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Éducation FRANCE

CNESER : La FAGE désormais première organisation étudiante

Du 22 mai au 2 juin derniers se déroulait l’élection des représentant-e-s étudiant-e-s au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER).

Créé en 1968 par la loi Faure, le CNESER est aujourd’hui composé de 100 membres élu-e-s ou nommé-e-s, parmi lesquel-le-s seulement 11 élu-e-s étudiant-e-s. Cette instance consultative est appelée à se prononcer sur le budget et les lois concernant l’enseignement supérieur et la recherche.

Ces élections sont aussi déterminantes, car elles définissent tous les deux ans la représentativité des organisations étudiantes, et participent aussi de leur financement. Ces représentant-e-s sont élu-e-s au suffrage indirect parmi les élu-e-s étudiant-e-s de l’ensemble des conseils centraux des universités et grandes écoles françaises.

Cette année, la FAGE a obtenu 5 sièges (554 suffrages), l’UNEF 4 sièges (496 suffrages), « Parole étudiante » 1 siège (217 suffrages), et l’UNI 1 siège (115 suffrages). Solidaires étudiant-e-s essuie un nouvel échec, et n’obtient pas d’élu-e, avec seulement 55 suffrages.

La FAGE première organisation représentative, au détriment de l’UNEF

Pour la première fois depuis sa création en  1989, la FAGE devient la première organisation étudiante représentative, au détriment de l’UNEF. Ces résultats viennent confirmer ceux des élections du CNOUS (Conseil national des œuvres universitaires) de janvier dernier, donnant alors cinq représentant-e-s à la FAGE pour seulement 3 à l’UNEF : un véritable séisme dans l’histoire de la représentation étudiante.

Aux dernières élections, en 2015, les deux organisations avaient fait jeu égal avec cinq élu-e-s chacune – une situation qui ne s’était pas produite depuis 1994, où celles-ci avaient respectivement obtenues l’élection de trois élu-e-s. Cette défaite symbolique de l’UNEF-ID d’alors avait abouti à un changement de direction interne quelques mois plus tard.

Ces résultats sont donc symptomatiques d’une perte de vitesse du syndicalisme dans les campus français, ou l’UNEF peine à maintenir la place de premier « syndicat étudiant » qu’elle revendique. Cette défaite peut cependant être nuancée par le contexte dans lequel ont eu lieu les dernières élections aux conseils centraux, l’UNEF ayant choisi de s’impliquer pleinement dans la mobilisation contre la loi travail et de ne pas faire campagne, à l’inverse de la FAGE.

Qu’est-ce que la FAGE ?

Créée en 1989 par quelques fédérations d’associations locales, avec l’appui des anciennes corporations de la « grande UNEF » des années 1950, la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE), est aujourd’hui un réseau associatif structurant près de 19 fédérations nationales de filières, ainsi que 35 fédérations territoriales.

Ses associations membres ayant principalement des activités récréatives (soirées, intégration, tournois, etc.) ou de solidarité (téléthon, don du sang, prévention, etc.), et la FAGE ne permettant pas d’adhésion directe aux étudiant-e-s, celle-ci ne revendique pas l’appellation de « syndicat étudiant » – la majorité de ses membres ignorant d’ailleurs de facto leur appartenance à l’organisation (celle-ci revendique 300 000 étudiant-e-s membres, par le biais de ses associations).

De plus, celle-ci ne se présente d’ailleurs généralement pas aux élections universitaires sous l’appellation « FAGE », et ne mène quasiment jamais d’activité propre sur les campus, la rendant inconnue auprès d’une large majorité des étudiant-e-s.

En interne pourtant, dans la profession de foi présentée par son dernier bureau élu, celle-ci revendique une « mission syndicale » dans le cadre de ses mandats. Elle défend une vision de cette « mission » dite réformiste, ne cherchant pas à lutter contre les réformes de libéralisation de l’enseignement supérieur, mais bien à les accompagner en tentant d’y négocier quelques ajustements profitable aux étudiant-e-s.

« S’il convient de faire barrage à ce qui conduirait à l’échec de notre enseignement supérieur, le statut quo n’est pas plus acceptable. Nous devons allier notre volonté de réforme avec une vision réaliste pour amener un souffle nouveau dans notre enseignement supérieur, plus accessible et plus performant. »

Historiquement proche de la CFDT, dont elle suit régulièrement les mots d’ordre, son ancien président (2014/2016) Alexandre Leroy, avait par exemple fini par approuver le projet de loi travail, le trouvant « acceptable » dès le 11 mars 2016, deux jours après la première mobilisation nationale. Peu après la fin de son mandat, celui-ci intégrait d’ailleurs le comité de campagne de Manuel Valls pour la primaire du Parti Socialiste.

