Juventudes Comunistas de Chile JJCC
INTERNATIONAL

Chili : « les Jeunesses communistes sont présentes de la première à la dernière ligne », Camilo Sánchez

Article de Daniela Pizarro Amaya publié dans El Siglo, traduction par Maïa Meziani-Rozenblum.

Le président de la collectivité amarante [NDT : couleur pourpre, symbole de la JC] a déclaré que celle-ci chercherait à apporter dans tous les espaces les transformations que le peuple demande. Il présente la situation après l’explosion sociale que connaît le Chili.

Le président des Jeunesses communistes (JJCC), Camilo Sánchez, en entretien avec elsiglo.cl Il a parlé du rôle joué par les jeunes amarantes dans les manifestations qui ont lieu depuis plus d’un mois à travers le pays. Il évoque la répression brutale des policiers, qui s’est concentrée sur la population juvénile. Il affirme que « les jeunes subissent le pire de la répression ».

Il a également abordé les perspectives du mouvement et l’invitation des Jeunesses communistes au Front élargi (Frente Amplio) pour parvenir à un meilleur accord, contrairement au texte qu’a signé l’officialisme (NDT : el oficialismo est utilisé dans plusieurs pays d’Amérique latine pour désigner le groupe des fonctionnaires qui font partie d’un gouvernement donné et le mouvement ou les idées qui le soutiennent.) et une partie de l’opposition dans le cadre d’une nouvelle constitution. Il a noté que ce document n’avait pas la capacité suffisante pour vider les rues et a ajouté que la mobilisation s’arrêtera quand le peuple chilien le décidera.

Penses-tu que les demandes des jeunes ont été ignorées dans les accords politiques ?

Les revendications de la jeunesse chilienne ne sont pas prises en compte dans l’accord politique entre l’opposition et la droite. Par exemple, arrêter le programme anti-droits du gouvernement, où il y a un projet de loi qui prévoit le contrôle préventif de l’identité dès l’âge de 16 ans. Mais l’espace qui reconnaît les demandes de la jeunesse est le bloc « Unidad Social » [Unité sociale]. Nous croyons que l’axe de tout travail qui permettrait de mettre fin à ce conflit a à voir avec cette série de revendications sociales.

Comment voyez-vous la situation des droits de l’Homme, avec des jeunes qui perdent les yeux et la vie dans les manifestations et un gouvernement qui promet plus de répression ?

Les jeunes subissent le pire de la répression, ils en paient le prix fort. Il faut reconnaître qu’il y a ici des discours du gouvernement et de la droite où la jeunesse a été criminalisée. Des projets de loi prévoyant des mesures telles que des couvre-feux pour les jeunes, des salles de classe sécurisées, des contrôles préventifs et autres, ont été élaborés. Tout cela a causé des dommages parce que la jeunesse chilienne a été tenue pour responsable des « incivilités » et le résultat en est que la répression peut aujourd’hui s’acharner sur la jeunesse et bien que le peuple chilien rejette ces mesures, il y a eu toute une installation pour que la police et les forces armées provoquent et continuent de causer les dommages qui frappent déjà les yeux de plus de deux centaines de jeunes. C’est pourquoi la demande de mettre fin à la répression est centrale, et c’est également une revendication de la jeunesse, car c’est la jeunesse qui est présente de la première à la dernière ligne dans la rue qui empêche la répression de prendre fin avec des manifestations qui sont massives. À plus forte raison, lorsque nous voyons que le gouvernement parle d’un accord de paix et qu’il n’y a pas de paix dans son contenu, on ne peut en aucun cas prétendre que la jeunesse chilienne soit représentée par celui-ci.

Les Jeunesses communistes ont invité le Front élargi à conclure un meilleur accord. De quoi parle cette proposition ?

Le meilleur accord est d’abord avec le mouvement social et syndical organisé en « Unidad Social », qui est la référence la plus large et la plus forte de ces dernières années. Il est également nécessaire de ramener le quorum de 2/3 au moins à 3/5 pour permettre à une majorité de pouvoir, sans risque d’opposition de la part d’une minorité, progresser sur les droits sociaux. Ce que la droite a fait en imposant ce quorum, c’est dire que nous allons avec cette nouvelle Constitution répondre aux droits sociaux, mais sans changer le modèle et donc restreindre la capacité de transformation du peuple, qui fait un effort énorme. Nous pensons que c’est le peuple lui-même qui doit définir les dissensions qui ne peuvent être résolues à la majorité simple. Nous cherchons également à démocratiser cet accord en y incluant des aspects qui ne sont pas couverts par l’accord actuel, tels que la parité des sexes et le quota pour les peuples autochtones. Cet accord, qui existe aujourd’hui, n’a pas la capacité suffisante pour vider les rues et ne l’aura pas non plus tant qu’il ne supposera pas que le dialogue est avec les organisations sociales.

