titre que compter et écrire. Ce sont des droits humains ! Le sport est à ce titre un enjeu de société essentiel.

C’est aussi un enjeu de santé publique. Chez les personnes ayant une activité physique régulière, elles ont moins développé de formes graves lorsqu’elles ont eu le Covid. La pratique sportive est très utile chez les personnes les plus exposées à des risques de santé, pour des problèmes de tension, de surpoids, des problèmes cardiaques…

Le sport doit être une priorité pour tous et toutes. On sépare trop la question du sport de haut niveau de celle du sport pour toute la population. Chacun doit au contraire pouvoir viser son meilleur niveau.

S’il on veut vraiment se donner réellement les moyens, on doit doubler les crédits au sport pour soutenir les fédérations et les clubs, faire un grand plan d’embauches de cadres techniques, créer une aide à la prise de licence, lancer un plan d’urgence pour les équipements sportifs, développer le sport scolaire avec des embauches et plus d’horaires…

Il y a un enjeu très fort à défendre l’association sportive. La pratique individuelle se développe, notamment via des applications mobiles, mais l’association, le collectif, ont énormément de bienfaits. L’association permet le lien social, l’apprentissage du respect des règles, la motivation, le plaisir d’échanger et de partager, la camaraderie. Notre politique sportive doit être tournée vers le développement de l’association sportive.

Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde