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Aides sociales, Bercy joue avec le feu

Dans le cadre de la réduction des dépenses publiques – comprendre l’austérité – le ministère de l’économie compte s’attaquer aux aides sociales. Autrement dit, selon le gouvernement, pour financer les exigences des marchés il faudrait aller se servir dans les poches des plus démunis.

Des révélations inquiétantes confirmées par le ministre

L’information est tombée vendredi dernier, Bercy envisage de réduire le montant des aides sociales. Dans une note interne que le Monde s’est procurée, la direction du budget avance des pistes dans le sens de la révision à la baisse du montant de certaines prestations sociales.

Dans la synthèse du document nommée « Transformer les prestations sociales », des pistes très inquiétantes sont envisagées pour faire des économies sur celles et ceux qui sont dans le besoin et qui survivent tant bien que mal avec les maigres ressources de ces dites prestations.

Interrogé à ce propos dimanche à la radio, le ministre de l’économie Bruno Le Maire, a confirmé que ces projets étaient sur la table :

“Le volet social, c’est 50% de la dépense publique. Expliquer qu’on va réduire la dépense publique sans rien toucher aux aides sociales ce ne serait pas cohérent et pas juste ni lucide vis-à-vis des Français”

Les plus démunis pris pour cibles

Cohérents avec la politique menée depuis un an par le gouvernement, sans nul doute ces projets le sont. Le ministre argue du fait que l’objectif est de “traiter” le problème “à la racine”. Il ne parle pas des mauvaises herbes mais des inégalités, que le gouvernement aurait pour projet de réduire grâce à de bons résultats économiques – à savoir la reprise de l’emploi – qui rendraient superflues les aides sociales. Pour ce qui est de la lucidité donc on repassera.

Et pour ce qui est de la justice, on repassera aussi. Minimum vieillesse, personnes dépendantes, chômeurs en fin de droits, étudiants, allocataires des APL, parmi les pistes envisagées ce sont les plus précaires et les plus fragiles qui sont visés. Là encore cela reste très cohérent de la part de ceux qui s’appliquent depuis le départ à satisfaire l’appétit toujours plus grand de leurs amis patrons, banquiers et actionnaires.

Dans le viseur d’abord l’AAH (allocation adultes handicapés) et l’APA (l’allocation personnalisée pour l’autonomie). Pour la première, dans un langage dont seules les administrations de ce type ont le secret, il s’agirait de maîtriser les “flux” et de revoir de façon régulière le “stock”. Autrement dit, réviser les critères d’attribution pour que l’aide soit accordée à moins de personnes et se réserver la possibilité de la retirer à celles qui en bénéficient. La deuxième ferait à l’heure actuelle l’objet d’une trop large distribution et devrait donc être “recentrée sur les publics prioritaires”. L’APA est destinée aux personnes âgées, et compte-tenu du vieillissement de la population les besoins sont logiquement croissants. On comprend donc vite qu’une réduction du nombre d’allocataires ne peut mener à autre chose qu’à une catastrophe.

Nouvelles attaques contre les étudiants

La baisse de 5 euros des APL décidée par le gouvernement n’était visiblement qu’un échauffement. Celles-ci sont à nouveau prises pour cibles par Bercy, en particulier celles des étudiants. Alors que ces derniers sont une population particulièrement précaire et que bien souvent leurs APL constituent un revenu essentiel pour survivre, proposition est faite de s’attaquer à cette ressource. Les arguments sont sensiblement les mêmes, ils s’agirait de cibler davantage les bénéficiaires en modifiant les critères d’attribution, donc concrètement là encore réduire le nombre d’allocataires. Une autre mesure est envisagée dans le même esprit, rendre impossible le cumul part fiscale et APL, c’est-à-dire les forcer à choisir entre leur allocation ou le rattachement au foyer fiscal des parents. Dans un cas comme dans l’autre il y a donc forcément un perdant au final.

Autre enjeu de taille et qui revient à chaque quinquennat sur la table de l’austérité, les bourses étudiantes sur critères sociaux. Du fait du développement de la démographie et de la démocratisation de l’enseignement supérieur, la précarité étudiante s’est considérablement accentuée. Le système actuel de bourses, s’il représente un investissement public conséquent, est pourtant très largement insuffisant au regard des besoins. En témoigne le fait qu’un étudiant sur deux soit contraint de se salarier pour financer ses études, première cause d’échec à l’université. Ainsi le taux de boursiers n’est actuellement que de 27 % des étudiants. C’est trop pour le ministère où l’on préconise là encore d’« accroître le ciblage » en abaissant les plafonds de ressources, de  geler les revalorisations des barèmes et de « renforcer le contrôle d’assiduité », ceux qui n’iraient pas en cours étant susceptibles de perdre l’aide.

La logique libérale poussée à l’extrême

On ne sait pas à l’heure actuelle lesquelles de ces pistes seront retenues. En revanche celles-ci s’inscrivent dans la plus libérale des logiques. Elles ne visent qu’à satisfaire un intérêt immédiat et court-termiste d’économie au détriment de l’avenir que représentent les jeunes en formation pour le pays d’une part. Et d’autre part en aggravant le sort réservé aux personnes isolées, en situation de dépendance ou de pauvreté, comme en témoignent les recommandations également faites au sujet du RSA, de l’allocation de solidarité spécifique (pour les chômeurs en fin de droits), du minimum-vieillesse, de la prime d’activité et les prestations familiales.

Ces mesures sont également très idéologiques, comme nous y a habitués le président de la République, et sont aussi des gestes symboliques qui ont vocation à satisfaire les intérêts de la classe dominante, quelles qu’en soient les conséquences sur la vie des millions d’individus concernés.

Quoi qu’il en soit, ces sujets sont extrêmement sensibles. S’attaquer frontalement aux dispositifs d’aides sociales revient à s’en prendre à celles et ceux qui n’ont déjà rien et dont le nombre croît. Quand cela intervient en parallèle d’une longue série de cadeaux faits aux riches et aux puissants, dans un contexte où les inégalités n’ont jamais été aussi fortes, de tels choix ne peuvent que rendre la situation explosive.

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