Il est aujourd’hui reproché à la FAGE sa proximité avec le mouvement En Marche du nouveau président. Dans le cadre des « Macron Leaks » révélés le 5 mai, plus de 150 000 documents issus de militant-e-s d’En Marche ont été rendus publics. Parmi ceux-ci, des échanges de courriels entre soutiens d’En Marche et la direction de la FAGE, par le biais de Jean-Baptiste Mougel, ancien président de celle-ci de 2001 à 2003, aujourd’hui engagé auprès d’Emmanuel Macron. Il y est question d’alliance d’intérêt entre la FAGE et la nouvelle présidence, la FAGE acceptant de soutenir les réformes gouvernementales à condition  que celui-ci s’engage à ne pas augmenter les frais d’inscription universitaires.

« Malheureusement et/ou heureusement les allumettes s’enflamment vite quand il s’agit de la jeunesse. Qui sait par ailleurs si vous n’aurez pas besoins de la FAGE rapidement pour allumer des contre feux si la polémique vient de l’UNEF ? »

(Jean-Baptiste Mougel, ancien président de la FAGE)

« On s’en félicitera au moment où on aura besoins d’eux pour passer les réformes… »

(Thierry Coulhon, animateur de la campagne d’En Marche sur l’ESR)

« Parole étudiante », nouveau visage de PDE

Outre les deux grandes organisations historiques, une liste « Parole étudiante » a été élue représentative, en obtenant une élue. Cette liste est principalement soutenue par PDE (Promotion et Défense des Étudiants), scission de la FAGE de 1994 composée d’associations de filières nationales. Elle avait alors quitté la FAGE en lui reprochant une dérive syndicale, et en marquant un désaccord avec sa structuration, favorisant alors les fédérations territoriales.

Cette dernière a donc construit cette liste en s’appuyant sur un certain nombre de syndicats et organisations locales, parfois très revendicatives et contestataires (AGEPS, CNT-SO, LICORNE, etc.), rompant avec sa tradition asyndicale et corporatiste.

Il s’agit donc d’une liste très hétéroclite, et d’un projet assez illisible, mêlant la volonté de réinvestissement et d’un enseignement supérieur inclusif, attentif aux problématiques de lutte contre les discriminations et la précarité ; tout en intégrant entièrement les logiques de libéralisation et de compétitivité menées par les gouvernements successifs, ainsi que la promotion de l’entreprenariat étudiant, la concurrence à l’international, et les liens accrus avec les entreprises privées.

L’UNI de nouveau représentative, nouvel échec pour Solidaires étudiant-e-s

L’Union nationale inter-universitaire (UNI), se revendiquant elle-même de « la droite universitaire », avait perdu son caractère représentatif en 2015, et retrouve donc ce statut aujourd’hui. Cette organisation a été fondée en 1969 par des étudiant-e-s et enseignant-e-s gaullistes, en réaction à la révolte de mai 1968.

Aujourd’hui proche de LR, elle porte une orientation très à droite, évoluant parfois vers des thématiques familières à l’extrême droite. Elle se définit comme « anti grèves », a créé le collectif « non au mariage homo » en 2013. Elle mène aussi des campagnes contre l’accueil des migrant-e-s (à l’exception des chrétiens d’orient), et s’oppose régulièrement aux initiatives féministes sur les campus.

Le syndicat Solidaires étudiant-e-s essuie, de son côté, un nouvel échec dans la course à la représentativité. Membre de l’Union Syndicale Solidaires, Solidaires étudiant-e-s est née en 2013 de la fusion de Sud étudiant et de la Fédération syndicale étudiante (FSE). Se revendiquant d’une démarche syndicale « de lutte », interprofessionnelle et autogestionnaire, sa profession de foi met notamment l’accent sur la lutte contre les financements par projet (IDEX et ISITE), les fusions d’universités et la sélection en master. Ni elle, ni ses organisations fondatrices n’ont jamais été représentatives, cette élection n’entérinant pas de changement particulier pour ce syndicat.

Lire aussi : « Le syndicalisme est par essence réformiste »

Au vu des premières annonces concernant la politique du gouvernement, qui laissent présager d’un quinquennat potentiellement riche en mobilisations, il est intéressant de garder en tête ces différents changement. Il sera également important de les observer à la lumière d’une recomposition politique en cours qui laisse présager de nombreux bouleversements.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde