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3 mois d’attente et 200 € pour les jeunes

Le gouvernement actuel n’a jamais manifesté un grand intérêt pour les politiques jeunesse, il avait même supprimé le ministère dédié en 2017. Les conséquences de la crise actuelle sur les jeunes font une nouvelle fois l’objet d’un traitement minimal. 

Un désintérêt manifeste

La suppression du ministère de plein exercice en 2017 s’était accompagnée d’un rattachement d’une partie des compétences au ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, en octobre 2018, Gabriel Attal est nommé secrétaire d’État à la jeunesse devant ainsi le plus jeune membre d’un gouvernement de la cinquième république. Sur le plan des politiques, peu d’évolution. Le conseil d’orientation des politiques jeunesse créé à la fin du quinquennat Hollande a d’ailleurs dû ronger son frein pendant le début du quinquennat. Depuis il a été saisi sur plusieurs sujets bien que ses membres attendent toujours un hypothétique temps interministériel dédié aux politiques jeunesse.

Deux engagements du candidat Macron concernant les jeunes sont en cours de déploiement, le très décrié Service national universel d’une part et le passe culture d’autre part. Le premier a connu un démarrage laborieux et très limité l’année dernière, il devait monter en puissance cette année, à défaut de pouvoir lui trouver une utilité. Son coût final suscite toujours de nombreuses interrogations sur la possibilité de réellement l’étendre à l’ensemble des jeunes d’une classe d’âge. Le second est en test depuis plus d’un an sans que son avenir semble fixé. L’application mobile doit permettre à chaque jeune de recevoir 500 € à ses 18 ans à dépenser dans des services et biens culturels. Il semble que l’État peine à trouver des acteurs culturels prêts à le financer sans que les gros du secteur se taillent la part du lion.

Si plusieurs réformes éducatives majeures ont été mises en place depuis 2017, les jeunes comme sujet politiques n’ont pas été pris en compte par le gouvernement. Pourtant en décembre dernier, la tentative de suicide d’un étudiant précaire a mis en lumière la détresse d’une partie des jeunes. Un numéro vert plus tard annoncé par la ministre de l’Enseignement supérieur et le sujet était oublié. 

Les jeunes victimes indirectes du Covid-19

Il ne fallait pourtant pas être un grand théoricien pour se douter que l’arrêt brutal de l’économie pour lutter contre l’épidémie allait s’avérer plus particulièrement problématique pour les jeunes. Plus souvent dans des contrats précaires, disposant de revenus plus faibles et d’une épargne bien souvent inexistante, ils sont de plus exclus de certains minima sociaux. C’est notamment le cas du RSA qui n’est accessible qu’aux plus de 25 ans. Les jeunes sans-emploi sans droit à une allocation chômage se sont trouvés ainsi privés de toute ressource alors même que la possibilité de trouver un emploi a été fortement réduite par les mesures de confinement.

Pour les étudiants, la situation est peut-être encore davantage absurde. La fermeture de l’ensemble des services publics de restauration universitaire a exposé les plus précaires d’entre eux à la faim. Le scandale est d’autant plus important que tous les acteurs de la solidarité signalent depuis des années la hausse du nombre d’étudiants disposant de très faibles ressources. Les collectivités locales, des associations et les différents fonds de soutien d’urgence ont été mobilisés pour bricoler des solutions pour éviter le pire. Une fois de plus, le gouvernement a été aux abonnés absents. L’annulation des loyers dans les cités U n’aura pourtant pas pesé grand-chose aux regards de milliards déjà versé dans les plans d’urgence. La réouverture des restaurants universitaires dans de bonnes conditions sanitaires aurait pu également être étudiée.

Il faut enfin souligner que l’allocation chômage demeure incompatible avec le statut d’étudiant et que de nombreux étudiants salariés sont ainsi privés de ressources à la fin de leur contrat.

L’annonce tardive du Premier ministre

Il aura fallu attendre le lundi 4 mai pour que le Premier ministre présente lors de son plan de déconfinement une aide spécifique à destination des jeunes. Sept semaines pour prendre en compte la situation de dizaines de milliers de jeunes plongés parfois dans la plus grande misère. Cette longue attente aura été marquée par l’annonce d’une aide d’un montant bien modeste, 200 euros, qui sera versée à la mi-juin.

Pour les étudiants l’aide est conditionnée à une perte de revenu, liée à la perte d’un emploi d’au moins huit heures semaine, l’arrêt ou l’annulation d’un stage donnant lieu à une gratification. Pour les Ultramarins, l’aide sera versée à tout étudiant resté en métropole. 

Pour les jeunes de moins de 25 ans, l’aide sera automatiquement versée par la CAF à ceux qui perçoivent les APL.

L’aide représente une bouffée d’air quoiqu’il en soit pour ces jeunes. Le montant, le délai et le fait qu’aucun autre dispositif n’est mis en place viennent une fois de plus illustrer le désintérêt de ce gouvernement pour les jeunes.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde