L’apprentissage de Fillon, l’exploitation bruteDomaine public | CC0
Éducation

L’apprentissage de Fillon, l’exploitation brute

Les jours passent et la campagne présidentielle prend de plus en plus de place dans le pays. La crise du capitalisme s’accentuant quotidiennement, chaque candidat se lance dans les propositions « neuves et chocs » prétendant en finir avec le chômage de masse et redonner un avenir à la jeunesse. Depuis des années, les libéraux de tous bords nous assènent la même idée miracle : l’apprentissage serait la voie royale pour permettre à la jeunesse de se construire un avenir ; il faudrait en finir avec l’éducation nationale et la formation continue pour favoriser au maximum l’alternance.

Dans ce flot de propositions, François Fillon, parangon du libéralisme décomplexé, s’attaque fortement au sujet que l’on retrouve évoqué dans de multiples axes de son programme : éducation, emploi, compétitivité, emploi des jeunes (on notera que emploi et emploi des jeunes sont deux rubriques différentes, ce qui en dit long sur la vision du candidat de la droite) ou encore entrepreneuriat. Ces mesures, que nous exposerons en détail, sont la synthèse entre la volonté de détruire tout contrôle de l’État sur les formations pour les livrer aux chefs d’entreprises, de fournir à ces derniers une main d’œuvre docile et flexible et une profonde méconnaissance des réalités de l’apprentissage dans notre pays.

En France, être apprenti se définit par le fait d’être un jeune professionnel, âgé de 16 à 25 ans , titulaire d’un contrat d’apprentissage, qui suit une formation en alternance entre une entreprise et un centre de formation. Ils étaient 405.000 en 2014 avec un taux de féminisation de 32,4%. Aujourd’hui les apprentis se retrouvent dans tous les champs de la société, du BTP (Bâtiment travaux Publics) à l’hôtellerie, de la vente de détail à l’industrie aéronautique, du  diplôme de niveau V (le CAP) jusqu’au diplôme de niveau I (Master, diplôme d’Ingénieur). A cette diversité des champs économiques et des diplômes s’ajoute une importante diversité des structures accueillant les apprentis (les CFA: Centre de Formation pour Apprentis) : 13 types d’organismes gestionnaires, aux statuts différents. Il est cependant à noter que la grande majorité des apprentis sont rattachés au Chambres Consulaires (110.000 apprentis) et aux CFA privés (200.000 apprentis). Malgré cette diversité de situations et de champs professionnels, les diplômes d’apprentissage font l’objet d’un cadrage national suivi dans chaque académie par le Service Académique de l’Inspection de l’Apprentissage (SAIA) du rectorat. Enfin la rémunération d’un apprenti est fixée légalement par deux critères, le niveau du diplôme et l’âge, et est indexée en pourcentage du SMIC : 25% soit 366€ pour un apprenti de 16 ans en 1ère année, c’est-à-dire plus de deux fois moins que le seuil de pauvreté !

Les Républicains, à travers leur candidat François Fillon, font de l’apprentissage leur fer de lance pour « cesser d’envoyer les jeunes dans le mur », la promotion de l’alternance étant d’ailleurs le premier point du programme au sujet de l’emploi des jeunes. Fillon propose tout simplement de « systématiser l’alternance » et d’en finir avec « le culte du diplôme au profit de la logique de la certification des compétences ». Pour atteindre ce but, c’est tout d’abord l’organisation même de l’apprentissage qui est attaquée : il est proposé d’en finir avec le contrôle national exercé par le SAIA, au profit d’une gestion par les régions qui seront chargées d’adapter les formations aux bassins d’emploi locaux et ce en associant étroitement les branches professionnelles et les entrepreneurs. La finalité d’une telle mesure est tout simplement de donner un contrôle toujours plus fort aux employeurs sur les formations afin de former une main d’œuvre répondant à un besoin à court ou moyen terme, d’affirmer la subordination totale de la formation aux besoins économiques des capitalistes.

Il s’agit aussi de détruire tout cadre national des diplômes afin d’évacuer, à terme, toute formation générale jugée superflue (comme l’initiation au droit du travail) et d’aboutir à des certifications de compétences qui seront déterminées par l’entreprise. Si cette proposition est un « classique » de la droite, Fillon choisit aussi d’innover avec une proposition « choc et moderne » : « permettre aux entreprises qui comptent plus de 4% de jeunes en alternance parmi leurs effectifs d’utiliser les fonds de la taxe d’apprentissage pour créer leurs propres centres de formation ». Ici l’offensive est encore plus poussée, il est tout simplement proposé de donner aux entreprises le contrôle total de la formation tout en coupant l’une des principales ressources des CFA qu’est la taxe d’apprentissage (45% du financement de l’apprentissage).

