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Social-Eco

La Commune de Paris : la Semaine Sanglante

Une référence historique à l’échelle mondiale  

Chaque année, la Montée au mur des Fédérés marque la commémoration de la fin de la Semaine Sanglante qui coûta la vie à près de 30 000 Parisien·ne·s au terme d’un massacre d’une cruauté extraordinaire. À ce nombre s’ajouteront les 36 000 communards arrêtés en 1871 pour être déportés au bagne dans les colonies, comme ce sera notamment le cas de Louise Michel. La Commune de Paris aura duré 72 jours. Karl Marx y voit « un nouveau commencement de portée historique », la définissant comme « l’enfant intellectuel de l’Internationale » qui naît à peine six ans plus tôt en 1864 alors que Marx achève le Livre 1 du Capital, à Londres. Au même moment, la classe travailleuse se transforme sous l’effet de l’industrialisation. L’identité ouvrière de la classe travailleuse s’affirme, tendant peu à peu à éclipser l’idée de « métier » propre à l’artisan qui connaît un déclin au même moment. 

Une difficile réhabilitation 

Le 15 décembre 2015, le Conseil de Paris, soutenu par plusieurs conseils d’arrondissement (dont ceux du XXe et du XIe), vote le projet d’une station de métro « Belleville-Commune de Paris 1871 ». La RATP juge le projet « irréalisable » en arguant qu’un changement de nomenclature risquerait de « perturber les usagers du métro ». Au même moment, par la voix de la presse, la Présidente de région et du Syndicat des Transports de l’Île-de-France, Valérie Pécresse, exprime le souhait que la station Europe devienne la station « Europe-Simone-Veil ». L’Association des Amies et Amis de la Commune conteste la décision relative à la station Belleville qui laisserait supposer « qu’il est des personnalités légitimes et des événements tabous ». De plus, elle juge que la décision est « en deçà de la volonté proclamée par la représentation nationale » dans la résolution du 29 novembre 2016 qui affirme qu’il est « nécessaire que soient mieux connues et diffusées les valeurs républicaines portées par les acteurs de la Commune de Paris de 1871 ». Selon l’association, en réaffirmant « la nécessité de faire connaître la réalité de la Commune et de promouvoir ses valeurs », la résolution porte une exigence qui va même au-delà de la réhabilitation des victimes de la répression.

La présentation lacunaire, « pudique », du chapitre de la Commune dans les manuels scolaires tend à confirmer l’existence d’un tabou autour des événements de la Semaine Sanglante. C’est ce que dénonce l’association des Amies et Amis de la Commune, qui organise chaque année des visites du Montmartre révolutionnaire, l’un des théâtres les plus importants des événements de la Semaine Sanglante. Ainsi, comme le souligne l’association, le grand public « connaît mal l’histoire de la Commune de Paris », n’en retenant souvent guère plus que l’incendie des « plus beaux monuments de Paris » par les communards. 

Homogénéité de discours 

Dans un article du Bulletin des Amies et Amis de la Commune, l’association offre une analyse succincte des raisons qui motivent un tel état de fait. L’article pointe une tendance à la « désinformation systématique » dans les manuels scolaires et rappelle également que les problèmes politiques de cette période de l’histoire, loin de s’être éteints avec l’écrasement de la Commune de Paris, perdurent jusqu’à aujourd’hui. L’association souligne la continuité d’une certaine « homogénéité » du discours des manuels scolaires qui perdure malgré les changements d’époque et les mutations de la société depuis 1881. Pour l’association, le discours des programmes scolaires procède par « une savante sélection » d’informations triées de façon à passer sous silence d’autres éléments susceptibles de dépeindre la Commune sous un jour trop mélioratif. 

Les manuels scolaires ont de longue date fait l’objet d’une lutte acharnée. Ils sont le théâtre de tous les affrontements d’idées. Des critiques de plus en plus nombreuses s’élèvent du côté des militant·e·s et des intellectuel·le·s pour dénoncer la reproduction scolaire de tabous liés à divers épisodes de l’histoire moderne et contemporaine. Malgré les quelques 149 ans qui nous séparent aujourd’hui des événements de la Semaine Sanglante, il est évident qu’il existe toujours un plafond de verre idéologique au-dessus de cet événement décisif de l’histoire politique moderne. Il apparaît donc évident que la Commune de Paris est un lieu de cristallisation névralgique des batailles d’idées pour la défense des conquis sociaux. 

Socle historique des luttes d’aujourd’hui dans la discussion générale autour de la résolution du 29 novembre 2016, le député communiste Jean-Jacques Candelier présente et détaille quelques mesures de la Commune de Paris, dont « le Droit de vote des étrangers, la démocratie dans l’entreprise, l’éducation et formation pour tous, la laïcité, l’égalité hommes-femmes, réquisition des logements vides pour les mal-logés, sauvegarde et développement des services publics ». Cette liste de mesures adoptées sous la Commune frappe par son caractère d’actualité en posant les bases de nombre de conquis sociaux qui ne seront arrachés de haute lutte que bien plus tard, au cours du XXe siècle.