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CULTURE

Cérémonie des Oscars: un palmarès décevant mais attendu

Ce dimanche 4 mars s’est tenu au Dolby Theater à Los Angeles la 90ème cérémonie des Oscars. La cérémonie américaine a elle aussi pris (doucement) une tournure politique. Côté récompenses, les prix étaient attendus mais quelque peu décevants.

La forme de l’eau grand gagnant

La forme de l’eau de Guillermo Del Toro est le grand gagnant de la soirée. Le film qui raconte l’histoire d’amour entre un gros poisson à moitié humain et une femme de ménage dans un laboratoire, a remporté les Oscars de la meilleure musique pour le multi primé Alexandre Desplat (la touche française), des meilleurs décor, du meilleur réalisateur et du meilleur film pour Guillermo Del Toro.

Si ses récompenses techniques sont justifiées (meilleure musique et meilleur décor), on aurait bien vu Three Billboards ou Get Out remporter le prix du meilleur film.

Three Billboard de Martin McDonagh voit récompenser ses interprètes Frances McDormand et Sam Rockwell des Oscars de la meilleure actrice et du meilleur acteur dans un second rôle. Le film raconte le combat d’une mère pour retrouver celui qui a violé et tué sa fille alors que les enquêtes de la police ne donnent rien. Le film dont la trame scénaristique est bien plus développée que La forme de l’eau aurait mérité plus de prix.

Aussi Get Out, premier film très réussi de Jordan Peel qui traite sous forme de thriller du racisme aux Etats Unis obtient très justement l’Oscar du meilleur scénario original. Son interprète Daniel Kaluuya été un excellent concurrent à Gary Oldman qui obtient l’Oscar du meilleur acteur pour son interprétation dans le biopic de Churchill « Les Heures Sombres ».

Autres oubliés de la soirée, le sublime Call Me By Your Name de Luca Guadagnino et le très joli (et réussi) premier film de Greta Gerwig, Lady Bird.

En effet, Call Me By Your Name ne remporte que l’Oscar du meilleur scénario adapté pour James Ivory. C’est pourtant l’une des plus belles histoires d’amour représentée au cinéma depuis plusieurs années portée par Timothée Chalamet qui livre une performance exceptionnelle et Armie Hammer.

Lady Bird quant à lui repart sans aucune statuette. Mais on peut déjà se réjouir qu’un petit film indépendant fait sans beaucoup de moyens se retrouve nommé à 5 reprises aux Oscars. Il avait pourtant fait sensation aux Golden Globes puisque le film était reparti avec le prix de la meilleure comédie  et de la meilleure actrice pour Saoirse Ronan.

Les mots de Frances McDormand

Oscarisée pour son rôle dans Three Billboard, Frances McDormand a prononcé un discours engagé alors qu’elle recevait sa statuette. Après avoir remercié la mère de Joël et Ethan Coen (avec qui elle avait gagné son premier Oscar en 1997 pour Fargo) pour les avoir bien élevé en hommes féministes, l’actrice a demandé à toutes les femmes nommées dans toutes les catégories de se lever avant de balancer une phrase qui fait réagir « I’ve got two words for you tonight: inclusion rider » (« J’ai deux mots à vous dire ce soir, clause d’inclusion). Cette clause d’inclusion permettrait aux équipes de film de représenter un peu mieux la démographie.

Pas de discours à la Oprah Winfrey, l’Académie ce sera contentée de diffuser une vidéo revenant sur le mouvement #MeToo.  Salma Hayek, Ashley Judd et Annabella Sciorra – qui ont accusé publiquement Harvey Weinstein – ont ainsi pris la parole.

On retiendra aussi Guillermo Del Toro, qui quand il reçoit son Oscar du meilleur réalisateur lance

« I’m a immigrant »

puis

« Nous vivons une époque où l’on nous rabâche qu’il faut avoir peur de l’autre, que l’autre est votre ennemi, que c’est la cause de vos problèmes. Au contraire, l’autre est la solution à vos problèmes, l’autre est ce qu’il reste. Il montre le chemin. »

On peut voir dans ces mots une résonance à son film qui prône la différence où l’autre est un poisson.