La Jota [NDT: nom informel des Jeunesses communistes] participera-t-elle à la campagne de plébiscite et au processus d’élection des constituants ?

Sans aucun doute. Notre première décision est que le Parti communiste et les Jeunesses communistes ne vont pas s’exclure de pouvoir influencer chacun des espaces où nous pourrons contribuer à l’approfondissement des changements et de la démocratisation du pays. L’une de ces mesures consiste à faire en sorte que cette structure constituante soit élue à 100 % par le peuple chilien, tout en veillant à ce qu’elle soit composée du plus grand nombre possible de membres qui soutiennent les transformations. C’est pourquoi, en tant que Jeunesse communiste, nous présenterons des candidatures qui, nous l’espérons, contribueront à renforcer les forces de transformation qui doivent être majoritaires parce que c’est ce que demande le peuple. Le niveau d’inégalité, la brutalité de la pauvreté face aux abus commis par les groupes minoritaires qui possèdent la richesse, est déjà intolérable.

On dit que la classe politique est délégitimée et qu’elle n’a pas de soutien citoyen : les jeunes communistes sentent-ils cette dissociation dans la rue ?

En janvier, nous avons décidé que cette année devait être le soulèvement de la jeunesse et sous le mot d’ordre « la jeunesse se soulève » nous avons travaillé pendant des mois. Nous savons que nous n’avons pas provoqué le soulèvement de la jeunesse, mais nous y avons contribué. Nous avons été parmi les premiers à soutenir l’évasion massive des élèves du secondaire [NDT : Échapper, ne pas payer. C’est la consigne d’un groupe d’élèves du secondaire contre la hausse de 13 cents du prix du billet de métro, consistant à frauder]. Nous avons été dans les rues avec nos drapeaux, avec nos symboles reconnus dans les figures de Víctor Jara et de Gladys Marín [respectivement chanteur membre du PC assassiné quelques jours après le coup d’Etat de 1973, et ancienne secrétaire générale des JJCC et du PC]. Nous nous sentons à l’aise dans les rues. Nous espérons apporter au mouvement, car pour n’importe quel jeune communiste, ce moment, où le peuple a complètement changé les rapports de forces, est quelque chose dont nous devons profiter. Je pense que tout le monde veut vivre un processus de transformation où nous pouvons atteindre des conquêtes et aussi les défendre.

Depuis l’explosion sociale, les communistes sont devenus la cible des théories du complot qui les désignent comme les « instigateurs du chaos ». Crois-tu que l’anticommunisme ait réussi à imprégner le peuple ?

Non. Je pense que quand le slogan est « le peuple uni, jamais ne sera vaincu », quand, avant que nous ayons déployé la campagne « lutte comme Gladys » sa figure était déjà dans les rues, quand le droit de vivre en paix [NDT : El derecho de vivir en paz, chanson de Víctor Jara] était le mot d’ordre sous l’état d’urgence et la répression aiguë, nous nous sentons pleinement identifiés et très à l’aise dans ce processus. Je pense que les positions haineuses ont reculé, les positions racistes ont reculé et ce sont là des victoires de la lutte du peuple chilien. Ici, les consciences se sont modifiées et ceux qui prétendaient utiliser la volonté du peuple pour la voie de la haine ont été écartés.

La Jota est en première ligne ?

Nous sommes présents de la première à la dernière ligne. Nous avons notre brigade « lutte comme Gladys » où les jeunes communistes défendent les manifestants de la répression, avec des boucliers qui stoppent les balles et fournissent une aide sanitaire aux nombreux blessés. Notre contribution est généralisée avec la jeunesse chilienne qui a fait face à la dure répression. Nous ne sommes ni les seuls ni les principaux, mais nous sommes présents et nous le serons à chaque espace que nous pourrons offrir. Si la rue est abandonnée, ce sera par décision du peuple chilien et non par décision du gouvernement répressif, et encore moins par la décision de partis politiques qui voudraient convenir de solutions au nom du peuple.

Quelles sont les perspectives pour tout ce mouvement, qui reste dans les rues, mais qui risque de s’user ?

Le peuple chilien est dans la rue depuis plus d’un mois et ne l’abandonne pas. Nous savons qu’il y en a qui peuvent sortir certains jours et d’autres non, et donc tous avec leurs complexités, mais le fait est que nous nous réunissons tous les vendredis. Ceux qui disent que c’est en train de s’éteindre ou que ça ne s’est pas allumé le vendredi doivent ravaler leurs paroles, parce que nous avons un mouvement vivant qui, à certains moments, cesse afin d’attendre ce qui se passe. Mais concrètement, le niveau de conscience a augmenté et nous ne pouvons plus ignorer la réalité. Nous sommes face à un nouveau Chili et l’important est de pouvoir encourager la victoire de la volonté du peuple à se traduire par des transformations profondes et il appartient aux partis politiques d’ouvrir la voie aux organisations du peuple et en aucun cas chercher à les remplacer ou à les interpréter.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde