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Chronique sociale : abattoirs, répression syndicale et cassation

Je vous propose de revenir régulièrement vous présenter les dernières actualités sociales. Un moyen de rapidement s’informer des évolutions en cours ou à venir.

Travail en abattoirs : entre conditions de travail dégueulasses et mépris du public

La récente vidéo d’un abattoir de l’Indre publié par l’association L214 a permis de mettre à nouveau en lumière les conditions d’abattage. Mais elle a aussi amené à un déferlement de haine contre les ouvrières et ouvriers de ces entreprises très particulières. Insulté·e·s, méprisé·e·s, haï·e·s, leurs conditions de travail, pourtant étroitement liées aux conditions d’abattage, sont, elles, totalement rejetées dans l’ombre.

L’abattage, est un métier difficile physiquement. Cela demande de la force, on travaille dans le froid, les gestes sont répétitifs, les postures contraintes, le bruit et l’odeur insoutenables, les risques de blessures liés à l’utilisation d’outils tranchants et à l’agitation des bêtes sont permanents, les cadences sont infernales. Le résultat ce sont de nombreux troubles musculo-squelettiques, les fameux TMS, aux épaules, au dos et aux articulations qui sont sollicités en permanence par ses tâches.

Mais le tableau ne serait pas complet si l’on éludait les risques psycho-sociaux. Les ouvrières et ouvriers des abattoirs ne sont pas des êtres déshumanisés qui prendraient plaisirs à voir agoniser une bête. L’exigence émotionnelle est extrêmement forte et permanente. Ces salarié·e·s sont confronté·e·s en permanence à la souffrance des animaux et n’y sont bien-sûr pas insensibles. Elles et ils sont confronté·e·s à des conflits de valeurs, personne n’envisage d’avoir pour métier de faire agoniser un être vivant, même les plus viandards. Par ailleurs les perspectives d’évolution sont très faibles, la reconnaissance du métier nulle et la maîtrise de son travail inexistante. Le jugement et la stigmatisation du public, vient s’ajouter comme un facteur de risque supplémentaire. Cela a un impact sur la santé mentale de ces travailleuses et travailleurs, qui souffrent d’un processus psychologique de déni de la réalité et « d’occultation permanente de l’activité de travail » (D’après une étude de F. Bourgeois, cité dans un rapport de l’ANACT de 2017 sur les conditions de travail dans la filière viande).

En témoigne l’important turn-over des salarié·e·s qui ne peuvent pas tenir la longueur sur ces postes dans de telles conditions. A la souffrance physique s’ajoute une souffrance psychologique. Si l’on ne peut que dénoncer les mauvaises conditions d’abattage, c’est bien à un modèle de production qu’il faut s’en prendre et non aux ouvrières et aux ouvriers qui en souffrent également.

Tout le monde a en réalité à gagner à l’amélioration des conditions d’abattage : les bêtes afin que la mise à mort ne soit plus une lente agonie, les consommateurs et consommatrices (on ne rappellera jamais combien une bête « qui a vu le couteau » donne une mauvaise viande même si elle a été élevée dans les meilleures conditions) et les ouvrières et ouvriers de l’abattage pour travailler dans des conditions décentes.

Répression syndicale

L’Etat dans sa recherche de dissuader l’action syndicale se frotte à nouveau à des déconvenues judiciaires. Après Laurent Indrusiak, secrétaire générale de l’UD CGT de l’Allier poursuivi par la direction d’Environment Recycling pour avoir dénoncé les conditions de travail de cette entreprise. Après un militant CGT du Cher poursuivi quelques semaines plus tard par la députée Essayan pour l’avoir « menacé », selon l’expression de l’élue, de « trouver la CGT partout sur son chemin ». C’est au tour de Julien Pauliac, secrétaire général de l’UD CGT du Puy-de-Dôme poursuivi pour l’organisation d’une opération « péage gratuit », d’être acquitté. Même si ce n’est pas systématique, des députés aux procureurs en passant par les directions d’entreprise, ces gens-là savent que ces procès sont perdus d’avance. Il y a cependant une volonté très claire de dissuader les militantes et militants syndicaux d’agir, en engageant aussi souvent que possible des poursuites, coûteuses en temps et en argent. C’est une atteinte claire et éhontée contre les libertés syndicales.

Des revers, le pouvoir en a connu un autre en début de mois. Alors que sur un amendement de l’UDI au projet de loi de financement de la sécurité sociale, il était proposé de taxer les aides versées aux salarié·e·s par les CE, ou les CSE, dans le cadre des activités sociales et culturelles, le Gouvernement a reculé en annonçant ne pas soutenir cette proposition. Ce sont onze millions de travailleuses et travailleurs recevant des aides des 33.000 CE et CSE existants, qui se seraient vus ainsi prélevée une part nécessaire de leur budget pour faire du sport, accéder à la culture et pouvoir partir en vacances. Même la CFDT s’y était opposée, c’est dire si l’attaque était grande. Mais grâce à la pression syndicale, de la CGT en tête, cet amendement est voué à l’échec.

La cour de cassation exonère le patronat

La Bourgeoisie n’aura pour se consoler sur ces dernières semaines qu’une décision de la Cour de cassation, considérant que lorsque l’employeur avait mis en œuvre des mesures pour prévenir un risque, celui-ci pouvait être exonéré de sa responsabilité en cas de survenance d’un accident. Alors qu’il était admis que l’obligation de sécurité et de résultat impliquait la responsabilité de l’employeur dans la réalisation d’un risque sur le temps de travail, la plus haute juridiction opère un grave recul. Le président de la chambre sociale avait bien annoncé vouloir n’être que « la bouche de la loi », il semble en oublier que la loi est faite au Rue de l’Université et pas Avenue Bosquet, les Invalides sont décidément bien faciles à traverser…