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Éducation

Classements des lycées : pourquoi ils ne devraient pas exister

Depuis la publication par l’éducation nationale de ses « indicateurs de résultats des lycées », les titres de presse présentent leurs propres classements. Ces initiatives en plus de recourir à des méthodes douteuses, participent à créer l’idée d’un marché de l’éducation.

Les indicateurs de l’Éducation Nationale

Tous les classements proposés ne sont en fait que des calculs plus ou moins inspirés à partir des « indicateurs » publiés par le ministère de l’éducation nationale. Ces indicateurs sont officiellement publiés pour deux raisons :

« rendre compte des résultats du service public national d’éducation en diffusant au grand public des éléments d’appréciation de l’action propre de chaque lycée et fournir aux responsables et aux enseignants des lycées des éléments de réflexion pour les aider à améliorer l’efficacité de leurs actions »

Ces objectifs apparaissent plutôt faux. D’une part les lycées privés sous contrat étant intégrés à ce classement, difficile d’y voir uniquement un rendu des résultats du service public. D’autre part, on espère sincèrement que des éléments plus complets et plus rigoureux sont fournis aux chefs d’établissements et enseignants pour comparer leurs pratiques.  

Le choix des indicateurs interrogent également, ce sont tous des taux, qui tendent à nier les différences de tailles des établissements, ainsi que les différences de moyens. On trouve ainsi le taux de réussite au baccalauréat, le taux d’accès à ce même diplôme (qui mesure la proportion d’élèves entrés dans un établissement qui y passent effectivement l’examen), ainsi que le taux de mentions obtenues quelque soit le niveau de celles-ci. Ce dernier indicateur n’était pas rendu public jusqu’à présent.

Enfin un quatrième indicateur est calculé, c’est la valeur ajoutée de l’établissement, obtenue en comparant les indicateurs précédents avec des « taux attendus » calculés en fonction de la composition des élèves de l’établissement pris sur de multiples indicateurs tels que le sexe, l’origine sociale, les résultats au brevet des collèges etc.

Les classements de la presse

La presse utilise ces indicateurs pour proposer des classements des établissements. Le  plus souvent, les données des indicateurs sont aspirées puis des tableaux proposent de choisir sur quel indicateur réaliser ce classement. Très souvent le classement prend les taux à l’échelle de l’établissement sans les distinguer par filières.

Le Figaro qui a carrément créé un sous-domaine dédié pour l’occasion et choisit de mixer les taux de mentions, les taux de réussite au baccalauréat ainsi que la capacité des établissements à conserver leurs élèves. Le journal, classé à droite, n’a en revanche pas retenu la notion de valeur ajoutée qui apparaît sous la forme d’une note sur 20 sur la page de l’établissement.

Le Monde n’a pas été jusqu’à la création d’un sous-domaine dédié mais propose également son propre classement avec moteur de recherche. A l’inverse du Figaro, Le Monde intègre la notion de valeur ajoutée, mais de manière curieuse. Les lycées qui obtiennent les résultats attendus, obtiennent une note de 20/20, ceux qui font mieux obtiennent des points supplémentaires. Les trois autres indicateurs sont également convertis en notes sur 20 et une moyenne est dégagée en donnant la même valeur à chacun de ces indicateurs.

Le Monde a également fait le choix de ne pas prendre en compte les établissement de plus petites tailles. Toutefois les seuils restent généreux avec 100 élèves présentés aux différents bacs généraux et technologiques et 30 pour les bacs professionnels.

Les deux plus gros titres de presse du pays arrivent ainsi à des classements différents mais la logique est derrière la même.

Classer les établissements pour donner l’illusion du choix

Ce classement, qui n’est pas nouveau, contribue cependant de nourrir la logique poussée par le gouvernement à travers ses réformes éducatives. L’intérêt de ce classement n’est pas de cibler les établissements qui nécessiteraient des investissements supplémentaires ou une refonte de leurs méthodes, mais bien de permettre de cibler les meilleurs.

Le Figaro a même poussé le vice jusqu’à faire un classement par taux de mentions, tandis que Le Monde, dont la sensibilité des lecteurs est différente propose un classement avec uniquement les établissements publics. L’un comme l’autre réalisent ensuite des articles sur leur propre classement, « oubliant » au passage de préciser que la note finale de chaque établissement dépend uniquement d’un calcul maison dont les choix sont discutables.

 

Capture d'écran Le Figaro
Capture d'écran Le Monde

La logique est la même et même clairement mentionnée dans un article du Monde intitulé « conseil pour choisir son établissement selon son niveau et ses envies », article qui explique les critères à retenir pour « choisir » ou pour tirer des « enseignements » dans le cas où l’élève ne pourrait pas choisir. Article paru une première fois en 2016 et réactualisé pour l’occasion.

Capture d'écran Le Monde

Il est effectivement plus probable que la consultation des critères servent davantage à tirer des « enseignements » qu’à choisir un établissement. A l’exception de l’Île de France qui dispose d’un système particulier d’affectation, il n’est bien souvent pas possible de choisir son établissement dans le cas de l’enseignement public. Pire, il est même courant que les choix de filières soient contraints par l’emplacement géographique des lycées et du domicile parentale. Ce « choix » n’existe donc que pour les élèves issus des familles les plus aisées, qui peuvent recourir à un établissement privé, voire se faire domicilier au bon endroit pour accéder au bon établissement.

Ces classements viennent donc alimenter l’idée qu’il existerait une concurrence libre et non faussée entre les établissements, entre lesquels l’élève choisirait. Le même fondement idéologique que celui qui a conduit à la généralisation de la sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur ou encore à la future réforme du bac.

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Collectif de rédaction d'Avant Garde