Capture vidéo
Social-Eco

Chronique sociale : la réforme de l’assurance-chômage dans les starting-blocks, les jeunes durablement privés d’emploi

Deux fois par mois, notre chronique analyse chiffres, dispositifs et droit du travail.

La réforme de l’assurance-chômage n’est toujours pas abandonnée

Le Gouvernement n’a pas abandonné l’idée de mettre en œuvre la réforme de l’assurance-chômage. Alors qu’il s’est pris un revers judiciaire et que la crise perdure, il se contente de la repousser plutôt que de l’annuler.

Elle était, en effet, prévue pour le 1er avril 2021. Mais face au chômage massif, le Gouvernement propose de mettre en place des indicateurs qui permettront de déterminer la date de mise en œuvre de cette réforme. L’idée est d’avoir des critères permettant d’identifier « le jour d’après », quand la situation sera meilleure.

En attendant ce fameux jour, la recharge des droits, c’est-à-dire le temps qu’il faut avoir travaillé pendant la période d’indemnisation pour acquérir un nouveau droit à indemnisation, demeure de 4 mois au lieu de 6 le jour d’après l’entrée en vigueur de la réforme. Quant à la dégressivité des allocations, celle-ci démarre après 8 mois au lieu de 6.

Le Gouvernement a également revu sa copie sur les modalités de calcul de l’indemnité journalière annulées par le Conseil d’Etat sur le fondement du principe d’égalité. Avec les nouvelles modalités, la différence de l’indemnité journalière entre deux allocataires qui n’auraient pas eu la même fréquence dans leurs périodes de travail varie non plus de 1 à 4 mais de 1 à 2.

Avec les réunions de concertation le Gouvernement entend mais n’écoute pas les organisations syndicales, en particulier la CGT. La centrale de Montreuil demande l’annulation de la réforme et avance plusieurs propositions urgentes pour lutter contre la précarité des allocataires : une indemnisation sur la base du temps plein pour ne pas pénaliser les chômeurs, et surtout les chômeuses, qui étaient à temps partiel ; et un seuil d’ouverture des droits à 2 mois qui permettrait de faire rentrer 875.000 bénéficiaires supplémentaires dans l’assurance, dont 60% seraient des jeunes.

Et cela ne concerne qu’une partie des chômeuses et chômeurs. Car encore faut-il rappeler que seulement 42,8% des potentiels bénéficiaires de l’assurance-chômage sont réellement indemnisés. Le Gouvernement fait encore une fois le pari d’une mauvaise passe qui finira bientôt.

On a à ce sujet pu lire dans différents journaux que cette réforme était « une réforme pour vents porteurs, pas pour vents contraires » (Les Echos du 26 janvier 2021) faite « à une époque où l’économie créait des emplois par dizaine de milliers » (Le Monde, 26 janvier 2021). 

Ce faisant, cette presse rejette la responsabilité du chômage sur celles et ceux qui le subissent. Omettant de dire que le capitalisme a besoin d’une certaine masse de chômage pour réguler ses besoins en main d’œuvre tout en contenant celle-ci à un prix qui lui convienne. Rien d’étonnant pour des journaux qui appartiennent pour l‘un au groupe LVMH et pour l’autre au principal actionnaire de Free Xavier Niel.

Les jeunes en quête de stabilité et de progrès

Les annonces sur la réforme de l’assurance-chômage ont précédé de peu celles des chiffres du chômage. Malgré un subventionnement important de l’emploi des jeunes, elles et ils étaient encore 698.600 sans-emploi fin 2020. C’est moins que les 1,6 millions anticipés par le plan de relance, et cela est donc cohérent avec les annonces d’Elisabeth Borne concernant le million d’embauches de jeunes, mais ces chiffres doivent être relativisés et demeurent trop élevés.

Tout d’abord, ces emplois n’ont été occupés par des jeunes que par effet d’aubaine lié à leur subventionnement. C’est donc parce que l’Etat paye une partie importante du salaire que ces jeunes ont été embauchés. C’est un choix qui a pu être fait au détriment d’autres travailleurs ou travailleuses n’entrant pas des les critères ouvrant le droit à des aides pour l ‘entreprise.

Il faut également rappeler que les embauches de jeunes ont baissé de 14% en 2020 par rapport à leur niveau de 2019. Alors qu’une part importante de leur salaire était payée par l’Etat pour maintenir la rentabilité du capital. Il faut également préciser qu’une embauche ne correspond pas nécessairement à un emploi créé. 

Ces chiffres excluent en outre celles et ceux qui ont abandonné la recherche d’emploi et sortent des radars. L’INSEE redoute de ce point de vue une diminution de la population active, c’est-à-dire travaillant ou recherchant du travail, faisant diminuer artificiellement les chiffres du chômage.

La politique de l’emploi et la réforme de l’assurance-chômage sont à rebours des besoins des jeunes. Mais ce n’est pas le seul signe que le capitalisme n’est pas en mesure de répondre à leurs aspirations en termes de sécurité dans les parcours de vie et de confiance dans l’avenir.

35% des salarié·e·s en emploi éclaté durablement précaire sont des jeunes (Bref 401). Il s’agit principalement de celles et ceux qui travaillent pour financer leurs études ou qui peinent à trouver une situation stable après avoir été diplômé·e·s. Et la situation est encore plus compliquée pour les bacheliers recalés du supérieur ou qui sortent du supérieur sans diplôme (Bref 399). En ce sens, la poursuite de ParcourSup et du nouveau bac est une aberration pour l’avenir et l’insertion de ces centaines de milliers de jeunes.

Une autre note du Céreq met en évidence que 31% des jeunes salarié·e·s souhaitent progresser dans leur entreprise (Bref 400). On note que parmi ceux qui souhaitent changer d’entreprise ou de métier, il s’agit de jeunes qui ne sont pas satisfaits de leur rémunération, qui ont un travail pénible, pas intéressant ou qui ne correspond pas à leurs aspirations. Si le besoin d’évoluer et de prendre des responsabilités est très fort chez les jeunes, c’est dans le cadre d’un emploi stable, bien rémunéré et intéressant, et non comme on tente de nous le faire croire par la voie de l’entrepreneuriat et des start-up.