Au-delà de sa violence, cette proposition est révélatrice d’une méconnaissance totale du monde l’apprentissage : la création d’un centre d’apprentissage ne pourra être soutenue que par de très grosses entreprises alors que plus de 70% des apprentis le sont dans des structures de moins de 50 salariés (et même 36% dans des entreprises de moins de 5 salariés). L’idée est donc ici d’assurer une nouvelle source de revenu pour les très grosses entreprises, tout en cassant les CFA, ce qui se répercutera nécessairement sur les PME et les TPE. Enfin, il est proposé d’augmenter le temps passé en entreprise pour les apprentis avec comme principal but de réduire à la portion congrue le temps de formation général et de permettre aux entreprises de bénéficier plus longtemps d’une main d’œuvre à moindre coût. On se souvient de Macron déclarant qu’embaucher un apprenti était gratuit la première année, face à ce gauchisme patenté, Fillon  propose tout simplement d’exonérer totalement les entreprises de cotisations sociales sur les salaires des apprentis : d’une logique implacable vu qu’il propose dans le même temps de supprimer la Sécurité Sociale !

D’ailleurs comme le travail c’est la santé, il propose aussi d’aligner les conditions de sécurité et de restrictions sur celle des salariés. Finie l’interdiction de travailler après 22h pour les mineurs, bienvenue à l’utilisation des machines-outils en autonomie pour des jeunes de 17 ans. Pour aller au bout de la logique il veut ouvrir l’apprentissage dès 15 ans, et mettre en place un préapprentissage le plus tôt possible afin de développer la « culture entrepreneuriale » et d’y orienter tous les élèves en échec scolaire. Au final, un jeune de 13 ans en difficulté scolaire pourra donc subir une orientation vers un apprentissage qu’il ne choisira pas, car  il sera soumis aux seules contraintes du bassin d’emploi local. A 15 ans, il intégrera donc le centre de formation de l’entreprise qui l’emploie où la formation générale sera quasi inexistante (plus d’échec scolaire si on supprime le scolaire!) : il pourra toucher 25 % du SMIC pour une semaine de travail, susceptible d’aller jusqu’à 48h. Au final François  Fillon fait un choix clair, celui d’aller toujours plus loin dans la soumission des travailleurs en les assujettissant totalement au diktat du patron et en créant une armée de précaires disponible à tout moment pour les mastodontes financiers et industriels du pays.

Face à une telle attaque, la réponse de la jeunesse doit être cinglante et implacable et il nous faudra réaffirmer toujours plus clairement que « DE CETTE SOCIÉTÉ LÀ NOUS N’EN VOULONS PAS ». Nous, Jeunes Communistes, par notre ancrage dans la réalité quotidienne de la jeunesse, proposons un autre modèle de société. Si nous ne sommes pas opposés par principe à l’apprentissage nous voulons le transformer pour en faire un réel moyen d’émancipation par le travail, un outil au service de la construction d’un avenir stable. Pour en finir avec la précarité des apprentis nous réaffirmons que personne ne peut et ne doit être payé en dessous du SMIC ! Plutôt que de nous enfoncer dans la logique mortifère d’adaptation de la formation aux besoins à court terme d’un patronat en recherche constante de nouvelle sources de bénéfices, nous voulons des formations qui permettent à la jeunesse du pays de se former pour relever les défis qui se poseront demain au pays, qu’ils soient technologiques, scientifiques ou culturels.

Pour ce faire, il faut extraire les formations de la domination capitaliste et les replacer totalement sous le contrôle de l’État et des travailleurs en créant un grand pôle public de la formation et de l’apprentissage avec une représentation majoritaire des salariés. L’apprentissage n’est pas la solution miracle pour accéder à un premier emploi stable comme veut nous le faire croire cette droite qui oublie que 30 % des apprentis rompent leur contrat lors de la première année (jusqu’à 50 % dans certains secteurs comme l’hôtellerie). Pour en finir avec cette situation il faut remettre l’orientation au centre de notre système éducatif. Face à un système qui, de défaillance en défaillance, laisse de plus en plus d’entre nous sur le bord de la route nous proposons la création d’un statut du jeune travailleur en formation. Il permettra à tous les jeunes, qu’ils soient en formation ou privés d’emploi, de bénéficier d’un socle commun de droits le garantissant une vie digne grâce à l’accès au logement, à la santé, à la culture ou justement à une formation de qualité. Ils veulent que nous ne soyons rien, alors nous serons tout !