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1er mai : temps fort des luttes sociales

Pour le mouvement ouvrier dans le monde, le 1er mai est moins la fête du Travail qu’une journée de lutte pour les droits du monde du travail. Retour sur son histoire et sur les revendications actuelles.

Une revendication syndicale historique : réduire le temps de travail

La revendication de limitation du temps de travail a été portée par le mouvement ouvrier dès le début du XIXème siècle. Dans les années 1830, les travailleurs luttent pour limiter la journée de travail à 12 heures, à une époque où ils pouvaient travailleur jusqu’à 17 heures par jour. Ces conditions de travail impitoyables font subir une surmortalité au monde ouvrier. Le patronat, lui, vise l’accumulation de capital la plus rapide possible : les machines ne doivent jamais s’arrêter. En France, ce n’est qu’en 1848 que la loi limite la journée de travail à 12 heures, mais le Second empire met en cause cette victoire.

La Première Internationale (Association Internationale des Travailleurs) porte la revendication de limitation de la journée de travail à 8 heures, dès les années 1860. Les ouvriers américains organisent une grève le 1er mai 1886 très suivie. A Chicago, la grève générale se poursuit jusqu’au 4 mai : la police massacre les ouvriers, un procès est organisé pour condamner à mort 8 ouvriers. En 1889, le congrès ouvrier socialiste international appelle à l’organisation d’un journée de lutte pour la journée de 8 heures tous les 1er mai dans tous les pays.

Les grèves le 1er mai sont réprimées, notamment à Fourmies en 1891 où la police fusille 10 manifestants. Après la réduction de la journée de travail à 10 heures et le repos dominical obligatoire, c’est en 1919 que le mouvement ouvrier français réussit à imposer la journée de 8 heures dans la loi. En Russie soviétique et d’autres pays comme la France, le 1er mai devient un jour chômé.

En mai 1936, le mouvement de grèves et d’occupations d’usines ainsi que le Front populaire imposent la semaine de travail de 40 heures et 2 semaines de congés payés. Le patronat réplique en 1938 avec le gouvernement Daladier qui remet la semaine de 48 heures, puis de 60 heures. Après la dissolution de nombreux syndicats CGT et l’interdiction du parti communiste, le patronat soutient largement la collaboration avec l’Allemagne nazie qui lui permet d’exploiter librement les travailleurs sans avoir les syndicats dans les pattes. Pétain mystifie le 1er mai en “Fête du Travail et de la Concorde sociale” pour promouvoir le corporatisme.

A la Libération, le semaine de travail de 40 heures fait son retour : le patronat s’est délégitimé dans la collaboration alors que le mouvement ouvrier a largement contribué à la résistance. En 1947, le ministre du Travail communiste Ambroize Croisat ré-institue le 1er mai chômé et payé. 

Mais en 1948, le début de la guerre froide fait que la loi reprend la dénomination pétainiste de “fête du travail” le 1er mai. La durée du temps de travail augmente progressivement, malgré l’obtention d’une troisième semaine de congés payés, jusqu’aux grèves de mai et juin 1968 qui réimposent l’objectif de réduction du temps de travail à 40 heures par semaine et permettent aux députés communistes de faire voter une quatrième semaine de congés payés. Suite à la victoire de l’union de la gauche, l’année 1982 instaure la durée de travail de 39 heures par semaine et la cinquième semaine de congés payés. Depuis, malgré la loi des 35 heures en 2000, la durée de travail augmente pour les salariés en temps complet et le temps partiel imposé s’accroît. En France, la CGT porte aujourd’hui la revendication d’une semaine de travail de 32 heures sans baisse de salaire, pour travailler mieux et pour réduire le chômage.

Un 1er mai 2020 confiné

L’ampleur de l’épidémie mondiale du virus Covid-19 a imposé un confinement et une distanciation sociale entre les gens. La journée revendicative du 1er mai ne prendra pas la forme de manifestations dans les rues. Pourtant, il y a beaucoup à revendiquer.

