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Affaire Ferrand : la démonstration de la supériorité de la sécu sur les mutuelles

Il y a plein d’avantages à être dirigeant. Notamment pouvoir faire acheter un immeuble par sa femme pour le louer ensuite à sa société. Maintenant qu’on a une illustration de l’utilisation de l’argent des assurés des mutuelles, on comprend mieux pourquoi ces gens veulent démanteler la sécurité sociale.

Les faits

Directeur général d’une mutuelle, Richard Ferrand alors en recherche de nouveaux locaux, a soumis au conseil d’administration un devis pour la location d’un bâtiment auprès d’une Société civile immobilière (SCI). La SCI en question n’était alors même pas créée et appartenait à 99% à sa femme et à 1% à un ami à lui.

Une fois le contrat de location signé avec la mutuelle, la SCI a pu alors contracter un emprunt à un taux préférentiel, et sans apport, pour acquérir l’immeuble en question. La mutuelle investira même de sa poche pour rénover le bâtiment. La femme de M. Ferrand a donc pu ainsi à partir d’un investissement nul, sans apporter aucun travail ni prendre le moindre risque, gagner une jolie plus-value.

L’opération, bien que douteuse moralement est semble-t-il parfaitement légale. Cependant la légalité de l’opération n’est finalement pas vraiment le problème.

Un fonctionnement de caste

La réaction du gouvernement a été pour le moins surprenante. Alors que tout à chacun peut constater le caractère malsain d’une telle opération. Au cours de laquelle, le directeur d’une mutuelle s’enrichit, via sa femme, sans aucun effort, sur le dos de sa boite.

Le gouvernement du renouveau, de l’innovation et des start-up n’a eu d’autre réponse que de mettre en avant la légalité de l’opération. Comme M. Fillon sur l’emploi de sa femme il y a quelques mois.

Ce n’est finalement guère étonnant. M. Macron pistonné dans une banque d’affaire s’y est à l’époque montré peu brillant. Son plus gros contrat, il le décroche via son mentor M. Attali, il s’agit alors de la recapitalisation du groupe Le Monde.

C’est un comportement de caste. Ceux qui viennent expliquer aux jeunes qu’ils doivent rêver d’être milliardaire, qu’ils doivent oser entreprendre, brillent rarement par leurs propres prises de risque. Ils profitent d’une économie capitaliste à leur service, sans même se rendre compte des facilités qu’ils y rencontrent.

Qui peut espérer en investissant 100€ dans un SCI, obtenir un contrat de location, un prêt aux conditions avantageuses, pour multiplier par près de 3000 cet investissement de départ, en seulement quelques années ?

Les mutuelles, c’est le profit sur le droit à la santé

Dans ce cas, il s’agit en plus d’une mutuelle. Ce gouvernement prévoit, notamment à travers des réductions de cotisations, de s’attaquer à la sécurité sociale. En faisant ainsi, le but n’est pas que les gens assument directement le coût de leurs problèmes de santé.

Le but est qu’une part de la richesse, aujourd’hui directement mobilisée pour répondre aux besoins en matière de santé, passent par les mutuelles. La sécurité sociale est un trou noir pour le système capitaliste. La richesse qui y est envoyée ne peut pas faire l’objet de profit.

La sécurité sociale est également un modèle d’efficience avec seulement 4% de son budget destiné à ses coûts de gestion. A titre de comparaison les frais de gestion des mutuelles sont en moyenne à hauteur de 17%. C’est dans ce delta de 13% que se trouve l’enrichissement de Mme Ferrand et l’intérêt de ceux qui veulent la peau de la sécurité sociale.

Si la sécu avait été renforcée à la hauteur des besoins, il n’y aurait pas besoin de mutuelles et M. Ferrand n’aurait pas pu faire créer une SCI à sa femme pour s’enrichir sur le droit à la santé.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde