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INTERNATIONAL

Le Brésil en marche vers le passé ?

Traduction d’un article de l’union de la jeunesse socialiste du Brésil paru dans le bulletin de la fédération mondiale des jeunesses démocratiques.

Des nuages noirs planent au-dessus du Brésil. Bolsonaro, qui a été élu aux élections présidentielles d’octobre 2018 avec 55 % des voix, est un exemple de la vague conservatrice qui se lève dans le monde et a travaillé à établir un gouvernement populiste à caractère autoritaire dans le pays, avec un programme qui fusionne obscurantisme et ultra néo-libéralisme avec le risque de condamner la prochaine génération de Brésiliens à une régression civilisationnelle, l’approfondissement des inégalités et une dépendance économique totale à l’égard des pays étrangers.

Le nouveau gouvernement se fonde sur quatre piliers : l’armée, dont la tutelle et l’influence sur l’exécutif n’ont jamais été aussi fortes depuis la dictature militaire, avec 35 % des ministres issus des forces militaires ; les églises néo-pentecôtistes qui influencent le programme traditionaliste et participent à un anti-scientifisme déjà évident ; la propre famille de Bolsonaro qui a fait carrière dans la politique et contre laquelle des dizaines de preuves de corruption s’accumulent, et le poids des milices, et son bloc économique, principalement représenté par le « chicago boy » Paulo Guedes et aligné inconditionnellement sur les intérêts US et avec un ajustement fiscal qui détruisent les droits sociaux qui ont fait sortir des millions de Brésiliens de la misère ces dernières années.

Le programme traditionaliste et l’appel à une moralité chrétienne l’ont aidé à capter une réserve électorale. Instrumentalisant le conservatisme de la population dans la perspective des élections présidentielles, il a délivré un discours de haine contre les femmes, les noirs, les peuples indigènes et les personnes LGBT afin d’attirer l’électorat en dénonçant les prétendus privilèges de ces groupes. Dans un pays comme le Brésil, le pays qui tue le plus de personnes LGBT dans le monde, le cinquième pays en nombre de féminicides et où les victimes de meurtres noires sont deux fois plus nombreuses que les victimes blanches, ce discours représente un incommensurable risque. Le discours contre les opposants au gouvernement, que le président appelle la « frange rouge » et qu’il a promis d’exterminer, a déjà été très violent. Ses répercussions sont déjà visibles : le meurtre effroyable de Moa do Katende, l’un des plus grands maître de la capoeira d’Angola de Bahia, le jour du premier tour des élections par un supporter du candidat Bolsonaro après qu’il eût déclaré ses oppositions politiques prouve le climat d’intolérance vis-à-vis des différences et de persécution qui était établi.

Le programme économique qui vise à affaiblir l’organisation des BRICS et à s’aligner sur les Etats-Unis n’est pas un hasard. Il existe de nombreuses preuves des interventions US dans les élections qui ont menées Bolsonaro à la victoire et à l’établissement d’une véritable guerre hybride dans laquelle des agents étrangers exploitent les vulnérabilités sociales, économiques, politiques, médiatiques et judiciaires de la nation pour établir leur hégémonie. Les médias brésiliens et la justice ont été fondamentaux dans ce processus : les premiers se sont dévoués pendant presque une décennie à détruire l’héritage des gouvernements progressistes, la seconde s’est dédiée à une véritable entreprise de persécutions des pouvoirs populaires – avec bien sûr l’emprisonnement de l’ancien président Lula, insoutenable légalement et caractérisée par des transgressions de la loi brésilienne.

Le mode opératoire de ce gouvernement nous impose beaucoup de difficultés à surmonter. Avec un puissant soutien populaire, une influence indubitable sur la justice, le contrôle de l’armée et l’aide nord-américaine, il a assez de force pour imposer les réformes qu’il souhaite et condamner le pays à un futur de dépendance. Même si nous avons dépassé les régimes militaires totalitaires et anti-nationaux du XXème siècle, cette nouvelle stratégie géopolitique de guerre hybride et basé sur de nouvelles formes d’interventions étrangères rendent possible la mise en œuvre d’une propagande de masse et le contrôle de la population. Le Brésil est une fois encore la cible des expériences US et doit être étroitement surveillé par les pays en développement dans le monde entier, puisqu’il donnera certainement d’importantes leçons.