Les luttes sociales les plus récentes portent l’augmentation générale des salaires et en particulier du SMIC, à la fois pour pouvoir simplement vivre de son travail et pour le revaloriser. Le mouvement des gilets jaunes, celui des soignants ou celui des enseignants l’avaient dit haut et fort, mais la crise sanitaire montre avec encore plus de force l’urgence d’augmenter les salaires des travailleurs qui font vivre le pays et sans qui rien ne tournent.

Retraites également. Le rejet largement majoritaire du plan de réforme des retraites s’est exprimé par une grève interprofessionnelle extrêmement suivie et prolongée. Encore une fois, ce sont les professions qui se sont le plus mobilisées contre la réforme des retraites qui sont indispensables pendant le confinement : soignants, cheminots, agents des transports publics, enseignants, éboueurs, etc. L’exigence montante d’une priorité politique donnée à la santé implique des carrières plus courtes, la prise en compte de la pénibilité du travail, le financement de la sécurité sociale dans son ensemble.

Le gouvernement a une fois de plus cédé au patronat en profitant du confinement pour mettre en oeuvre des mesures dérogatoires au droit du travail : temps de travail, congés, RTT, tout y passe. Il faudrait au contraire démocratiser les entreprises en donnant des droits de gestion aux salariés plutôt qu’à ceux qui ne cherchent que la rentabilité.

Le confinement rappelle aussi le risque de chômage qui pèse sur les salariés. Le gouvernement a dû suspendre sa réforme de l’assurance chômage pour limiter les dégâts. On voit l’urgence à sécuriser les emplois des salariés, en particulier face à la crise économique, pour éviter les pertes ou les baisses de salaires. Cela passe par l’interdiction des licenciements au service de la rentabilité et un contrôle administratif par l’inspection du travail des licenciements.

Les mesures sanitaires que doivent prendre les entreprises qui ré-ouvrent démontrent que c’était une erreur de supprimer les comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), une erreur d’affaiblir les prud’hommes, une erreur d’affaiblir l’inspection du travail. Cette dernière est d’ailleurs particulièrement attaquée par le gouvernement qui fait pression sur les agents. L’intersyndicale a dénoncé une violation de la convention 81 de l’organisation internationale du travail (OIT) quand le ministre a interdit aux agents de faire des contrôles.

Plus généralement, c’est la question de la justice sociale qui monte. Il devient de plus en plus incompréhensible de verser des aides publiques ou exonérer de cotisations sociales des entreprises qui versent des dividendes ou qui échappent à l’impôt. L’aveu du gouvernement sur le sujet ne fait pas oublier que ce gouvernement a doublé le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) versé aux grandes entreprises sans aucunes contreparties sociales et écologiques, ou qu’il a refusé à maintes reprises de combattre l’évasion fiscale. Le mouvement social pousse à une mise en cause profonde de l’utilisation capitaliste de l’argent public et de l’argent des entreprises.

On voit l’importance de développer les services publics, mais aussi de réindustrialiser le pays, notamment en créant des filières publiques dans les secteurs stratégiques de l’économie (comme la production de matériel de santé), en lien avec le développement de la recherche publique.

Enfin, la crise économique met en danger les jeunes, dont l’emploi est déjà bien souvent une variable d’ajustement et qui subissent les contrats précaires, les bas salaires et le sous-emploi. Les jeunes salariés de moins de 18 ans, les apprentis, les alternants de moins de 26 ans subissent un salaire minimum minoré.  Alors que les jeunes n’obtiennent en moyenne un contrat à durée indéterminée qu’à 29 ans, les jeunes salariés sont très exposés aux risques de licenciements qu’implique une réponse capitaliste à la crise économique. Le revenu de solidarité active (RSA) n’est pourtant accessible qu’à partir de 25 ans. Les jeunes aspirent au contraire à un emploi stable et sécurisé, rémunéré au moins au SMIC, pour construire leur vie et à d’autres critères d’embauche.

Salaires, retraites, droit du travail, sécurisation de l’emploi, justice sociale, services publics, reconquête industrielle, emploi des jeunes…, les revendications et les luttes se multiplient. Le 1er mai restera nécessairement un temps fort pour les exprimer.