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Cédric Liechti (CGT Énergie Paris) : “Nous revendiquons aujourd’hui l’embauche statutaire de tous les sous-traitants et prestataires, ils sont des milliers et souvent très jeunes”

Le gouvernement prévoit la fin du statut des Industries électriques et gazières (IEG). Les plans “Hercule” et “CLAMADIEU” consistent en la privatisation des profits et la socialisation des pertes. Entretien avec Cédric Liechti (CGT Energie Paris)

Le projet Hercule arrive mais est toujours méconnu. Il est question d’EDF bleu, EDF azur, EDF vert : quels sont les dangers pour le groupe EDF ?

Le danger réside dans la désintégration du groupe en 3 entités distinctes qui jusqu’à présent étaient complémentaires, et qui de fait vont se retrouver totalement indépendantes et donc beaucoup plus vulnérables dans un monde capitaliste de concurrence.

Par ailleurs EDF Bleu qui resterait public dans un premier temps avec le nucléaire, va nécessiter énormément d’investissements dans les années à venir (des dizaines de milliards), afin de remettre à niveau des centrales vieillissantes.

A contrario, EDF Vert avec Enedis et EDF commerce qui rapporte énormément d’argent, va être ouvert au privé. On va donc socialiser les pertes avec EDF BLEU et privatiser les profits avec EDF VERT.

De plus, chaque entité BLEU, VERT et AZUR serait indépendante et devrait garantir sa propre survie financière et chaque structure comme Enedis devrait avoir une autonomie totale.

Ce qui veut dire que dans les années futures, il y a un très gros risque que EDF Bleu coule financièrement faute de remontées d’argent et que l’on brade le secteur nucléaire au privé.

Tout ceci n’est pas nouveau, la casse d’EDF a commencé il y a un moment avec l’ouverture à la concurrence des fournisseurs d’énergie et l’ARENH (dispositif d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Peux-tu nous expliquer ces politiques et ce qu’elles ont entraîné ?

Pour commencer, depuis 2004 et l’ouverture aux capitaux privés des entreprises EDF GDF, les prix ont augmenté de 80% pour le gaz et de 35% pour l’électricité.

D’où cette citation de l’ancien directeur d’EDF Marcel Boiteux qui est tout sauf syndicaliste : “il ne s’agit plus d’ouvrir à la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour permettre la concurrence”.

Les frais de mise en service ont augmenté de 300%, les changements de compteur et augmentations de puissance qui étaient gratuits du temps de service public sont devenus payants.

Par ailleurs, un usager ayant les 2 énergies (gaz et électricité) chez lui devra prendre 2 rendez-vous distincts alors que quand nous étions EDF GDF un seul technicien intervenait dans le même rendez-vous pour le gaz et l’électricité. Où est le progrès ?

De plus, l’intégralité des agences de proximité EDF et GDF qui accueillaient les usagers partout sur le territoire national ont toutes disparu.

Parallèlement, on a imposé à EDF de vendre à prix coûtant 25% de sa production électrique nucléaire aux concurrents privés, qui eux ne produisent rien et n’ont donc aucun coût de production.

On a donc artificiellement, grâce à l’intervention de l’État, créé de toute pièce un marché concurrentiel au bénéfice des opérateurs privés.

Dans le même temps, des milliers d’emplois statutaires ont été supprimés, les salaires ont été gelés, et les bénéfices monstrueux qui étaient investis dans l’entretien du réseau et son développement, dans la recherche et dans les salaires, ont été détournés par les grands actionnaires privés à hauteur de 66 milliards d’euros sur les 10 dernières années.

Le passage d’ENEDIS dans EDF vert signifie-t-il la fin de la FIRE (force d’intervention rapide électricité) lors de crise météorologique ?

Oui clairement, la FIRE n’est possible que parce qu’Enedis est une entreprise 100% publique intégrée au groupe EDF et qui travaille en étroite collaboration avec le RTE (réseau de transport électrique) qui elle sera rattachée à EDF BLEU et donc séparé d’Enedis.

En outre le capital d’Enedis devant s’ouvrir aux capitaux privés avec une possibilité de régionalisation des réseaux, cela sonnera la fin de l’entraide nationale.

En effet, si c’est Total par exemple qui détient le réseau de distribution francilien et Bouygues Energie qui opère dans les Alpes Maritimes, étant concurrents, jamais ils ne viendront s’entraider si une tempête venait à mettre à terre le réseau dans l’une des 2 régions.

Le gaz aussi est touché avec CLAMADIEU, peux tu nous expliquer son fonctionnement et ses dangers ?

C’est exactement le même principe que pour EDF, la seule différence réside dans le fait que le groupe sera scindé en 2 entités au lieu de 3 pour EDF.

GRDF le distributeur de gaz et GRTGAZ, le transporteur vont être intégrés dans une entité appelée NEW ENGIE, qui sera également ouverte aux capitaux privés.

Il faut savoir que GRDF et Enédis sont les 2 filiales qui rapportent le plus d’argent aux maisons mères Engie et EDF. Cqfd.

La CGT Énergie et Mines a un projet, pour les IEG, différent de celui du gouvernement. Peux-tu nous l’expliquer?

Le projet de la FNME CGT est radicalement différent puisqu’il revendique le fait de « redonner à la nation le contrôle du secteur de l’énergie » en sortant ce secteur du marché.

De fait, nous revendiquons la fin des opérateurs privés et de la concurrence, la création de 2 EPIC (établissements publics industriels et commerciaux) pour le gaz et l’électricité.

C’est-à-dire 2 entreprises intégrées, où la production, le transport, la distribution et la commercialisation de l’électricité et du gaz sont 100% public et où aucun actionnaire privé ne vient s’emparer de l’argent pour son propre profit.

L’électricité et le gaz redeviennent de fait propriétés pleines et entières de la nation.

Concernant les agents, nous revendiquons l’application du statut national pour l’intégralité des travailleurs du secteur car il n’y a pas de service public de haut niveau sans un statut de haut niveau.

Concernant mon syndicat CGT Energie Paris, nous revendiquons le contrôle exclusif des décisions et des orientations par les représentants démocratiquement élus des agents et des usagers, d’où notre slogan : NOUS TRAVAILLONS, NOUS PRODUISONS, NOUS DECIDONS.

Quelle serait la place des jeunes dans le service public des IEG ?

La place des jeunes dans le service public des IEG doit être primordial, d’une part parce qu’ils sont l’avenir.

A ce titre, la transmission de l’histoire de la nationalisation en 1946 issue du conseil national de la résistance aux jeunes agents est un point essentiel, pour qu’ils sachent où ils rentrent et pour qui ils travaillent.

En 16 ans de privatisation du secteur de l’énergie, des milliers d’emplois statutaires ont été supprimés. 

C’est pourquoi nous revendiquons aujourd’hui l’embauche statutaire de tous les sous-traitants et prestataires, ils sont des milliers et souvent très jeunes.

Un agent du service public doit être au service du peuple et de la nation et servir ses concitoyens quelles que soient leur classe sociale, leurs origines ethniques ou religieuses, le service public est un magnifique outil d’égalité, de cohésion et de vivre ensemble pour une nation.