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Etudier au Royaume-Uni sans le programme Erasmus ?

Après l’accord du Brexit obtenu le 24 décembre 2020, le Royaume-Uni s’est retiré officiellement du programme d’échange Erasmus. 

Terminus pour Erasmus

Le retrait du Royaume-Uni d’Erasmus constitue un nouveau recul pour les étudiant.e.s britanniques comme internationaux au Royaume-Uni. La possibilité de faire un échange et de vivre une expérience à l’étranger est désormais largement compromise, du moins pour un.e étudiant.e qui paie déjà des frais de scolarité s’élevant à 9250 livres, soit environ 10 450 euros par an dans l’enseignement supérieur britannique.  

De fait, de nombreux.ses étudiant.e.s dépendent déjà de prêts pour financer leurs études au Royaume-Uni, sans même parler du financement d’études à l’étranger d’Erasmus dont les étudiant.e.s même précaires pouvaient bénéficier auparavant. Du fait que cette brusque rupture ait eu lieu après plus de 33 ans de programme d’échange européen, cette situation met en lumière une inégalité entre générations d’étudiant.e.s. 

Les étudiant.e.s né.e.s après juin 1998 ont déjà été majoritairement exclu.e.s du vote lors du référendum sur le Brexit le 23 juin 2016, mais en paient maintenant le prix par rapport à leurs aîné.e.s qui ont eu le droit de participer à Erasmus+. 

Cette indifférence envers les étudiant.e.s concerné.e.s est mis en évidence par leur propre gouvernement : Suella Braverman, Procureure générale pour l’Angleterre et le Pays de Galles (Conseillère juridique du gouvernement britannique) et députée pour le parti Conservateur, a voté contre le maintien du programme Erasmus au parlement en janvier 2020, malgré le fait qu’elle-même avait bénéficié du programme Erasmus pendant ses études, à l’instar de nombreux autres membres de son parti.

Suivant les données d’Erasmus+, le Royaume-Uni est l’une des destinations les plus prisées jusqu’en 2020 parmi les 34 États participants à ce moment-là. Cet échange favorise la découverte d’autres pays et cultures qui peuvent avoir une place importante au sein du parcours d’un.e étudiant.e britannique, avec notamment les formations de langues et cultures étrangères. 

Jusque-là, cet échange permettait aussi de favoriser un partage multi-national pour les étudiant.e.s britanniques dans le cadre de leur université. A partir de 2021, un.e étudiant.e britannique qui souhaite passer une année dans une université étrangère se trouve face à des frais supplémentaires tels que les visas et les frais d’inscriptions dans l’université souhaitée. Ces frais n’affecteraient pas autant un.e étudiant.e disposant d’un soutien financier de la part de sa famille qu’un.e étudiant.e qui est déjà précaire.

Avant le Brexit, un désamour progressif pour Erasmus…

Face à la popularité du Royaume-Uni en tant que destination, Campus France indique qu’il y a “8 fois plus d’étudiants accueillis au Royaume-Uni que d’étudiants britanniques en mobilité sortante”, la question de l’intérêt des étudiant.e.s britanniques peut ainsi se poser : est-ce simplement un manque de motivation à la mobilité de la part des Britanniques ? Ou cette différence pourrait-elle être dû au manque de financements ou de communication de la part des universités britanniques à destination de leurs étudiant.e.s ? 

Si l’on se tourne vers la population qui a pu s’exprimer au référendum, la plupart des grandes villes étudiantes ont voté contre le Brexit, sous-entendant un attachement à une culture de l’échange par le biais de leurs universités participant au programme Erasmus. Les zones rurales, moins attrayantes pour les jeunes diplomé.e.s, ont majoritairement voté pour. 

Dans la société anglo-saxonne, le programme Erasmus+ a eu une connotation plutôt bourgeoisie, à l’instar des études supérieures en général. Ce programme d’échange culturel et universitaire rappelle dans la culture britannique la tradition du « Grand Tour », coutume des jeunes aristocrates et jeunes hommes européens aisés d’entreprendre un voyage en Europe afin de se cultiver dans les arts et les langues classiques entre les XVII° et XIX° siècles. En conséquence, la notion de classe sociale occupe une place symbolique et matérielle qui demeure importante au niveau de l’éducation supérieure. 

Beaucoup d’étudiant.e.s ne sont pas encouragé.e.s à participer au programme Erasmus+ en raison de ces facteurs, pourtant de plus en plus nombreux.ses à prendre part à la mobilité internationale. Selon Campus France, le nombre d’étudiant.e.s en mobilité avait augmenté de +33 % entre 2012 et 2017.

Le manque d’intérêt professionnel pour les langues étrangères, dévaluées dans un contexte global majoritairement anglophone, est peut-être l’une des raisons pour lesquelles les étudiant.e.s britanniques sont si peu nombreux à partir. 

Ce facteur est à mettre en évidence par rapport à l’évolution de la politique de l’enseignement des langues vivantes au Royaume-Uni. Depuis 2004, sous le gouvernement de Tony Blair et du mouvement New Labour, en Angleterre, au Pays de Galle et en Irlande du Nord, les langues vivantes ne sont plus obligatoires à partir du Key Stage 4, l’équivalent de la classe de troisième en France et donc ne sont pas obligatoires pour l’obtention du GCSE, l’équivalent du Brevet des Collèges. 

Le fait de ne plus obliger les élèves à participer aux cours de langues vivantes semble avoir un effet sur leur intérêt de découvrir d’autres pays et cultures quand ces élèves continuent leurs études à l’université. 

En plus de cette réforme, seulement 32% des jeunes britanniques âgés.e.s entre 15 et 30 ans disent être capables de lire ou écrire en plusieurs langues, comparé à 79% en France et à 89% en moyenne dans l’Union européenne, selon une enquête en 2018, menée par The Higher Education Policy Institute (Institut de Politique de l’Enseignement Supérieur). 

Le même institut a aussi recensé que moins de la moitié des élèves suivent un cours de langue étrangère au GCSE (brevet) en 2020, contre 76 % en 2002. On observe que ce manque d’intérêt pour les langues et cultures étrangères est antérieur au Brexit. Cette situation demeure l’argumentaire du gouvernement britannique, qui estime que les étudiant.e.s étranger.e.s sont les seul.e.s à réellement profiter des échanges au Royaume-Uni alors que les leurs ne s’y intéressent que très peu. 

Erasmus a-t-il un avenir au Royaume-Uni ?

En janvier 2020, Boris Johnson expliquait que le Royaume-Uni était “perdant” sur le plan financier en raison du nombre plus important de ressortissants de l’UE venant étudier au Royaume-Uni.

Ainsi, comme beaucoup de décisions liées au Brexit, elles sont fondées sur ce que le gouvernement britannique juge comme étant rentable pour la population britannique uniquement. En outre, le programme d’échange Erasmus+ ne se limite pas aux pays membres de l’UE, tout comme la Turquie et la Norvège. Mais, ce programme est un élément important dans  le cadre du “soft power” au sein de l’UE qui permet une unité dans l’éducation supérieure au sein de la région, une unité que le Royaume-Uni remet en question sur le plan de l’unité financière et de la formation.

Dans les universités françaises, la situation politique et sanitaire européenne a considérablement impacté les échanges. À Toulouse, l’Université Toulouse Jean Jaurès, présentant une importante faculté de langues étrangères, enregistrait depuis 2016 une soixantaine d’étudiant.e.s entrant.e.s britanniques chaque année, l’annulation en cascade des échanges a provoqué une chute de moitié. Si l’on considère le nombre de formations et de départements accessibles aux étudiant.e.s britanniques, dont un département spécialisé en Cultures Anglo Saxonnes, les effectifs d’entrant.e.s Erasmus restent faibles.

Les universités s’adaptent autrement en utilisant les outils pédagogiques en ligne afin de réaliser des projets avec des universités étrangères sans devoir se déplacer. D’un point de vue financier, au vu des changements liés à l’immigration sous le Brexit, ce serait un moyen, même s’il n’est pas idéal de continuer une forme d’échange entre les étudiant.e.s britanniques et européen.ne.s, comme à l’échelle internationale.

L’exception au départ britannique d’Erasmus concerne les étudiants de l’enseignement supérieur en Irlande du Nord, qui pourront, eux, prendre part à des activités d’échange une fois que le gouvernement de la République d’Irlande aura accepté de parrainer leur participation. 

Le projet du gouvernement britannique, afin de compenser cette perte du programme d’échange Erasmus, serait de créer leur propre programme qui porterait le nom du mathématicien britannique, Alan Turing. Ce nouveau programme d’échange aurait pour but de financer la mobilité vers des pays étrangers. Mais ce programme sera financé exclusivement par le gouvernement britannique, et non pas à travers les contributions de plusieurs pays coopérants. 

En tant que tel, le programme aide à la mobilité des étudiant.e.s britanniques pour un départ à l’étranger, mais n’inclut pas d’ouverture particulière aux étudiant.e.s étranger.e.s. Ce format semble discriminatoire du fait que d’autres états offriraient une expérience à l’étranger aux étudiant.es britanniques, sans pour autant permettre la possibilité de venir étudier aussi facilement au Royaume-Uni. Pour l’instant, le projet en est à ses balbutiements et vise, selon le ministère de l’éducation, la possibilité pour 35 000 étudiants britanniques de participer au Programme Turing dès le début de la nouvelle année universitaire en septembre 2021, pour une mise en chantier estimée à 100 millions de livres (environ 114 millions d’euros).